Murof et Ankama
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Murof, l'original

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Murof, l'original

Message par Fao le Dim 14 Nov 2010 - 11:10

Murof , L'Original.



--- Sommaire ---


Chapitre 1 : Début de Murof - Waelle
Chapitre 2 : Le poète illuminé - Faolin
Chapitre 3 : Au calme - Faolin
Chapitre 4 : Marché - Akeha
Chapitre 5 : Critique Littéraire - Petit Chanceux
Chapitre 6 : Bêtise gargantuesque - Coolmarre
Chapitre 7 : Tribunal - Faolin
Chapitre 8 : Rencontre au marché - Akeha
Chapitre 9 : Accostage - Valimir
Chapitre 10 : Jour de pluie - Faolin
Chapitre 11 : Invitation - Faolin
Chapitre 12 : Tourments - Maev'
Chapitre 13 : Halouine - Faolin
Chapitre 14 : Naissance - Faolin
Chapitre 15 : Nouvelle habitante - Moinon
Chapitre 16 : Une étrange journée - Valimir
Chapitre 17 : Mariage - Jeananas
Chapitre 18 : 2 du Saint-Bwork - Nicolicht
Chapitre 19 : Bad Romance - Moinon et Valimir
Chapitre 20 : Vague - Smoothie
Chapitre 21 : 1er Avril - Faolin
Chapitre 22 : Conséquence - Moinon
Chapitre 23 : Serment solennel - Nicolicht et Maev'
Chapitre 24 : Souvenirs - Moinon
Chapitre 25 : Masque - Nicolicht
Chapitre 26 : Retour en arrière - Maev'
Chapitre 27 : Le coeur qui ne leur appartenait pas - Moinon et Valimir - partie 1
Chapitre 27 : Le coeur qui ne leur appartenait pas - Moinon et Valimir - partie 2
Chapitre 27 : Le coeur qui ne leur appartenait pas - Moinon et Valimir - partie 3
Chapitre 28 : Numéro 9 - Kamilla
Chapitre 29 : Un dernier espoir - Nicolicht
Chapitre 30 : Education sexuelle - Faolin
Chapitre 31 : Folie fantasmagorique - Faolin
Chapitre 32 : Monstre Miamiam - Miam'
Chapitre HS : Péripéties hivernales - Valimir
Chapitre 33 : Au revoir Murof - Maev'
Chapitre 34 : Un 26 Javian pas comme les autres... - Valimir
Chapitre 35 : Reconstruction - Nicolicht
Chapitre 36 : Par Osiris et par Abys, regarde-moi, regarde-moi bien... - Valimir
Chapitre 37 : Petites questions existentielles - Moinon et Valimir
Chapitre 38 : Destruction - Nicolicht
Chapitre 40 : Kimi - Moinon
Chapitre 41 : Rencontre - Moinon et Valimir - partie 1
Chapitre 41 : Rencontre - Moinon et Valimir - partie 2
Chapitre 42 : Réveil - Moinon
Chapitre 43 : Réunion - Faolin
Chapitre 44 : Les Bouftous - Kami
Chapitre 45 : Les Lectures d'Elianne - Faolin
Chapitre 46 : Journée de Pan - Pan
Chapitre 47 : Pas Grand-Chose - Ninar
Chapitre 48 : Nannerl - Nannerl
Chapitre 49 : Shola - Shola
Chapitre 50 : Transition (Crooners) - Ninar


__________________________________________________________________________________________

Chers lecteurs, lectrices ; voici, en parallèle du forum officiel, toute la fiction Murofienne de tous, pour tous, avec tous!
J'y posterai, avec le plus de régularité possible, toutes les parties Murof, corrigées (seulement les fautes!) par mes soins; et vous pourrez lire, relire ces textes (d'anthologie?).
N'oublions pas notre chère et chère, encore chère Waelle (qui me donna 17 ans au premier chapitre...). Ce fut elle qui eut l'idée de créer Murof, d'en jeter les bases. Si seulement elle voyait ce qu'on a fait de son idée! Un vrai monde, un microcosme dans l'Univers Wakfusien qui plâne, en décor, en filigrane, dans nos réalisations.
Trêve de blabla, voici, à (re)découvrir, le premier chapitre d'une Chronique d'une Murof annoncée!



CHAPITRE 1 (Waelle)

- Waelle ? Waelle réveille-toi !
- Hein ?

La pandawa de 17 ans ouvrit péniblement les yeux. Ses yeux, l’un entouré de noir, l’autre de blanc, ne laissaient pourtant pas le petit masque de fourrure cacher les grosses cernes qui rivaient ses yeux verts. Devant elle, les rideaux tirés sur la fenêtre ouverte laissaient passer de grands rayons de lumières, indiquant la place du soleil dans un ciel trop bleu. Une autre journée avait débuté sur la ville de Murof… Après s’être longtemps étirée, la pandawa à la longue couette noire se releva dans son lit, grand trône d’une chambre en désordre, où siégeait en reine abusive une immense chopine rouge remplie d’un liquide translucide. Une manche de sa chemise rouge commençait à tomber le long de son épaule, quand soudain, la jeune fille mal réveillée s’aperçut de l’intrusion malsaine d’un garçon dans son cercle féminin. Son meilleur ami d’eniripsa la regardait avec des yeux indifférents.

- Ah ! Lutt’ ! Cria-t-elle en relevant le drap jusqu’à ses épaules. Qu’est-ce que tu fous là ?
- Bah je te réveille ! Il est déjà onze heure je te signale !
- Mince… Merci… Encor… Mais maintenant sors de ma chambre ! ça ne se fait pas de rentrer dans la chambre d’une demoiselle lorsqu'elle dors ! Lui dit-elle en remontant un peu plus sa couverture.
- Toi t’es pas une demoiselle… Et arrêtes de faire ce truc avec ta couette, t’es trop plate pour que ça fasse quelque chose !
- Ah !

L’eniripsa eut juste le temps de se baisser pour éviter le coussin ninja qui arrivait droit vers sa figure. Il se releva, poussant ses cheveux bruns en bataille, et regarda sa sœur spirituelle avec une tête colérique, la fixement fermement comme une illuminée. Elle venait de se dresser sur son lit, les poings en avant, et les yeux plissés.

- Non mais ça va pas ! S’exclama-t-il.
- Répètes ce que tu viens de dire minus !
- Que même les navets sont plus formés que toi ! Espèce de planche à pain !
- Espèce de micro-nabot !

Elle se jeta sur lui, et la querelle finit comme souvent en baston générale, rapidement achevée par des bleus, et un œil au beurre noir. Cela faisait longtemps qu’ils se connaissaient, déjà tout petit ils arpentaient le village. Tout deux venaient de l’orphelinat Egufer, ou ils avaient trouvé l’un dans l’autre une force bienfaisante, malgré qu’elle eut un an de plus que lui, tantôt lui par son caractère franc et râleur, tantôt elle par son âme fougueuse et protectrice... Bien sur, plus d’un les avait pris pour un couple, mais ses certaines personnes finirent bien souvent heurtés sur les pavés, achevés par une bonne paire de baffe. Il faut dire que Waelle mesurait bien une dizaine de centimètres de plus que son ami… Mais que celui-ci avait des arguments plus pointus. Dès qu’ils purent, ils prirent une petite maison ensemble, et chacun avait un travail, pas forcément facile, mais au moins rémunéré. Ces économies avaient pour but de déménager à Bonta, là où ils pourraient retrouver les parents de Luttii. Cette information avait demandé des mois de recherche. Mais quoiqu’il en soit, à ce moment précis…

- Lâche-moi Waelle !
- C’est toi qui voulais avoir plus de cheveux non ? Tu l’auras voulu !
- Tu comptes faire quoi ?
- Tu te rappelles, tu disais toujours que l’alcool de ma chopine était trop gluant…
- Non, tu n’oserais pas !
- Tu veux parier ?

Un pied sur l’eniripsa, elle tendit le bras vers son arme favorite quand soudain, une délicate odeur montant de la cuisine vint lui chatouiller les narines.

- Hum ! Qu’est-ce que ça sent bon ! S’écria-t-elle. Tu as cuisiné, demi-portion ?
- Bin a ton avis, moi j’avais faim !
- C’est gentil ! Dit-elle en relâchant son étreinte. Je vais mettre la table !
- Tu ferais mieux de mettre ton kimono avant, je veux pas te voir te balader comme ça dans toute la maison.

Avec une moue forcée, elle se leva et laissa Lutti se diriger vers la cuisine. A la vitesse de l’éclair, elle farfouilla partout pour retrouver des vêtements propres, qu’elle finit par dénicher au fin fond de son armoire. C'était une chemise verte, en cache-cœur, et une sorte de short vert de la même couleur. Elle enfila une paire de tongs, montées sur de hautes semelles de bois. Peu de temps après, elle était là, prompte, couverts en main, prête à dévorer le steak de bouftou que son fin limier de frère lui avait préparé. Mais, fourchette et couteau aux poings, elle s'aperçut que son assiette était restée vide, et que celle de Lutti était pleine à ras-bord.

- Dis donc, tu trouves pas que tu en as un peu trop là? S'exclama-t-elle, visiblement mécontente.
- Moi j'ai pris un petit dej'! J'ai besoin, contrairement à certaines, un programme en trois repas par jour, et non deux. Alors si tu veux manger, tu le fais toi même!
- Abruti...

Elle se leva et se fit rapidement cuire un petit tofu, qu'elle avala, presque aussi rapidement, sous les yeux étonnés de l'eniripsa. Après que le rapide repas fut fini, ils se levèrent, et débarrassèrent ensemble la table. Peu à peu, ils redevinrent ceux qu'ils étaient plus jeunes, discutant gentiment, ayant des fous rires. Mais bientôt, ils allaient devoir se séparer. Vers les 15 heures, Waelle et Lutti sortirent de chez eux. Ils se regardèrent sur le pas de la porte, et Waelle posa sa main sur la tête de l'eniripsa. C'était un des moments de leurs journée qu'ils trouvaient le plus triste. Lutti, jeune homme fougueux, suivait un entraînement à l'art de l'épée chez son maître Viextiful Mickael, un fier iop, digne de son titre de gardien de Shushu. Bien qu’éprouvé par son entraînement, l'eniripsa tenait le coup, et continuait tant bien que mal à apprendre comment manier sa nouvelle épée à la lame bleue. Quand à Waelle, il était temps pour elle de rejoindre "l'Auberge qui roxxe", son lieu de travail, où elle avait un boulot de serveuse de 16 à 20h. Malgré l'emplacement réputé lugubre, la vieille taverne, tenue par un pandawa artiste nommé Roxnin, était un lieu joyeux et plein de bonne humeur, ou régnait la joie de vivre, et ceux à n'importe quelle heure de la journée. La pandawa était heureuse d'avoir trouvé cet emploi, il était bien rémunéré, et lui permettait de se faire plein d'ami.

- Passe un bon entrainement, Minus. J'espère que ton prof te tuera cette fois!
- Moi je te souhaite de ne pas te faire harceler par un client... Quoique il a pas grand chose à trouver...
- moi aussi je t'aime très fort!

La pandawa ferma la maison, alors que du coin de l'œil elle surveillait Lutti s'éloigner, le sac jeté sur l'épaule. Il allait avoir une fois de plus un rude entrainement, et intérieurement, elle s'inquiétait pour lui; Après tout, elle n'avait pas encor rencontré son maître d'arme, et il ne parlait jamais de ses après-midi. Elle soupira profondément. Puis il fut le moment pour elle de partir. Elle marcha longtemps, une bonne heure à flâner entre les petites maisons, les unes à côté des autres, saluant les passants qu'elle croisait. Elle arrivait sur la place du village. Une grande place orné de fresque et de mosaïque, racontant comment le Grand Xa avait donné naissance à ce petit coin de paradis, en construisant ici un village, aidé de ses fières assistants, Zidrune, Glumi, Decodeine, ou encor Wyd... Elle croisa pendant quelques instants une étrange Xelorette, dans un coin, penchée sur un morceau de parchemin. Il s'agissait de Nelehisse, une jeune fille sympathique, mais qui avait l'habitude de vivre la nuit. D'après ses plus proches amis, ses yeux en étaient devenus incrusté de sang. Elle continua sa petite balade, à travers la vieille ville, qui la conduisit vers les petits commerces, de tout et de rien. une brise passa aux travers de la ruelle, faisant voler la longue queue de cheval noire, qu'elle portait au sommet de son crâne, un peu à l'arrière. Elle était vraiment heureuse dans ces moments là. Elle se sentait libre, et éternelle. Même si, trop souvent, elle devait brutalement retourner à la dure brutalité de la vie, car elle arrivait devant l'auberge.

Ce n'était pas un bâtiment très beau. Une maison beige, de bois et de briques, repeinte par endroit par quelques notes de bleu. On ressentait tout de suite le caractère du patron. Waelle s'approcha, et poussa la porte. Soudain, elle tomba nez à nez avec un torse poilu et musclé, qui la força à regarder en haut pour tomber juste en face des deux yeux perçants et vert de son patron. Il avait l'air particulièrement mécontent; Roxnin était un pandawa d'âge mur, assez sévère, mais dés qu'on lui parlait d'art, il devenait incroyablement poétique et théâtral. Sa carapace stricte et dure n'était qu'une facette, et il devenait souvent très protecteur et gentil avec ses employés, ou quand il y avait un problème. Il organisait souvent de belles fêtes dans son auberge, avec de la musique, et tous ses amis. Il adorait dessiner, et ses œuvres recouvraient la moitié de la salle. Il était, cela dit, comme tout les pandawa normaux, avait de beaux yeux verts et réfléchis, mais portait un pantalon ample, avec un tablier customisé avec le logo de son établissement. Il avait aussi un physique avantageux, ayant été dans son passé un grand aventurier. Et, comme il aimait beaucoup personnaliser tout et n'importe quoi, il offrait à ses employés un tablier unique. Revenons à ce moment précis...

- Waelle... Tu es en retard!
- je suis vraiment désolée...
- Faut pas que ça devienne une habitude jeune fille... Allez, prend ton tablier, et va aider Akeha, je crois qu'elle commence à fatiguer...

Waelle tourna la tête vers la salle. En effet, sa meilleure amie d'ecaflipette était un peu débordée. Akeha était une jeune fille de 16 ans, plutôt timide et réservée, sauf quand elles étaient toutes les deux, alors elle devenait une demoiselle douce et généreuse, ayant toujours besoin de penser aux autres. La jeune eca, néanmoins, cédait trop facilement à ses émotions, et avaient du mal à se contenir. D'ailleurs, son caractère se reflétait d'une certaine façon dans son physique. La miss était plutôt svelte et élancée, et avait l'atout d'avoir un corps bien plus développé que celui de Waelle sur certain détails, ce que Luttii n'avait pas oublié de mentionner dans de nombreuses remarques, dans le seul but d'éveiller la jalousie. Elle avait de grands yeux noisette et tendres, et une chevelure très longue et abondante, souvent coiffée en une longue tresse dans le dos plutôt ample, d'une couleur blond pâle. Pour finir, son pelage était blanc et soyeux, comme celui de Waelle. Elle portait la plupart du temps un justaucorps orange pâle, croisé de deux ceintures faites de cartes. Son tablier était blanc, et était orné d'une tête de chacha noir faisant un clin d'œil. Une fois toutes les deux, elles devenaient inséparables, jusqu'au soir, où Waelle rentrait chez elle. D'ailleurs la pandawa ne savait pas ce que faisait l'ecatte, ayant une vie mystérieuse. Quand Waelle la vit, elle était en train de tituber vers la cuisine, portant sur ses bras deux grandes piles d'une douzaine d'assiettes, de tasses, de verres et d'autres plats en tout genre. Directement, la jeune pandawa fila dans les vestiaires, et attrapa son tablier. Celui-ci était très beau. Noir, entièrement, orné de Bam'bou et d'un petit panda. Waelle, prise d'égoïsme dès qu'on lui faisait une remarque, ne se gênait pas pour clamer haut et fort que c'était lui le plus beau. Quoiqu'il en soit, une fois le protecteur en tissu enfilé, la pandawa se dépêcha de rejoindre le couloir, mais soudain... Paf!

Waelle tomba mollement par terre, ainsi que le sacrieur au tablier rouge orné de crâne placé devant elle. Il s'agissait de Viddharta. Mais tout le monde l'appelait Vidd'. C'était un grand ami du patron, et surement le caractère le plus tempétueux que Waelle connaissait. Il avait des cheveux rouges feu, mi long, constamment mal coiffés (malgré une tentative grotesque de Waelle et Akeha, qui, profitant d'un jour de fermeture, avaient réuni tout les employés pour un atelier coiffure... Je vous laisse imaginer la suite) et des yeux noirs... Enfin, un noir et un blanc, traversé par une immense cicatrice. Il portait aussi le bandana habituel des sacrieurs, noir orné d'une tête de mort rouge. Il portait également un pantalon noir et ample, rapiécé à de nombreux endroit, et fermé par une ceinture de ronces. Ses tatouages, noirs, partaient de sa poitrine pour se continuer sur tout son corps. Il ne portait, cela dit, pas de chaussure. Il disait que c'était pour ressentir plus de chose en combat. C'était plutôt pour lui donner un genre. Son caractère était aussi fougueux que ses cheveux et pouvait se résumer en un mot: baston! Un tantinet égoïste, fainéant sauf au combat, déteste les ordres, adore regarder les jolies filles... Un vrai sacrieur 100% pur muscle! Même en étant très ami avec Roxnin il se disputait souvent, surtout a propos de querelles avec les clients... Il avait donc l'habitude d'être assez grincheux, mais ces temps ci il était plutôt joyeux.

- Aie! Tu aurais pu faire attention Vidd'! S'écria Waelle.
- C'est toi qui déboule du couloir comme une folle!
- Pas du tout, c'est toi qui... Bon, eh puis zut, on va pas se disputer pour ça! Faut que j'aille aider Akeha ...

Sur ceux, la pandawa se leva et se dirigea vers la salle, pendant que le grand sacrieur repartit vers les cuisines. Waelle arriva visiblement pile au bon moment. L'ecatte venait de trébucher sur un sac laissé par terre et toute la vaisselle qu'elle avait dans les mains s'envola comme des papillons. A la vitesse de l'éclair, la pandawa et un féca ayant assisté à la scène récupérèrent, dans un flot de mouvement imperceptible, toutes les assiettes et autres couverts. Tous les yeux de l'auberge étaient tournés vers eux. Akeha, par terre, se releva, le visage rouge de honte, et récupéra les assiettes des mains de ses amis, les yeux baissés.

- je suis désolé... Souffla-t-elle.
- Ce n'est rien! S'écria le féca.
- Tu seras plus vigilante la prochaine fois, c'est tout! Lui dit gentiment Waelle.

La blonde disciple chat leur fit un sourire navré et repartit vers la cuisine, en titubant un peu sous le poids des assiettes. Waelle se tourna vers le féca.

- merci de m'avoir aidé Soap.
- Mais de rien! Bon je dois y aller, c'est la fin de mon service... A plus!
- Salut!

Soapdrish, dit Soap, était sûrement le plus vieil employé de l'auberge, car il y travaillait depuis 5 ans déjà, malgré ses 17 ans... Normal, c'était le neveu du patron. Il avait des cheveux bruns, en bataille, et des yeux bleus derrière ses lunettes. Il s'habillait avec des vêtements de féca traditionnels, en plus de son tablier bleu parsemé de nuages. Mais il emmenait partout avec lui un sac en bandoulière, dont lui seul connaissait le contenu. Soap était d'un caractère très calme et gentil, et essayé toujours d'être de bonne humeur. Il ne cachait pas sa compétition avec son oncle car lui aussi était un artiste. Il avait un talent immense, et essayait toujours de s'améliorer. Bien que ça ne l'empêchait pas d'être très proche de son parent. Mais il avait tendance à mal prendre les remarques, et était susceptible...

Soap partit poser son tablier, et se dirigea vers la porte. Avant de partir il salua tout le monde d'un geste de la main et d'un grand sourire. Roxnin avait 5 employés. Soap était le premier. Ensuite il y avait Akeha, Vidd', Waelle et pour finir la jeune Kolissa. La petite eniripsa, de 13 ans à peine, n'était là que depuis deux mois. Mais elle enchantait déjà bien du monde. D'abord, elle n'était que de bleu vêtue, comme ses cheveux. On devinait facilement qu'elle était sa couleur favorite. Sa peau était un peu foncée. Elle était très joyeuse et extravertie, et ne se gênait jamais pour dire ce qu'elle pensait. Surtout lorsque que c'était une remarque. Elle et Vidd se disputait souvent, la plupart du temps pour rien. Du reste elle pensait souvent à s'amuser, et à faire des bêtises un peu partout. D'ailleurs, le surnom que Roxnin lui avait trouvé était petit singe... On devine facilement pourquoi. Et c'était dans cette petite famille que l'auberge qui roxxe se développait. Mais il n'y avait pas que les employés qui étaient membres.

Waelle, le plateau à la main se dirigea vers une table au fond ou siégeait un eniripsa monotone du nom de Faolin. C'était un des grands habitués de l'établissement. Tous les jours de 10 à 21 heures 30 il était là. Il avait 17 ans, et était un poète né. Il ne faisait que ça. Ecrire, écrire, écrire, et écrire. Il disait qu'il venait dans l'auberge pour trouver l'inspiration. Ça marchait plus ou moins bien. Il avait des cheveux bruns et lisses, qu'il s'accrochait en queue de cheval, ainsi que de profonds yeux noirs, qui en avaient fait tomber plus d'une, et un teint un peu mat. Personne ne le connaissait très bien, mais tout le monde l'aimait beaucoup. Il faisait partit des clients privilégiés, qui n'avaient même plus à payer. Et avec le temps, il avait fini par rentrer dans le cercle de la famille donnant de temps en temps un coup de main, même si il n'était pas très bavard. Enfin, pas bavard du tout, et il ne parlait que quand il s'y sentait obligé. Son caractère était morose. Il ne montrait pas beaucoup ses émotions, bien qu'il lui arrivait d'être très théâtral. Il était plus ami avec Akeha et Soap qu'avec les autres.

- Alors, Fao, tu arrive à écrire aujourd'hui? Demanda la pandawa en posant son breuvage sur la table.
- Mouais... Le temps passe pourtant et mon cœur en reste sombre du spleen automnal...
- Eh bien, va bientôt me falloir un traducteur pour comprendre ce que tu dis!

Dans l'autre coin du magasin, il y avait une sramette. Elle était très jolie, et dure à cuire. Elle s'appelait Marion Erina, mais répondait au nom de M-E. Elle aussi faisait partie de la bande. C'était une grande marchande. Elle avait finit par monter son commerce dans l'auberge, en concluant un marché avec Roxnin qui touché une partie des gains. Elle avait des cheveux violets aux reflets roses, comme ses yeux. Ça lui donnait un côté mystérieux. Tout comme elle. Elle était très secrète, bien qu'elle fût bavarde avec pratiquement tout le monde. Elle avait un caractère de battante, toujours à répondre sans se laisser faire. Fougueuse. Elle avait d'ailleurs récemment voulut enseigner à Akeha l'art d'être rebelle, malgré la certaine opposition de Vidd', car il ne voulait certainement pas que son ecatte préférée commence à refuser d'exécuter toute les tâches ingrates que Roxnin avait confiées au soin du sacrieur...

Il y avait aussi une autre cliente très connue. Mais qui, dans le contexte, n'était pas là. Il s'agissait de Chachamalow. Mais pour faire plus court, on l'appelait Cha. C'était une jeune osa de 16 ans, cousine de Akeha, qui s'entendait très bien avec elle, mais dont les caractères étaient assez différents. Elle passait souvent, et aimait jouer les 400 coups avec Kolissa. Elle était toujours accompagnée de nombreuse créatures, des tofus au bouftous, qui lui valait d'être la bête noire de roxnin qui refusait la présence de ce genre de créatures dans son auberge. Mais il aimait néanmoins beaucoup la jeune osa. Elle avait de très long cheveux vert, et une peau bleue, assez foncé. Ses yeux était bleu glacé, et très perçants. Ils donnaient une drôle de sensation quand elle vous fixait un peu trop. Son caractère? Un peu comme l'eniripsette, en un peu plus mature. Elle était très spontanée et obstinée, mais savait s'arrêter. Elle était aussi très douée pour donner des conseils. Mais laissons là les présentations...

Waelle se dirigea vers le comptoir. Sur le chemin, elle croisa Vidd', qui avait l'air très heureux, et fixait tout le monde avec un sourire béat sur les lèvres. La pandawa, intriguée, posa ses mains sur ses hanches, et, les lèvres pincées, haussa un sourcil.

- Qu'est-ce qu'il y a Vidd'? C'est pas normal de te croiser comme ça!
- Akeha a accepté de compter les kamas de la caisse pour moi! J'avais vraiment trop la flemme de le faire... Je devrais l'engager pour faire le ménage à la maison, je suis sûr qu'elle serait d'accord!
- Tu devrais arrêter ça, Vidd... C'est vraiment pas sympa...
- C'est ça... En attendant, j'ai une pause en plus, alors s'il te plait, je vais aller jeter des yeux dans la salle! On sait jamais il y aura peut-être deux trois demoiselles plus jolies que toi!

Un rouge de colère monta aux joues de la pandawa. Il était 19h, et à cette heure là, le travail était intense... Le sacrieur n'aurait certainement pas de pause... Cela dit, Waelle tourna son regard vers le comptoir. Effectivement, son amie l'ecatte était au comptoir, et, une à une, comptait les pièces signées d'un k. Son amie s'approcha d'elle, quand elle s'aperçu soudain de son visage. Il était baissé, vers le bas, mais on pouvait tout de même distinguer son horrible tristesse. Intriguée, la pandawa n'osa pas s'approcher plus. Elle resta debout devant le comptoir, en la regardant à moitié pleurer. Quand elle se décida enfin à lui parler, un rire se fit entendre:

- Hey! Waelle! Qu'est-ce que tu fais là?

Kolissa venait d'arriver, même à cette heure tardive. En entendant cette voix, Akeha avait levé la tête, et avait dissimulé son sentiment passé. L'eniripsa, bien innocente, semblait ne pas avoir remarqué le comportement étrange de l'ecatte. Elle s'était posté devant la pandawa et la regardait avec ses deux grands yeux bleus.

- Tu espionnes?
- Non! Non pas du tout... Je voulais dire à Akeha que... Heu... Si elle voulait, je pouvais compter les kamas à sa place!
- Hum... Tu es bien suspecte, Waelle! Dit Kolissa en haussant un sourcil. Bon, je vais embêter Vidd'!

Elle repartit. Waelle regarda Akeha dans les yeux, mais elle les referma en présentant son habituel sourire, en disant de sa voix douce et sympathique.

- Ne t'inquiètes pas, je vais y arriver seule... je peux encore compter des pièces!
- Akeha, pourquoi était tu si triste il y a quelque secondes?

Le sourire de la belle se crispa. Et ses yeux s'ouvrirent. Il y eut un long temps de silence avant que quelqu'un se décide à le rompre. Roxnin s'approcha des deux jeunes filles, les attrapa par les épaules, et regarda droit devant lui.

- Mesdemoiselles, je vais vous remercier pour cette nouvelle journée de travail dur et acharné que vous avez passé haut la main. Tenez voici votre paie du mois.

Il leur tendit à chacune une petite sacoche pleine de kamas. Peu après cela, il retourna dans la salle pour trouver la suite du personel. Waelle examina le sac, et ses yeux s'illuminèrent en imaginant la tête de Luttii en la voyant avec autant d'argent. Soudain, en relevant les yeux, elle s'aperçut qu’Akeha était devant elle.

- Ne t'en fais pas, ce n'est rien. Je peux bien être triste de temps en temps... La joie en permanence, ça fatigue!

Ses dents blanches étaient de nouveaux de sortie. Waelle, la voyant de nouveau joyeuse, finit par lâcher le morceau, et se dire que ce n'était rien. Elle posa une main sur l'épaule de sa meilleure amie, et lui dit dans un éclat de rire:

- je suis bien heureuse de te retrouver! ça faisait bizarre de te voir comme ça... Allez, il va être l'heure d'y aller. Et au fait, demain, quoique Vidd' essaye de te faire faire, refuse!

Elles rirent toutes les deux de bon cœur avant d'aller poser leurs tabliers et de saluer tout le monde. Tous les soirs c'était la même routine. Waelle et Akeha partaient en même temps, saluaient tout le monde, et la famille se séparait pour mieux se retrouver le lendemain. Les deux jeunes filles sortirent, et restèrent quelques minutes devant l'auberge, le temps de discuter, afin de s'extraire de l'ambiance de l'auberge, et de bien finir la journée. Après avoir parlé de tout et de rien, elles se quittèrent enfin, l'une partait d'un côté, et l'autre de l’autre. Waelle regarda s'éloigner l'ecatte. Elle était certes un peu étrange, comme tous les ans à la même période, mais elle n'avait jamais voulut dire pourquoi. La pandawa n'avait pas voulu demander. Elle n'insista pas, car elle avait autre chose à faire. Elle se mit à courir dans toute la ville, pour retourner le plus vite possible chez elle. Elle arriva devant la porte, l'ouvrit en fracas, et retrouva Luttii devant la table avec une assiette sale, son épée et un vieux grimoire dont il essayait de comprendre le sens et les formules. Waelle posa fièrement la bourse en face de lui en clamant:

- Tu as vu le nombre de kamas! Avec ça on pourra bientôt aller à Bonta!

L'eniripsa écarquilla ses yeux. Il s'empara de la sacoche, et alla la poser dans un troue dans un coffre, qu'il ouvrit puis verrouilla grâce à un sortilège. Il regarda, avant de le refermer, le nombre de pièces.

- On pourra, bientôt... Chuchota-t-il. Et je pourrais la retrouver...
- tu verras petit frère, on va s'en sortir! En attendant je suis crevée... S'exclama Waelle en baillant... Je vais me coucher!

Elle monta dans sa chambre, se mit en pyjama, et s'endormit rapidement. Toutes les questions et les soucis de la journée s'envolèrent. Bientôt, bientôt, ils vivraient mieux... La pandawa avait cet espoir, et s'y accrochait frénétiquement.


Dernière édition par Fao le Jeu 16 Avr 2015 - 20:56, édité 6 fois
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Re: Murof, l'original

Message par Moinonminou le Dim 14 Nov 2010 - 11:24

Tu va tout remettre petit à petit? O.O? T'es courageux dis-donc...Bonne chance...mais préviens-nous quand la suivante est une de notre composition (ex: Mon arrivée, celle de Vlad') se serait peut-être mieux que ça soit nous qui la mettions.
Bonne chance!
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Re: Murof, l'original

Message par Fao le Dim 14 Nov 2010 - 11:27

Si tu veux, il n'y a aucun problème. Seulement, prière de nommer les titres, en taille 18, avec le nom de l'auteur. Les listes, remarques ou autre seront donc dans le forum 'Mairie', vu que c'est fait pour ça... Quoi qu'il en soit, je ne voudrais pas de flood ici...
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CHAPITRE 2 (Fao')

Message par Fao le Dim 14 Nov 2010 - 12:54


Les piaillements incessants des oiseaux et des tofus de Cha’ me sortent de ma torpeur. Le soleil est à peine levé, ses longs rayons hésitants caressent de leur lumières la grande ville de Murof, cité millénaire. Peste soient ces maudits piafs ! Cela dit, l’oisiveté est mère de tous les vices…
J’ai eu, comme tous les jours, du mal à me réveiller. Du coup, comme tous les jours, je suis d’une humeur magnifiquement exécrable. Malgré tout, j’arrive à m’habiller, à déjeuner. La tartine que j’ai beurrée et confiturée tombe comme tous les jours du côté de la confiture.

Sur mon bureau, des écrits, encore des écrits. Une foule de parchemins sans rapport les uns avec les autres. Des descriptions, des anecdotes, tout. Un jour viendra où je rangerais tout. Je baille. Pas aujourd’hui, en tout cas. Je ramasse un parchemin par terre. Il date de la période où j’allais encore à l’école. J’avais fait un stage dans une école Crâ.

Il est un jour où la conscience des vénérables disciples du Dieu Archer se fond avec l’intelligence martiale et arrêtée du peuple Iop : ainsi, lors d’une regrettable maladresse d’un jeune de 14 printemps ; une plume se ficha dans l‘œil azuré d’une de ses congénère. Après moult plates excuses, le jeune Crâ réduit en deux dimensions se fait sévèrement écrouer par la vieille maîtresse fraîchement ménopausée. C’est ainsi que je fus chargé d’emmener la jeune fille l’aider à « se rincer l’œil ». Evidemment, je refusais, prétendant que j’étais trop pudique…

J’en ris encore. C’est hilarant de voir ça, tant d’années après… Soudain, je jette le parchemin sur la pile et prends une feuille vierge et une plume de tofu. Je compte rendre une petite visite à une veille amie …

J’aime ce quartier. C’est l’un des plus beaux quartiers de la ville. Des jardins taillés au millikamètre près, des rosiers démoniaques impeccables. Une vue magnifique sur le port de Murof et sur la mer, au lointain. Un quartier Crâ.
Avenue de la Flèche Ensorcelante, le 44. Je frappe à la porte et patiente quelques secondes en triturant ma plume.
Elle ouvre la porte, encore habillée d’une tunique de nuit et d’un bonnet. Elle paraît encore ensommeillée. Je rougis :
« Je t’ai réveillée ?
- Non, non… ça va aller. Entre ! »

Elle me laisse pénétrer dans son antre de Crâette. Un endroit parfaitement ordonné, un arc trônant au dessus de la cheminée dont les braises étaient encore rougeoyantes… Elle s’excuse, j’opine du chef, m’assieds sur un fauteuil de velours rouge.
Quelques temps plus tard, elle réapparait, telle que je l’ai toujours connue. Elégante.
Vêtue d’une belle robe aux tons bleus, les cheveux blonds soyeux regroupés dans une lourde et complexe coiffure, la blancheur de la peau mise en avant par un rouge à lèvre un peu violent, quelques taches de rousseurs éparpillées sur un visage mince et juvénile. Et puis ses yeux… des yeux d’un bleu sans égal, turquoises, profonds. Un peu tristes.
« Ah, Fao ! Revoilà mon Eni préféré ! »

Je réponds à son sourire :
« C’est incroyable que tu te souviennes encore de moi ! C’est en lisant un truc qui datait un peu que je me suis rappelé de toi…
- On a passé de merveilleux moments ensemble… »

Je lève un sourcil :
« Ta vie est donc si morne, ma chère Azuralys ? »

Elle hausse les épaules, baisse les yeux ; explique qu’elle n’aime qu’écrire et qu’elle ne fait que ça. Je soupire. Il y a des gens bien pire que moi, apparemment…
« Je peux voir ce que tu écris ? »

Quelques heures plus tard, sa table est jonchée de feuilles, je crois me retrouver dans mon bureau. Des dizaines de mots tournent dans ma tête, mais je suis assez content de ce que j’ai lu. Je prends les pages une par une, les pagine, les mets dans l’ordre. En quelques temps, une liasse de feuilles marquées de minces lignes d’encre dans la main. Elle revient avec deux tasses fumantes qu’elle pose sur la table basse.
« Alors, ça t’a plus ? fait-t-elle en chassant une mèche rebelle
- Tu t’es vachement améliorée depuis la dernière fois.
- La dernière fois, tu m’avais dit que j’étais déjà très haut placée dans le monde des poètes…
- On va dire que tu es allée encore plus loin que ça. »

Elle sourit, porte sa tasse à ses lèvres. Moi, je me contente de la regarder. Je crois déceler, dans ses yeux, une sorte de monotonie. Comme si elle vivait sa vie en la regardant passer, sans la vivre elle-m^me mais en se regardant vivre. Passive.
Je lui propose d’aller faire un tour. Assez hésitante au début, elle accepte. Elle met son écharpe bleu-roy et se chausse de mocassins gris clairs. Avec un léger tremblement au coin des lèvres, elle ferme sa porte et fait face à la rue. Elle semble à peine découvrir le monde. Un pioussin adulte.

Je suis décidé à lui faire connaître tout le monde. Je passe faire coucou à Ralou’, qui discute avec ses amies de toujours. Je passe chez Gwido, un humain sans histoire que je respecte beaucoup pour sa sagesse. Il est le plus vieil homme en dehors des Enutrofs, a un sourire franc et arbore toujours autant le mosquito en guise d’ornement mural.
L’atelier de dessin de PZ-Evo est plus garni que jamais. Elle m’accueille chaleureusement avec son éternel masque Sram bariolé et ses yeux noirs pétillants de vie. L’éternel crayon qui semble inusable est toujours dans ses mains fines.
Je passe devant chez Giribia et, juste à côté, Giribio. A la chasse.
On croise IraVehementis qui, avec sa voix claire et son air outré, scande que c’est inadmissible le fait que je fasse visiter la ville à une nouvelle. Azuralys le regarde avec un air étrange quand il disparait au coin de la rue.
Llushna et sky sont encore en train d’écrire un texte ensemble. Ils me jettent un regard amical et un regard respectueux sur la Crâette que je ramène avec moi. Le mulou apprivoisé qui est couché à côté du Xélor envoie un regard intrigué à la jeune fille, qui tente de fuir son œil canin.
Less passe à la vitesse d’un boulet de canon. N’est-elle pas en train de dormir à cette heure là, normalement ? Sirachile le Iop détale, auparavant caché au seuil d’une porte. Je souris, et me plante sur la trajectoire de la Sadidette.
« Non, Fao, arrête ! Sira, reviens où je t’étripe !
- Less, je voulais absolument te présenter une amie… »

Elle regarde Azuralys d’un œil hautain, la jauge.
« L’a l’air sympa. C’est quoi ton nom ?
- Azuralys, répond l’intéressée. »

Less lui rend son salut et file vers Sira, qui s’était arrêté. La course poursuite reprend de plus belle.

Quelques temps après, je suis devant chez Soapdrish. J’entre, Azuralys sur les talons. Il est en train de discuter avec quelqu’un.
« Hey, Sopa ! T’es là ?
- Ouais, ouais, viens, entre ! »

J’obéis, et entre. Il est assis sur un fauteuil simple et confortable, devant lui sont assis Senya et…
« Cha’ ! Mais qu’est ce que tu fais là ! Tu dois être à la taverne, non ?
- Fao’ ! Ca fait longtemps »

Elle se lève m’étreignit dans un de ses éternels câlins. Elle câline aussi Azuralys. Je me tourne vers Soap ; il est muet.
« Sopa ? Sopa ! Mais dis quelque chose !
- Elle est trop bien gaulée… »

Azuralys sourit faiblement et me jette un regard criant au secours. Je la sauve :
« Bon ben… A ce soir, à la taverne ! »

J’empoigne l’épaule d’Azuralys, la tire vers l’extérieur. Retrouvés sur le trottoir de la rue, Azuralys semble inspirer pour la première fois depuis son entrée chez Soap. Elle fait une moue et me regarde.
« T’inquiète, il est comme ça avec tout le monde. Seulement avec les filles, rappelons-le quand m^me. »

Elle semble rassurée, et j’enchaine :
« C’est fini pour aujourd’hui, les visites. Le reste sera sûrement à la taverne ce soir, vous y ferez connaissance.
- Le soleil est encore haut dans le ciel. Il faudra encore plusieurs heures pour qu’il se cache à nouveau dans l’océan. »

Elle semble songeuse. Ni une, ni deux, je m’élance vers la boutique d’Erina. Je la trouve en pleine négociation avec Kura.
« Tiens, M-E, j’te rends ton oreiller.
- Pourquoi ? Il est bien, cet oreiller ! Je l’ai choisis juste pours toi, tu dis que tu ne dors pas, alors…
- Nan mais nan. Je ne dors plus du tout. J’dessine à la place.
- Tu peux dormir le jour, alors ! Comme ça t‘es frais et dispos la nuit.
- Ouais… d’accord. J’essayerai. »

Kura sort de la boutique, un gros oreiller sous le bras. J’entre, Eri m’accueille chaleureusement. Je ne sais pas pourquoi, je suis son client préféré. Enfin, je sais sûrement, mais je ne connais pas la véritable raison.
Elle a une belle voix grave, qui se prolonge dans des trémolos intenses. Elle balance ses cheveux colorés vers la nouvelle venue.
« Salut ! Comment tu t’appelles, je ne t’ai jamais vue ici !
- Les consciences vivantes qui peuplent ce monde peuvent m’appeler Azuralys.
- T’es la Fao version fille, alors ?, plaisante Erina. Allez, bienvenue chez nous, femme aux pensées vagabondes.»

Elle éclate d’un rire contagieux, que je ne peux m'empêcher de rejoindre. M^me Azuralys eut un sourire timide. Quand l’euphorie fut calmée, j’annonce :
« Tu aurais quelque chose pour moi ?
- Comme quoi ?
- Comme… des parchemins.
- Beaucoup de parchemins, renchérit Azuralys. J’en ai presque plus moi aussi. »

Elle nous regarde tous les deux avec un air doux, puis annonce que tout le stock de parchemin est entièrement pour nous. Un long silence prend place entre nous trois. Une discussion par le regard se pose. Puis elle s’approche d’Azuralys et se lance dans une conversation dont le contenu ne me m’intéressait nullement, et dont des bribes me parvenaient : « Depuis combien de temps es-tu ici ? » ou m^me « Elle est belle, ta robe, où l’as-tu achetée ? ».

Je laisse les deux beautés discuter ensemble et explore la boutique. Le contenu me rappelle vaguement une vieille légende, celle de Kabrok, un marchand sous-terrain d’un autre monde. Les armes sont nombreuses, mais rares sont les acheteurs. Il y a aussi des articles de peinture, des objets de culte, des manuels de role play…
La solitude me pèse vite ; sans le savoir, j’ai pris goût à prendre contact avec les gens alentours. A moi, qui suis très renfermé, ça m’intrigue. Alors, je retourne vers les deux femmes et les invite à faire un tour du côté des falaises. Azuralys envoie un regard interrogateur à Marion-Erina, qui hausse les épaules.
« De toute façon, je ferme dans quelques minutes… De l’air frais ne nous ferait que du bien. Allons-y ! »

Dehors, le soleil est violemment retombé sur un côté de la voûte céleste. Des rayons orangés percent déjà à travers le ciel bleuté, il devient tard. Sur le chemin, je me ravise soudain, prend la direction de l’auberge, à la sortie de la ville.

L’air est surchauffé, un groupe de musique joue un air sur l’estrade de l‘auberge. Toute la ville semble s’être réunie dans l’établissement de Roxnin. Akeha m’accueille, surprise de voir mes deux accompagnatrices.
« Alors, on devient plus sociable qu’avant ?
- Eh oui, noble écaflippette aux cheveux d’or. Parce que la solitude est la cause de tous nos désagréments…
- Par contre, je n’ai plus de parchemins, désolée… »

Je souris :
« Pas grave, aujourd’hui je n’écrirais pas »

L’étonnement dans son regard me stupéfie à tel point que j’ai envie de dire le contraire pour lui prouver que c’était bien moi devant elle.
Azuralys jette son regard sur l’écatte, confirme que je n’écrirais pas aujourd’hui. Akeha n’insiste pas, nous laisse passer. Waelle débarque en trombe devant moi, un plateau à la main. Elle me fait un grand sourire, que je tarde à laisser sans réponse. Je commande trois boissons fraîches, m’attable à mon coin habituel. Azuralys et M.-E. ne tardent pas à me rejoindre, toujours plongées dans une conversation totalement féminine.
Les boissons arrivent, je sens l’œil de Waelle s’attarder sur moi derrière mon dos. Simple impression.
Une ombre furtive retient mon attention. Elle se faufile depuis une fenêtre jusqu’à une table où étaient attablés Senya et Soap. Soudain, elle se tourne vers moi. Un éclair noir donne un éclat surnaturel à ses yeux. Je le reconnais dans la seconde :
« Erpes ! Enfin là ! »

Je vois la déception dans ses yeux, puis il s’approche en tentant de sourire. Arrivé chez moi, un regard assassin m’accueille.
« Salut Fao’.
- Assieds-toi, voyons ! Waelle, une autre bière ! »

Il a un air contrit, mais j’ignore son malaise.
« TU m’a gâché l’occasion de me prendre 500 kamas.
- Alors, où en est ton cher Numac Rirqitu ?
- Bah, ça avance… Le seul problème c’est que son créateur n’a pas ramassé un sou. J’ai un jet de la partie 12, tu le veux ?
- Nan, ça ira… Je préfère les parties finies. »

La bière arrive au m^me moment, il a l’air un peu consolé. En prenant son verre, il remarque pour la première fois Azuralys.
« C’est qui cette donzelle-là ?
- Demande-lui, elle saura te répondre ; me contenté- je de dire.
- Les Srams ne sont pas sociables comme toi. Tout le monde veut de te parler, toi…»

Je suis surpris de cette remarque, mais je ne réponds pas. J’interpelle doucement Azuralys, elle se tourne vers moi.
« Je te présente Erpes. Il est écrivain de profession. Erpes, voici Azuralys. Une vieille connaissance.
- Pas si vieille, la connaissance, grogne Erpes, avant de siroter de sa liqueur.
- Ecrivain ? Quelle merveille que cette noble occupation! Qu’est-ce que tu écris ?
- Ah, tu sais… J’ai l’Honneur d’Iop et l’Harmonica Sramesque. Je suis assez axé sur les classes, j’en profite… Je peux te les donner, si tu veux. »

Elle accepte avec zèle, mais Erpes ne reste pas longtemps sur place. Il s’excuse pour aller vider quelques bourses.

Je ferme les yeux, la discussion entre Erina et Azuralys s’est tarie. Elles profitent de leurs boissons. Soudain, une voix me fait sursauter :
« Hey, salut !
- Qui va-là ?! Ah, PetitChanceux… Voilà le plus grand critique littéraire de Murof !»

L’Enutrof s’assied sur la chaise, souhaite le bonsoir aux deux femmes. Apparemment, son haleine a dû les répugner car elles s’enfuient sans demander leur reste.
« Ca ne fait pas très galant, ton salut. Ça les a fait fuir…, je remarque.
- Bah, contrairement à toi, je ne suis pas un tombeur… Fao ? Fao ?»

Je me tais, le regard pongé dans lointain. Je remarque subitement le regard insistant de Waelle, le coup d’œil de Soap, la pupille turquoise d’Erina qui me scrute avec un air indéfinissable. Vidd’ sourit, montrant de véritables crocs; Roxnin, sous couvert de surveillance de la salle, a l’air de m’espionner discrètement ; Luttii me jette un œil intéressé. J'ai du mal à ne pas voir Cha' et son sourire malicieux, de voir PZ-Evo faire un croquis suspect. Kura n'est pas là, mais j'ai comme l'impression qu'il pense à moi et me dessine. Et d'un seul coup, dans ma tête, je me dis que je ne suis pas bien, que j'ai un truc qui tourne pas rond.
Mal à l’aise, je sors un parchemin dans la poche ; j’empoigne une plume et examine longtemps le profil d’Akeha. Je me plonge sur mon papier et commence une description détaillée d’Akeha. Si j’ai le courage, un jour, j’irai le lui donner… En attendant, j'essaye de calmer ma paranoïa…


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CHAPITRE 3 (Fao')

Message par Fao le Dim 14 Nov 2010 - 13:46

Kura prend la bougie minuscule entre ses deux doigts et, d’un geste, la jette dans la corbeille. Maintenant, le noir le plus complet l’entoure et une sorte de pression obscure le fait se lever. Il se précipite dans l’obscurité et attrape un cylindre de cire qu’il allume grâce à un sort qu’il a acquis dans la boutique d’Erina. La lumière tremblotante et jaunâtre éclaire le visage tortueux du jeune homme. Il sourit, pose la chandelle sur son support couvert de cire et attrape son crayon
Le dessin. Il avait directement pensé à Faolin, l’Eni écrivain. Ce dernier avait l’habitude de passer dans le quartier des dessinateurs, m^me s’il ne savait pas dessiner. Et puis Fao l’avait croisé plus tôt dans la journée et lui avait paru très bizarre, d’autant plus qu’il était accompagné d’une jeune femme…
Soudain, il sourit. Presque oublié. Il rajoute dans le dessin une plume de tofu froissée qu’il fourre dans la poche du personnage. Il reste un moment pensif devant son œuvre, comme pour se rappeler de quelque chose qu’il aurait oublié.
Colo ? Pas colo ? Non. Pas colo. Fao est « bicolore » : blanc pour le papier qu’il gratte et noir pour l’encre qu’il utilise…
Kura saisit un deuxième parchemin Kançon et gribouille deux yeux et les colorise. Tous seuls. Des yeux bleus, tristes, sans animosité ni joie. Il les regarde un moment, le regard plongé dans celui qu’il vient de créer. Il ressentirait presque de la peine pour la tristesse de ce regard. Quand soudain il se rend soudain compte que ces yeux, il les a déjà vus. C’était ceux de celle qui était près de Fao, quand il était entré dans la boutique d’Erina...
Ils sont fous, ces poètes.


Ca y est, j’ai fini. Trois heures sont passées depuis que j’ai sorti ma feuille et maintenant tout ce qui concerne Akeha est noté dessus. La taverne est toujours aussi remplie, mais moins vivante, plus débauchée. La chaleur est étouffante, l’ambiance est pesante. Le malaise s’installe… Quelques personnes ont m^me vomi.

Je hèle Waelle, qui arrive en titubant. Je commande un verre d’eau glacé et une tasse de thé brûlant. Pour mieux supporter l’alcool ; j’ai lu ça quelque part, je ne sais plus vraiment où. Elle penche la tête sur le côté en tentant de sourire et opère un demi-tour pour aller exaucer mon vœu. En passant, elle se cogne l’abdomen sur un coin de la table. Elle fait une grimace et se dirige vers le bar.
Tous les regards sont encore tous plaqués sur moi, je les sens. Et je ne sais toujours pas comment faire pour m’en débarrasser...

Cha’ éclate soudainement de rire, qui brisa le lourd silence comme une flûte de crystal qui choit sur le sol dallé. Soap semble soudain se réveiller et s’écrie :
« Wow ! Qu’est ce qu’il y a, là ? Pou’quoi tu…t… tu rigoles ?»

Erina le regarde avec un œil rieur quand, tout à coup, elle s’esclaffe sans prévenir. Akeha glousse avec retenue quand le rire tonnant de Rexxant envahit la pièce. L’hilarité prend immédiatement place sur l’auberge, pour une raison toute futile et mystérieuse. Ce qui me fait sourire.

Tous les rires s’entrechoquent dans une sarabande immatérielle de bonheur futile ; tous les gens présents, connus ou moins reconnus, se délivrent de leurs chaînes de politesse élémentaire en se poêlant sans gêne. Seule une personne ne rit pas : moi. Je me contente de sourire, presque choqué par la venue incongrue de cette allégresse générale qui envahit si rapidement l’établissement humant violemment la bière brune.

Soudain, je me lève discrètement ; je me jette dehors. Sans m’en rendre compte, je me retrouve dehors, dans l’air calme, frais et serein de la nuit de Murof. Une ombre se faufile dans le noir et disparaît dans une maison, devant mon regard aveugle. Je saisis ma baguette magique et l’allume d’un sort grogné. Un halo jaunâtre m’entoure comme un cocon de lumière dorée protectrice.

Quelques minutes après, je m’assieds tranquillement sur l’herbe longue et grasse de la falaise. Apparemment, PerCy la Fécatte ne semble pas faire paître ses innombrables bouftous ici… L’air est glacé, fait frissonner mes poumons et caresse ma peau brune comme une plume de neige qui s’étiole sur mon épiderme frileux. Je perçois, en bas, les vagues des flots infinis se fracasser brutalement contre le littoral déchiré de la côte et creuser la terre en falaises abruptes. Le roulis régulier des assauts des eaux grises sur le mur de terre me faisait emmener dans une léthargie imparable. Un parfum iodé remonte jusqu’à mes narines flétries par la puanteur de l’auberge et ragaillardit mes sens.

Et je reste là, assis en tailleur, baignant dans une sorte d’extase béate, souhaitant fervemment que ce moment dure jusqu’à la fin des temps. Mais bon. Toute bonne chose a une fin.

Un toucher de satin caresse la peau de mon bras nu et me fait littéralement frémir. Une conscience profane s’assied à mon côté et reste muette. Malgré cela, je crois discerner son souffle harmonieux au milieu du bruit ambiant. Je soupire doucement, et mon haleine chaude se transforme en buée dont les volutes grisâtres s’envolent en dansant faiblement dans l’air glacé de la nuit Murof.
« Je te fais chier, hein ? »

La voix murmurante se meurt dans un soupir léger et s’enfuit dans une faible exhalaison de bière blonde. Je reconnais cette voix, la voix chantante d’une certaine femme aux gais cheveux couleur lilas. Et puis, le silence. Erina fait danser un moment ses cheveux, les rejetant vers l’arrière. Le frémissement chatouille, griffe âprement mon ouïe fine et fébrile, et je serre les mâchoires en signe de déconvenue furibonde.
« Personne ne peut nier le fait que je suis en train de penser qu’il se peut que tu puisses m’importuner en ce moment...
- En gros, je t’agasse royalement. »

Je me tais, mais dans le fond je pense sincèrement que j’adore son tact verbal. Nous restons un instant muets et stoïques, quand tout à coup elle se lève et annonce :
« Suffit ! »

Elle s’en va d’un pas vif, en laissant dodeliner sa main, qui frôle au passage ma joue. Son toucher m’électrise, tout en étant autant doux que trop bref. D’instinct, je saisis son avant-bras et l’empoigne fermement. Je me lève d’un coup de reins et me plante en face d’elle. Je plonge mon regard dans ses yeux violets. Un océan violet, plein de dureté et de tendresse, un flot empli de mystères voilés par une pupille bleue.
« Erina…
- Moi c’est Marion-Erina. »

Lentement, je déglutis. Une bile aigre monte jusque dans ma bouche ; un flot étrange de neige intérieure provoque soudain une avalanche glaciale, un seau de glace qui tombe sur mes épaules et se diffuse dans tout mon corps. Soudain, je me sens faiblir. Une léthargie inhabituelle m’envahit comme une armée de sable et je m’assieds pour la deuxième fois.
« Erina, je…
- Arrête avec tes « Erina », je m’appelle Marion-Erina »

Une sensation affreuse me ravage, et mes membres sont de plus en plus lourds.
« Je vais mal, arrête…
- Fao, ça va ?
- Je viens de dire que non ! »

Une chaleur insoutenable me saisit, j’ai tellement mal que mes yeux se ferment presque tout seuls.
« Attends voir… tu es brûlant !
- M’étonne pas…
- Qu’est ce que t’attends pour envoyer un mot Curatif ?»

Trop crevé pour répondre… Moi qui étais auparavant assis, je me couche sur le sol, la tête en proie à une souffrance sans pareil. La seule chose que je sentis avant de sombrer dans le sommeil, c’est la marque fraîche d’une main sur mon visage.

La douleur me réveille, lancinante, continue. Je ressens un léger picotement sur ma nuque, une odeur de terre humide assaillit subitement mon odorat. Mes yeux sont toujours fermés par la douleur qui festoie dans ma boîte crânienne, mais je crois entendre un souffle léger près de moi.
« Marion-Erina…, je baragouine d’une voix pâteuse.
- Appelle-moi Erina…, répond-elle doucement.
- Je suis là depuis combien de temps ? Tu as appelé quelqu’un à l’aide ?, je demande sans relever.
- Tu es dans les vapes depuis 4 heures… Et je n’ai appelé personne. Je devais appeler quelqu’un ?
- Je n’ai jamais dit ça… »

Je la vois sourire avec un air espiègle quand j’essaye enfin d’ouvrir les yeux. Je sens une maie moite se prendre délicatement dans la mienne. Ma tête me fait encore souffrir, sans que je trouve quelconque moyen de guérison. Erina est toujours près de moi, agenouillée, patiente ; indolente… Elle me conseille un mot Soignant, que j’exécute sans rechigner.

Le sort murmuré me vide complètement, et en m^me temps une force incroyable rejaillit du cœur qui trône en lieu et place de boucle de ceinture. Elle se diffuse dans tout mon corps, calme un peu la céphalée et apaise mon esprit embrumé par la douleur. Je tente alors de me relever, sans résultat. Il me semble que mes jambes sont de glace de Javian, et que je brûle d’une fièvre incompréhensible. Erina se penche vers moi, tâte mon pouls, frôle mon front pour évaluer ma fièvre, me caresse la joue du dos de la main. Pour moi, chacun de ces gestes était un baume bienfaisant qui calmait ma douleur et me redonnait mes sens perdus.
L’iode pénètre violement dans mes narines, l’odeur de la fleur des champs, de l’herbe mouillée, la sueur et un parfum exaltant aux saveurs fruitées.

Je remarque la lueur rosâtre qui se dilue doucement dans le ciel matinal, la rosée du matin est déjà passée, mouillant mes doigts, mes pieds, mes cheveux. Déjà les oiseaux gazouillent, et les tofus de Cha’ se font entendre au loin.
La journée commence dans une ambiance océane, douce et chaude, malgré la fraîcheur des nuits de Murof en cette saison. Une présence bienfaisante brille à mes côtés, et quand j’essaie de me relever, elle m’étreint et délicatement me fait asseoir. En la regardant, je cligne des yeux plusieurs fois, comme pour m’habituer à une lumière trop violente qui viendrait d’une personne.
« Ca va mieux ?
- oui, oui… Va ouvrir ta boutique, marchande. Je me débrouillerais bien sans toi.
- Sympa la remarque ! »

Je la considère avec étonnement, et m’étonne de son air outré. Je me retourne vers la mer en disant :
« Va-t-en… »

Je perçois un frémissement régulier, qui s’attenue petit à petit. Je devine alors qu’elle s’en est allée rejoindre la ville, me laissant là, assit devant la mer qui me gifle de ses doigts de vent iodé.

Le soleil se lève sous mes yeux, sa lumière dorée et brûlante grille ma rétine meurtrie. Il s’élève doucement dans le ciel, réchauffe mon visage mouillant de sueur glacée. Sous un coup de tête inopiné, je me lève et me dirige vers le bord de la falaise. En contrebas, la mer infatigable malmène la terre friable de l’île perdue de Murof.

Un bruit léger me surprend doucement, et une deuxième conscience apparaît près de moi, mais reste debout.
« Tu es là depuis quand ?

La voix, chaude et veloutée, caresse subtilement mon ouïe fine et délicate.
« Hier soir. »

Une main gantée apparaît dans mon champ de vision, je l’attrape sans hésitation. Une force indéniable me tire vers le haut et je me retrouve devant Azuralys. Un regard indéfinissable me traverse de part en part.
« Et t’étais avec M.-E. depuis hier soir ?
- Erina ?
- Je l’ai croisée en arrivant, elle partait entrait juste dans la ville. Je lui ai demandé où tu étais.
- J’étais avec Erina depuis hier soir, alors. »

Un long silence prit place entre nous deux, que je tentais de fuir en me détournant d’elle. La Crâette m’attrape par le bras, me plaque en face d’elle avec violence. Son regard me stupéfie, tant il avait été enflammé par une flamme de vie que je n’avais jamais vue chez elle.
« Vous avez… ?
- Non.
- Pourtant vous iriez bien ensemble… »

Je hausse un sourcil interrogateur ; elle sourit d’un air malicieux.
« Vous irez bien ensemble. »

Sur ce, elle se retourne et s’en fut en courant, me laissant seul, assit sur le sol herbé. Je soupire longuement, l’esprit tout retourné par les récents évènements. Finalement, je suis bien, ici…



Dernière édition par Fao'N le Jeu 18 Nov 2010 - 7:43, édité 1 fois
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Re: Murof, l'original

Message par Vlad' le Dim 14 Nov 2010 - 15:14

Je reconnais le premier texte de toi que j'ai lus quand je suis arrivé sur le Forum wakfu...
Je me souviens avoir été impressionné...
Ah, nostalgie...
Tu vas les remettre dans le même ordre que dans le fofo original ?
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Re: Murof, l'original

Message par Fao le Dim 14 Nov 2010 - 15:19

Bah oui. Bien sûr.
Pour l'instant, 15 chapitres.
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CHAPITRE 4 (Akeha)

Message par Fao le Dim 14 Nov 2010 - 15:53

Une lueur. Non, un reflet. Celui d'une bougie dans un miroir. Cette bougie, ainsi que 17 autres, orné une splendide gâteau. une personne était célébré. C'était un pandawa, assis à une table. Autour de lui, des cadeaux, des amis. En face de lui, une ecatte...

Akeha poussa une profonde inspiration. Elle était dans son lit, un rayon de lumière éclairait son visage. C'était le matin d'un jour très important. Un jour qu'elle avait planifié depuis un an, depuis le même jour de l'année dernière. Elle était de bonne humeur en cette matinée. La demoiselle se leva, et s'étira de tout son long. Dehors, les tofus de Cha passaient dans le village, pour réveiller les personnes qui devaient l'être. Etonnante cousine! L'ecafilpette se leva, et choisit de mettre une tenue rouge en cette journée. La tenue se composé d'un short, d'un haut, et de deux manches. Une fois préparée, ses ceintures mises, ses cartes rangés, et ses longs cheveux blonds coiffés, elle partit boire de lailait, et un biscuit. Ce jour là, elle avait une mission de la plus haute importance! Elle se dépêcha de descendre les escaliers de sa maison.

L'ecatte habitait seule, dans le quartier des jeux, le quartier ecaflip. C'était une petite maison. Modeste. Il y avait deux salles en bas, et trois en haut. C'était la seule maison qu'elle et sa grand-mère avait put se trouver à l'époque. Mais la vieille femme était morte depuis longtemps, laissant seule sa petite fille, dans cette demeure qui faisait à présent bien trop grande. A l'époque elle avait 13 ans. Et, pendant un an, elle n'avait que ses économies pour vivre, mais sa vie n'était pas triste pour autant. Elle avait des amis.
Des amis qu'elle conservait et qu'elle aimait de tout son corps. Il y avait Rexxant, bien sûr. Un pandawa amusant et audacieux, qui aimait la liberté, et qui traînait dans la ville là où son esprit l'emmenait. Et souvent il l'emmenait avec lui. C'était devenu une sorte de frère pour elle. Et puis il y avait Faolin. L'eni poète. Avec lui, elle apprenait comment écrire les vers, et dévoiler des sentiments avec quelques mots qui veulent tout dire. Gardien, le sacrieur, un être un peu solitaire, au passé funèbre. L'ecatte se voulait avec lui rassurante, et aimait beaucoup combattre à ses côté, et lui apprendre à jouer au carte. Et puis, Il y avait Cha, et Soapdrish, Kolissa, Luttii, Ralou et tant d'autres! Ils l'aidaient, et elle leur en était infiniment reconnaissante. Et pour ça, elle voulait les aider.
Et puis, quand elle eut 15 ans, elle commença à être à cours de kamas. Elle dut alors se trouver un emploi. Et ce qu'elle trouva, c'est un poste de serveuse, à l'auberge-qui-roxxe, et là, c'est une nouvelle famille qu'elle se trouva. Elle les aimait tous beaucoup. Voir plus pour certain. . . Mais je ne vous dirai pas tout.

Ce jour là, sur le pas de la porte, l'attendaient deux amis de son trio d'autrefois. L'eniripsa archer et poète, Faolin, et le sacrieur aux cheveux gris, Gardien. La description de Fao, vous devez déjà la connaître.
Alors laissez-moi vous décrire le disciple de la déesse sanguinaire: Gardien avait 17 ans, comme l'ecatte. Il était d'apparence svelte et sportive. Sa peau était claire, et ses muscles saillants. A force de se battre. Il portait le traditionnel pantalon des sacrieurs, en plus d'un bandage sur le torse, qui cachait une ancienne cicatrice. Ses bras recouvert de tatouages, en étaient noirs. Ses yeux étaient blancs. Sans pupilles, sans rien. Et il fallait bien le dire, ça lui donnait un certain style. Ses cheveux étaient gris, et en brosse. Ses cheveux ne lui permettaient de porter un bandana, c'est pour cela qu'il avait choisi de porter un bandeau. Mais de nombreuses mèches tombaient quand même sur ses yeux.
Le détail qui faisait sourire la jeune fille était qu'autour de son coup se trouvait un collier en cuir, surmonté d'un grelot, cadeau qu'elle lui avait fait, un jour qu'il l’avait sauvée dans un combat. Leur première rencontre. Akeha referma sa porte à clé, et se retourna. Ses deux amis l'attendaient. Fao, debout, son arc dans son dos, lui fit un geste amical de la main. Gardien, lui, adossé à sa palissade, ne bougeait pas, et se contenta de grogner un bonjour. L'ecatte descendit à leur côté.

- Bonjour mes amis!, dit-elle joyeusement.
- Bonne matinée, gente demoiselle, répondit Fao.
- B'jour.
- Nous pouvons y aller?
- pour sûr! Dépêchons nous, ainsi nous pourrons nous rendre assez tôt au marché, et avoir la meilleure marchandise, expliqua l'eniripsa.
- Alors, allons-y.

Les groupe commença fièrement sa route vers les étendues du marché. Akeha avait posé son congé ce jour là, car elle avait bien plus important à faire… heureusement que Roxnin avait compris! Bientôt le groupe arriva sur la place centrale, ou tous les lundis se tenait le grand marché du village. Tous les commerçants pouvaient monter leurs étals, et proposaient aux habitants et aux personnes de passage leurs meilleurs articles. Quand le trio arriva sur les lieux, tout le monde était déjà là, et bien évidement, les clients aussi. A neuf heures du matin, le marché était déjà bondé de monde.

- Décidément, je ne savais pas que le marché de murof était tellement connu!, s'exclama Akeha.
- Moi non plus... dit Gardien, penaud.
- Peut-être que tout le monde a eut la même idée que nous?
- Je ne crois pas Akeha, je pense que ça a bien plus rapport avec la future fête de Nowel, expliqua une fois de plus l'eniripsa, un petit sourire amusé accroché aux lèvres.
- Avec tout ce monde, c'est sur, on pourra jamais trouver ce qu'on voulait!
- Sois pas pessimiste, Gardien! Allez, on y va!

L'ecatte se précipita dans la foule, en entraînant ses amis avec elle. Mais il ne lui fallut pas longtemps pour les perdre à nouveau. Trop de gens, trop de foule... Qui les avaient emmenés contre leur gré dans la danse de leurs va-et-vient, et après plusieurs cris, étouffés par les chants de la cohue, les trois protagonistes étaient complètement séparés. Les yeux bruns de l'ecatte cherchaient désespérément des visages familiers sur lesquels se poser, et pour évacuer sa détresse passagère. Mais elle ne trouvait personne. Les personnes qu'elle appelait semblaient avoir disparu de la surface, et les noms qu'elle prononçait étaient vides de sens. Les regards que les gens portaient sur elle ne reflétaient que de l'incompréhension.

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CHAPITRE 5 (PC)

Message par Fao le Lun 15 Nov 2010 - 20:46

Un pâle et timide rayon du soleil matinal éblouit mes yeux encore engourdis de sommeil. Me redressant péniblement sur mes coudes à la peau desséchée, mon dos courbaturé m’arrachant une grimace d’incommodité, j’observe le décor alentour. Assis sur un amas de foin réparti anarchiquement sur le sol pierreux, le lieu me rappelle celui d’une grange. Plusieurs immondices jonchent le sol et un désordre phénoménal règne en maître. Des fourches dardent leurs piques vers ma direction, comme s’ils voulaient me menacer. Le plafond était humide et fragile, suintant l’humidité. J’hume l’air ambiant ; une odeur de paille, de laine de bouftou mal lavée et surtout de renfermé m’agresse subitement les narines, s’ajoutant à ma propre odeur corporelle peu attrayante. Quelques moskitos volètent ça et là, et plusieurs protubérances rougeâtres que je n’avais pas encore la veille me confirment que ces insectes s’étaient régalés de mon sang, cette nuit.


J’entreprends alors de descendre prudemment de mon moelleux monticule jaunâtre afin de pouvoir quitter cet endroit. Une fois à terre, le sol dur et froid rappelle à la plante de mes pieds qu’elles n’étaient pas chaussées. Cherchant du regard ma paire de sandale, j’aperçois par la même occasion un vieil abreuvoir en chêne brut contenant une eau légèrement croupie, mais suffisamment propre pour que je me permette un brin de toilette. Je suis certes sale et puant aux yeux des autres villageois, mais cela ne justifie pas le fait que je ne puisse jamais me laver. Deux ou trois fois par mois, environ… Me rinçant sommairement le visage après m’être lavé ma barbe aussi grisonnante et noueuse qu’un filet de pêche pour pichons, j’eus la surprise de me faire lécher la joue par une langue râpeuse et pestilentielle ! Un simple bouftou, mais qui eut le malheur de recevoir mon pied dans son arrière-train velu. Glapissant, il s’enfuit à toute hâte vers… son maître, un feca :

« Ben dis donc, toujours aussi ronchon avec les bestioles, P.C, me lance Soap, hilare.
- Je me demande comment tu aurais réagi, si cette foutue moumoute sur pattes t’avait bavé dessus avec son haleine nauséabonde !
- Question haleine, on peut dire que tu n’es pas le mieux placé pour critiquer.
- Pas ma faute, tu as bien vu la vie que je mène… Aaah, si seulement une âme généreuse, une seule ! consentirait à me remettre quelques kamas, je n’en serais pas là, déclaré-je théâtralement, empli d’espoir.
- Et ne compte surtout pas sur moi pour être ton « âme généreuse ».

J’opte alors de m’éclipser, prenant un air de chienchien battu, ce qui n’eut malheureusement aucun effet sur Soap. Il sembla cependant se raviser et, avant que je ne franchisse le seuil de la grange, il me lançe, une lueur perverse dans le regard :

« Mais si tu me présentes quelques jolies filles, on pourra trouver un terrain d’entente ! »
Contenant maladroitement un fou rire, je m’éloigne de cet incorrigible Feca.


Marchant paresseusement sur l’herbe encore humide de la rosée matinale, j’admire les perles de rosée scintiller sous l’effet des rayons solaires. Le ciel d’un bleu azur, vierge de toute nuée, annonçait une splendide journée. De subtiles senteurs de thym, de musc et même de giroflée folâtrent dans mes narines, m’apaisant tel un enfant bercé par le chant de sa mère. Je m’approche paisiblement d’un immense arbre aux innombrables ramures, et j’ai l’étonnante surprise de découvrir Less sommeillant paresseusement à l’une de ses branches les plus stables. J’hurle à pleins poumons :

« LESS ! Qu'est-ce que tu fais aussi haut ! Tu n’as pas peur de tomber ?! »


Dix minutes plus tard, après m’être fait copieusement insulté de « Vieux sanglier puant », de « gueulard attardé » et d’une flopée d’autres injures que je ne connaissais même pas jusqu'alors, je reprends hâtivement mon chemin, une superbe marque de main sur la joue droite.
Ne jamais réveiller Less, sauf si l’on veut mettre fin à ses jours. C’est noté.


Poursuivant ma route, sans savoir réellement où aller, j’erre nonchalamment, sans but. Je me surprends alors à admirer tristement les foyers des villageois, qui eux s’attèlent à leurs tâches quotidiennes. Comme ils ont de la chance ! La vue de ces jeunes gens heureux, riant et batifolant me fait brutalement frissonner, ravivant dans ma pauvre tête de douloureuses pensées mélancoliques. M’adossant péniblement contre le tronc puissant et vigoureux d’un Chêne, j’e m’efforce de refluer ces souvenirs lancinant qui crèvent la surface de ma conscience, brouillant ma vue de larmes. Je… Je dois…oublier le passé. A ma vie d’avant. Au temps où je menais cette vie idéale qui ne me sera plus jamais réofferte. Tout ça, tout, était fini.


J’aurais bien aimé mener la vie de ces êtres insouciants, qui ne connaissent pas le malheur. Ils ont des amis, une demeure, des activités ; et moi, vieille carcasse déjà morte, une vie bohémienne sans véritable ami, sans confident, sans chez-soi décrit mon unique perspective d’avenir. Je vais même jusqu’à me demander si je suis réellement un Enutrof. Pas de pelle, pas de phoreur, pas d’havre-sac. Tout ça, je l’ai engloutit dans ces saloperies de jeux et de paris en tout genre, comme un chérubin qui ingurgite avidement une kyrielle de gourmandise jusqu’à en attraper une indigestion. Serais-ce tout simplement une mauvaise, mais alors une très mauvaise, farce du Dieu Ecaflip ? Je resserre mes genoux autour de mes bras décharnés, et lutte contre cette marée affluente de souvenirs.

Je repense alors à un vieux proverbe, qui affirme « qu’à force de regarder son passé, on ne voit pas le poteau qui se dresse en face de nous ». Cela réussit à m’arracher un sourire. Triste, mais un sourire quand même. Et puis, en y réfléchissant plus attentivement, Murof recèle un avantage majeur : une ribambelle d’écrivains en herbe, de conteurs, de poètes et même de philosophes. Une vraie aubaine, pour ma seconde obsession qu’est, outre les jeux de hasard, la critique littéraire !
Je me remémore les évènements de la veille, notamment à la rencontre de cette superbe craette que je n’avais jamais vu par le passé. Peut-être qu’elle était elle aussi une férue de littérature ? Il faut que je la retrouve ! Et alors que je m’apprêtais à me relever, surgit au détour d’un petit sentier Faolin, jeune disciple Eniripsa et poète illuminé.

« Besoin d’incantation curative, mon vieil ami ? Je te jauge attentivement depuis l’instant futile et indécis de ta posture assise, et je crus percevoir dans les tréfonds de ton âme un mal intérieur, tortueux et incommode. Ai-je raison ?
- Oui... mais non. Je me sens mieux. Peux-tu me rendre un petit service, par contre ?


Le soigneur littéraire me répond d’un ton presque intellectuel, enflammé par ses tournures peu habituelles :
« Naturellement, antique adepte du culte de l’avarice et de l’enrichissement superficiel de soi. Qu’as-tu donc à me quémander ?
-Je t’ai vu il y a quelques jours en compagnie d’une nouvelle craette, assez jolie. J’aimerais juste savoir où je pourrais la… »

Me coupant la parole, il scande d’une intonation qui se veut tonitruante, malgré sa texture de voix assez infantile :
« Assez jolie ? ASSEZ JOLIE ! Aveugle sénile ! N’as-tu donc pas joui de son parfum aphrodisiaque, à l’arôme frugal du santal natal de l’exotisme ? N’as-tu donc pas caressé son doucereux et pâle épiderme satiné ? N’as-tu donc pas…
- Fao’ ??
- Quoi !
- METS LA EN VEILLEUSE ! »

Un temps, court. Rompant ce silence éphémère, il rend les armes, résigné :
« Pff… C’est bon, j’ai compris ! Si même toi, tu ne supporte plus mes envolées lyriques…
- Pas le moment. Alors, cette fille ?
- Je peux te la présenter, si tu veux. Mais d’abord, faudra passer chez moi.
- Pourquoi ?
- Je ne pense pas qu’elle soit aussi résistance que moi à ton odeur immonde. Désolé, mais il faut à tout prix que tu t’arranges au mieux avant de la rencontrer. »

Je remarque en effet que le placide Eni retient une grimace depuis le début de notre échange. Mes émanations corporelles sont-elles donc si repoussantes ? Vaincu, j’accepte la condition de Faolin et le suis jusqu’à son humble logis.


Une bonne heure plus tard, lavé à la brosse en crins de Sangliarche, savonné à l’huile de Graine de Sésanne, parfumé à un capiteux parfum de Rose Obscure et habillé plus convenablement possible, j’étais fin prêt. Le plus dur fut de trouver des habits à ma taille, puisque le svelte Eni et moi-même avons une différence de gabarit non-négligeable.
Celui-ci semble d’ailleurs très fier du résultat, affirmant qu’il « n’avait jamais vu d’Enutrof aussi soigné ! » Quant à moi, une divine de sensation de bien-être et d’aisance m’habite ; ma première réelle « remise esthétique » depuis je ne sais plus combien d’années !


Dehors, le soleil entame son éternelle descente par delà l’horizon, teintant les effilés nuageux d’un rose-orangé crémeux particulièrement original. Le printemps s’annonce particulièrement doux, et une légion de fleurs bigarrées et éclatantes colonise déjà le sol meuble et fertile. Le domicile de la jeune femme est assez proche, plutôt banale quoique légèrement différente des autres bâtisses. Formel, Fao’ frappe fortement, fixé au feuil du foyer… euh… au seuil du foyer. Une splendide créature élégamment vêtue nous ouvre alors la porte, et s’exclame d’une voix claire :

« Fao’ ! Tu aurais pu me prévenir que tu arrivais avec cet homme ! Je ne suis même pas dans un état présentable… »

Ledit Eni jaugea son amie d’enfance, amusé par ses jérémiades :
« Arrête de te faire du souci pour un rien, tu es merveilleuse, comme à ton habitude. N’est-ce-pas PC ? … PC ? »

Je réussi à détacher mon regard de sa gracieuse silhouette et à répondre bêtement :
« Oui… . Euh… Je m’appelle Petitchanceux, PC pour les intimes.
- Un nom plutôt original. Et avez-vous autant de chance que votre nom le sous-entend ?
- Si l’on veut, lui répondit Fao’, hilare.
- Et vous vous nommez ?, grognai-je, jetant un regard assassin à l’ironique soigneur.
- Azuralys. »

Je commente, songeur :
« Azuralys… On y retrouve azur, un bleu bien spécifique s’apparentant fréquemment au ciel. Hmm… Votre couleur préférée doit donc certainement être, si je ne m’abuse, le…
- Rouge.
- Ah… Autant pour moi, déclarai-je, confus, en donnant un coup de coude dans les côtes de Faolin qui ne pouvait s’empêcher de ricaner devant ma pathétique tentative pour impressionner son compère. »


Notre échange se poursuit, jusqu’au moment où j’aborde l’hypothétique possibilité d’une passion qu’éprouverait Azur envers la littérature. Celle-ci opine derechef, scandant passionnément que la poésie et sa plus grande source de plaisir. Pour ma part, je lui explique mon obsession pour la critique littéraire et lui propose d’examiner tous ses écrits afin de les commenter. Récalcitrante au départ, la poétesse se laisse finalement convaincre lorsque Faolin défend mon parti en arguant que cela ne lui serait que bénéfique, puisque j’étais un « excellent conseiller littéraire ». Je demande alors à la craette aux yeux insondables de me fournir ses écrits, tous ses écrits, un calepin et deux ou trois stylos pour que je puisse noter et commenter ses œuvres poétiques. Ah, et une lampe à huile de tournesol sauvage, aussi. Je m’empresse ensuite de quitter l’antre de l’archère pour me ruer hors du foyer, puis de la bourgade sous les regards interloqués de ce duo lyrique de mes deux.


Dix minutes d’intense course se sont déjà écoulées alors que j’arrive enfin à destination. C’est un endroit isolé, calme, situé entre la lisière de la forêt et son cœur. L’abondante mousse poreuse et verdâtre m’invite à m’y affaler, encore exténué de mon sprint récent.
J’inspire goulûment l’air frais et forestier. Celui-ci embaume la sève, l’humus et des effluves mêlés de la multitude d’arbres qui constituent ces paisibles bois. Au loin, je capte le son des intrépides vagues se lançant à l’assaut des falaises, tel d’insaisissables légions de combattant s’écrasant inlassablement sur la roche d’une muraille inébranlable. Je crois que c’est l’un de mes seuls abris où je me sens réellement en sécurité, en paix. Où je peux laisser libre cours à mes réflexions sans jamais être perturbé.

Je pose mon fardeau à mes côtés, et adopte une position favorable à la tâche qui m’est dû. J’ouvre alors le recueil consistant d’Azuralys, qui recèle derrière sa couverture de moindre manufacture une multitude de poèmes. Classés. Heureusement d’ailleurs, car je pourrais voir les progrès réalisés en cours de route.

Une large percée dans les frondaisons des arbres m’offre une vue divine sur le ciel déjà étoilé. Le soleil s’est presque entièrement endormi, et cette partie de la voûte céleste a déjà été conquise par la noirceur profonde de la nuit. Seule la lumière de la lune et des astres m’éclairent encore de leur rayonnement frêle et argenté. J’allume le luminaire qui m’a été fournie et entame le premier poème de la pile. Puis un autre. Et encore un autre. Mon calepin se garnit progressivement de critiques, de conseils, et d’éloges sur chaque écrit. Le début, très loin du sensationnel, s’est heureusement améliorer au fil des poèmes, dont les derniers atteignent un niveau très… surprenant.
Je dévore ainsi des yeux ces avancées lyriques continuellement plus belles, plus raffinées, plus recherchées. Ma passion effréné va même jusqu'à me priver des effets du sommeil, malgré cette longue journée.

Après plusieurs heures de lecture frénétique, j’achève la dernière page, euphorique. Quelle nuit ! Qui a d’ailleurs abandonnée sa place à l’aube triomphante, où le globe orangé entame son ascension céleste. Heureusement, la forêt est suffisamment dense pour filtrer la majorité de ses rayons, et c’est guidé par un irrésistible ensommeillement que je me laisse aller au pays des rêves, l’esprit débordant d’un nouvel imaginaire poétique.


Dernière édition par Fao' le Dim 5 Déc 2010 - 18:46, édité 1 fois
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CHAPITRE 6 (CLM)

Message par Fao le Lun 15 Nov 2010 - 20:59

- Cours, mais cours, abruti !, hurlai-je.
- Wouaaaah !

Devant nous, un précipice d'une hauteur approximative de cent mètres et derrière nous, un sangliarche bien décidé à nous faire la peau par tous les moyens possibles. Il renâclait, piaffait d'impatience, grognait de la façon la plus effrayante qui soit.
- Qu'est-ce qu'on fait ?, s'affola Kakadoua, mon ami de toujours.
- J'sais pas !
- Comment ça, tu sais pas ?! C'est toujours toi qui trouves les solutions normalement !
- Peut-être, mais là, j'suis à cours d'idée ! T'avais rien qu'à pas lui planter une flèche dans le derrière ! Maintenant, on est dans la m... jusqu'au cou !
- J'veux ma maman, gémit-il.

Je levai les yeux au ciel. Super ! Kakadoua était un maître farceur autant que gaffeur, mais était le premier à faire dans son froc quand les vrais troubles surgissaient. Et qui se les prenait en pleine figure ? Moi, évidemment ! Le Sangliarche chargea.
- Attentioon !
- Aaaah !

Nous nous jetâmes sur le côté et le sangliarche freina et évita un plongeon mortel de justesse. Il patina un instant sur le haut de la roche comme un fou. Je pris la main de Kakadoua et nous prîmes la fuite en direction de Murof. Je tournai la tête un bref moment et pâlis. Cet infâme monstre nous suivait toujours. Si ça continuait comme ça, eh bien, il allait détruire une petite, voire grosse, voire énorme partie du village. Déjà que j'avais l'impression que la moitié des arbres était tombée...Nous fîmes irruption au village dans un superbe dérapage qui souleva beaucoup de poussière. Ce qui était bien pour nous, puisque les autres ne verraient pas qui était responsable de ce gâchis, et moins bien parce que d'un autre côté, ils ne verraient pas non plus le sangliarche qui nous courrait après. Autour de nous, on toussait, éternuait, grognait et pestait à qui mieux-mieux.

Soudain, un grognement bien plus terrifiant que celui poussé par un simple râleur s'éleva. Un silence total s'abattit sur le village. Puis...Une bourrasque de vent dissipa la poussière et tous purent contempler le véritable monstre qui les surplombait tous d'un bon deux mètres. Deux défenses pratiquement recouvertes de mousse et un pelage partiellement incomplet témoignaient d'une longue vie passée à éventrer divers adversaires qui n'avaient apparemment pas survécu. Je me figeai.
- Non, mais bougez vous, bande d'imbéciles !, cria une voix forte.

Une masse blanche et rouge me dépassa à toute vitesse et percuta le sangliarche, suivie aussitôt par une bonne dizaine de flèches qui se plantèrent dans le groin de la bête, un peu comme des boucles d'oreilles en forme de...de flèches, voilà. Je regardai, fascinée, le Iop taillader l'épais cuir de son adversaire tandis qu'une jolie crâette tirait flèche sur flèche sans manquer sa cible.

Une fois revenus de leur surprise, les villageois se joignirent au combat. J'aperçus Waelle qui se jetait dans la mêlée, une pinte de bière à la patte, Faolin qui marmonnait un mot bigrement long et Akeha qui titillait la queue du sangliarche avec une joie enfantine. Je priai rapidement pour que le sort de Faolin ne lui explose pas au visage... et le village par la même occasion. Je me tournai vers Kakadoua qui bandait son arc avec un air qui ne me disait rien de très bon.
- Flèche...euh...euh, c'est quoi le nom déjà ?
- Triple idiot !

Quelle idée d'oublier le nom de son sort ! Il baissa son arc et parut réfléchir très, très profondément. Je me préparai à m'enfuir très loin en cas de besoin. Normalement, quand Kakadoua réfléchit très, très profondément, soit il fait semblant de penser, soit il trouve son neurone manquant et une catastrophe arrive. Mon ami réarma son arc et lâcha d'un ton pas confiant du tout :
- Flèche Blizzard !
- Depuis quand tu as appris à jeter ce sort là, toi ?
- Depuis quand il faut apprendre un sort pour le jeter ?

Je frissonnai et me retournai d'un bloc. Le sortilège avait figé dans la glace le sangliarche, mais pas seulement lui. Tous nos amis aussi ! Mon ami se ratatina sur lui-même alors que je m'avançais vers lui, prête à le transformer en chair à pâtée pour mes Chienchiens.
- Tu-vas-me-réparer-ça-tout-de-suite, grondai-je. Après ça, on examinera le nombre de seconde qu'il te restera à vivre ! -C'est clair ?
- U-Ui, bredouilla-t-il.
- TOUT DE SUITE, rugis-je.

Il banda son arc avec beaucoup de misère, les mains tremblantes. Enfin, il encocha une flèche et visa le tas de glace qui ressemblait vaguement à une petite montagne.
- Fl..Flèche expl...explosive-ve, bredouilla-t-il.
- Noooooon !

Je me jetai au sol et l'entraînai dans ma chute alors qu'un petit champignon noir s'élevait derrière nous. La glace avait fondu, c'est sûr, mais Waelle, Faolin, Akeha, le Iop et le Crâ avait été carbonisés dans la foulée. Je me relevai et contemplai avec un désespoir rageur les dégâts. Je tentai de séparer le positif du négatif. Le sangliarche avait brûlé, ça, c'était bien, mais nos amis aussi, ce qui était nettement moins réjouissant. D'ailleurs, je remarquai avec un certain amusement qu'un des sourcils de Faolin brûlait toujours. Le village était toujours debout, positif, mais la taverne n'aurait plus jamais besoin d'air climatisé, son toit ayant été soufflé par l'explosion. Bref, c'était la cata et j'avais intérêt à trouver une solution pour nous sortir cette … J'allais demander son aide à Kakadoua quand je me rendis compte que, comme par hasard, il avait disparu juste au moment où j'avais besoin de lui.
- Grrrrr... Ce fils de bouftounu puant n'a pas fini d'entendre parler de moi, l'espèce de sale petit Smaruche ! GRRRRRRR !
- Couché, l'osamodas ! intervint alors une voix impérieuse. Laisse-donc faire les professionnels !
- Hein ? Que.. Quoi ? Qui ?
- Pffft ! Je comprends maintenant pourquoi tout est cramé ici !

Un enirispa qui voletait à côté de moi, ou plutôt au-dessus, agita sa baguette en chuchotant:
- Mot revitalisant !

Une douce lumière dorée se posa sur les malheureux combattants et ils se ranimèrent, secouant leur carcasse pour la débarrasser de la suie. Je soupirai de soulagement. L'enirispa entreprit alors de s'occuper de chacun d'eux individuellement et bientôt, les désagréments de la bataille furent très loin derrière. Tout du moins, je l'espérais. Je n'avais aucune envie, mais là vraiment aucune d'être la cible des commentaires sarcastiques et moqueurs de Faolin et des baffes de Waelle. Quant à ce que la jolie Ecaflette me réserverait, nul doute que ce serait une partie de carte où je perdrais toutes mes économies!


L'ancien du village, un vieil Enutrof sortit en bougonnant de sa mine. Il avait carrément horreur de se faire réveiller en pleine sieste et paraissait de méchante humeur. Il agita sévèrement sa pelle favorite vers nous, son petit crâne lisse luisant au soleil. Lorsqu'il passa à côté de moi, son odeur me frappa comme un coup de massue et je faillis m'évanouir. Ce qu'il puait, bon sang ! D'un geste théâtral, il frappa le sol avec le manche de sa pelle pour réclamer notre attention, ignorant que son odeur seule suffisait.
- PAR MON TRÉSOR ! QUE S'EST-IL PASSÉ ICI ?! rugit-il. JE VEUX, JE DEMANDE ET J'EXIGE QUE L'ON ME L'EXPLIQUE !
- Ça va, ça va, pas besoin de hurler, vénérable ancien, répliqua l'enirispa.
- MAIS JE NE HURLE PAS !!
- Si, si ! Vous hurlez et pour être honnête, vous nous cassez les oreilles. J'ai des blessés à soigner, alors si vous pouviez allez jouer ailleurs, ça serait bien gentil de votre part.
- QUOI ? COMMENT OSES-TU, ESPÈCE DE PETIT… !!!

Il s'interrompit, réalisant que lui même ne dépassait guère le maître soigneur de quelques centimètres. Je ne pus m'empêcher de sourire, réprimant un gloussement.
- Alors, par mes aïeux, ça vient ces explications ?!??
- Je laisse la petite Osa à tes bons soins, elle se fera un plaisir de te donner touuus les renseignements que tu auras de besoin.
- Hein ? Mais non, tentai-je de protester.

L'ancien s'approcha de moi et je suffoquai. Il ne prenait vraiment qu'une seule douche par année ou c'était juste une rumeur comme une autre ? Il m'entraîna plus loin et me posa un série de questions précise du genre : « Qu'est-ce-qui s'est passé ? Il y a des survivants ? Qui est responsable de tout ce bordel ? Et blablabla...»Je répondis du mieux que je pouvais, tout en évitant de dénoncer les coupables. C'est-à-dire, moi et Kakadoua. Malheureusement, je ne pus m'esquiver trop longtemps à ce sujet, les possibilités de diversion étant très limitées dès que l'on avait utilisé la ruse de l'oiseau qui passe dans le ciel, le compliment et le discret changement de sujet.
- Euuuuh...
- TU VAS ME RÉPONDRE OUI OU NON ? QUI SONT LES RESPONSABLES DE CE FOUTU GÂCHIS QUE JE LES ******* !
- Euuuuh...Moi ?, couinai-je misérablement. Je n'étais pas toute seule, c'est Kakadoua qui a tiré une flèche dans ce f..tu sangliarche !

Et tant pis pour notre amitié ! Il m'avait lâché, je le lâchais. Franchement !
- PAR MON SAC À DOS ! VOUS N'EN AVIEZ PAS ASSEZ FAIT AVEC LE FEU DE FORÊT, LA FUITE DE TOUT NOS BOUFTOUS, L'ÉBOULEMENT DE LA MONTAGNE ET L'ENVOI DE NOTRE MEILLEUR GUETTEUR À L'HÔPITAL ?! PETITS VAURIENS !
- Mais...Maiss...
- VOUS ALLEZ ÊTRE PRIVÉ DE... DE...VOUS ALLEZ TRAVAILLER POUR L'AUBERGISTE JUSQU'À CE QUE VOUS AYEZ GAGNÉ ASSEZ POUR RÉPARER SON TOIT ! C'EST BIEN CLAIR ?!???
- Oui, Vénérable Ancien, soupirai-je piteusement.
- BIEN !! Au travail.

Il repartit d'un pas lent et satisfait vers sa mine. Je m'attelai à la tâche, obéissant scrupuleusement à toutes les consignes que le maître Enirispa me donnait et, au bout de trois longues heures, tous ceux qui avaient été carbonisés par l'explosion étaient attablés dans l'auberge. Je me précipitai pour les servir tandis que Kakadoua, n'ayant pas pu échapper à sa sentence, lavait de la vaisselle en cuisine.
- Hé, Souris ! Tu me dois une partie de cartes, s'exclama Akeha.
- Bonne chance, ricana Faolin. Je suis absoolument sûr qu'une personne ayant survécu à tant de catastrophes peut gagner contre notre amie Ecaflip ici présente !
- En tout cas, même si elle gagne... Elle aura perduuuu !
- Fermez-la, grommelai-je.

Et je partis servir une autre table.

À la nuit tombée, Kakadoua me tira la manche et me chuchota, un sourire aux lèvres :
-Et si on allait visiter la colonie de Phorreurs demain ? Ce serait cho....

Il s'interrompit brusquement. Je le regardai les yeux dans les yeux.
- Hors de question ! Je ne vais plus nulle part avec toi !
- S'il te plaît !
- Non !
- S'il te plaîîîîîîît !!
- Nooooooooooooooon !
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CHAPITRE 7 (Fao')

Message par Fao le Lun 15 Nov 2010 - 21:33

Douceur du miel, chaleur du bercail, quiétude de la nuit, nébulosité du sommeil. Tout ça fut fâcheusement chamboulé par le cri énervant d’un tofu dans le petit matin de Murof. Je me mets laborieusement sur pied, en pestant contre toutes les créatures du monde faisant du bruit, et spécialement les tofus. Aujourd’hui, beau jour de fin de printemps, et c’est le surlendemain de l’intense journée de l’arrivée fracassante de deux nouveaux arrivants, en compagnie d’un fabuleux sangliarche.

Petit déjeuner sur le pouce, je sors encore endormi de chez moi. Petite balade matinale, histoire de me rafraîchir les idées. L’air est frais, vivifiant, les rues sont désertes et, étonnamment, se trouvent être dans un désordre indescriptible.
Le toit de la taverne n’est plus, et une épaisse poussière recouvre rues et bâtiments. Près de l’entrée principale, un cadavre démesuré trône comme une statue au centre de la place recouverte d’une couche de glace fondue. C’est là que j’ai perdu sourcils et chevelure, car dans une détonation, l’explosion atteignit chacun d’entre nous ; nous tous, qui combattions ledit sangliarche, qui lui-m^me poursuivait les deux nouveau-venus. Le soleil, à l’est, commençait à s’élever dans la voûte stellaire, qui s’éclaircissait déjà pour poindre vers un bleu pâle.

Il est l’heure pour la ville de se réveiller : le clocher sonne 8 coups cristallins ; et bientôt de légers bruissements, chuintements divers commencent à se faire entendre. La rumeur lointaine d’une foule silencieuse se masse près de l’auberge défoncée. Je rejoins alors la masse groupée près de l’établissement encore fermé. Une demi-douzaine de modérateurs apparaissent en ordre rangé, ouvrent l’auberge et y font entrer la foule.
Les modérateurs, c’est le service d’ordre, la police, quoi. Ils veillent à l’intégrité de Murof, pourchassent les méchants ; mais surtout ferment les boutiques, ateliers d’écriture, de dessin, salons de discussion à l’aide de l’immense clé qu’ils arborent continuellement à la ceinture. Ils servent également à sanctionner les murofiens un peu trop loquaces. Ils n’ont aucune classe, mais une attitude très étrange les fait faire partie d’un groupe fermé dont on ne peut attendre aucune souplesse. Et puis, leurs noms sont toujours entre crochets : [Fluke], [Locky], etc. Ne me demandez pas comment ça se prononce… Ils ne se mélangent jamais aux autres, puisque toujours impliqués corps et âme à leur travail. Seule une personne que je connais est devenue citoyenne après avoir été modo : PZ-Evo. Depuis, elle a ouvert un atelier de dessin très fréquenté en tant que sramette. Assez sympa, m^me si elle a gardé certaines relations avec son ancien milieu…

A l’intérieur de l’auberge, tout a changé ; Roxnin a accepté de léguer sa taverne pour y juger Coolmarre l’Osa et Kakadoua le Crâ pour dommages et atteinte à la quiétude et à la sécurité Murofienne. Une capacité d’une centaine de personne s’offre donc à la population. Derrière le bar se trouvent les fauteuils du président du tribunal et de ses assesseurs, une crâette ébouriffée joue le rôle de greffière, dans un coin est posé le box des accusés. La barre se trouve quelques mètres devant le bar, symbolisée par un grand tabouret.
Se présentent alors le procureur, le Vénérable, un énutrof puant à la voix criarde et impérieuse, et 2 développeurs qui ont été nommés assesseurs par Tot. Le président du tribunal se trouve théoriquement être le président de Murof…
Murof n’a pas de président, tout dépend directement de tout en haut : l’équipe des admins, créateurs, développeurs artistiques, toussa. Donc, personne n’ose s’asseoir sur le fauteuil principal. Personne ne joue le rôle de chef d’orchestre.
Sacré procès en perspective…

Quand les prévenus arrivent bientôt, entourés de deux Mercenaires de Murof, la salle est déjà bondée. Quelques personnes sont agglutinées dans les escaliers menant aux chambres, sans cesse poussées par le flot incessant de ceux qui entrent dans l’établissement. Une aire est réservée à ceux qui témoigneront, et j’y suis placé, en compagnie d’à peu près tous ceux qui étaient sur la terrasse de la taverne au moment de l’attaque. Les témoins, quoi.
Comme le veut une tradition encore incomprise, tout commence par la présentation des faits reprochés aux accusés. Comme s’ils ne le savaient déjà pas. Vient peu après le fantasmagorique speech du procureur puant, qui, s’exprimant, fait comprendre à tous que les dégâts causés sont irréparables, souligne la faute des deux personnes d’avoir attaquer plus grand que soi, insiste sur l’irrespect de l’alinéa 31 du paragraphe 12, chapitre 9 livre IV du Code du Parfait Wakfusien, qui disait en gros de ne pas foutre la merde dans les villes, de rester loin des agglomérations quand on est en combat.
L’œil hagard, la petite Coolmarre, visiblement pas plus de 18 printemps, reste ébahie devant l’immense tragédie qu’elle est sensée avoir provoqué, les dégâts colossaux qu’elle semble avoir causé, toutes les vies qu’elle est sensée avoir brisées (je tâtonne mes frêles sourcils et ma chevelure magiquement rétablie), le traumatisme profond qu’elle a emmené avec elle et qu’elle aurait marqué au fer rouge dans les esprits de tous.

Attendris par le vibrant laïus, tous attendent fébrilement la suite.

Elle se révèle se composer de l’interrogatoire des différents témoins de la scène. Tous les témoignages convergent vers la m^me conception des choses : l’arrivée du sangliarche a précipité tout le monde dehors, et le combat s’est engagé. Soudain, le nooby de Crâ a glacé toute la grand-place et tous les participants sont devenus comme tétanisés. Puis, il les a fait tous brûler à l’aide d’une flèche explosive sélective (ne touchant que les belligérants) – très réussie d’ailleurs. Certains témoins ont ajouté quelques détails insignifiants (le sangliarche s’est cassé une patte après l’explosion) et d’autres ont fait abstraction de certaines choses... Sirachile, Akeha, Waelle, Cassie et moi-m^me avons été les premiers à réagir ; sont arrivés ensuite Maître Luttii et le Vénérable, qui se trouve être notre procureur.
Sirachile a foncé sur la bête, sans se poser de question, dès qu’elle est devenue visible ; Akeha lui a attaqué le flanc droit et sa croupe, à coups de cartes tranchantes. Waelle, un peu imbibée, a joyeusement trinqué avec la sangliarche, lui envoyant de puissantes tapes sur l’épaule. Cassie a également immédiatement réagi en envoyant des flèches glacées, mais pas assez puissantes pour un animal de cette taille. Enfin, je me suis lancé dans le très long [Mot du Bisounours], pour offrir une peluche sympa à Akeha (c’était son anniversaire). Je n’ai tout simplement pas eu le temps de le finir. Avant qu’on puisse achever cette bestiole, nous avons tout simplement eu droit à une [Flèche Blizzard] de la part de Kakadoua, puis à une [Flèche Explosive Sélective]. Les explosions en chaîne, dans la neige, ont fait exploser les dalles de la chaussée, quelques devantures voisines, ainsi qu’endommager le Zaap, que Piilastre avait enfin réussi de réparer.
Ont été endommagés le toit de l’auberge et le puits. Akeha a perdu certaines cartes qui, trop fragiles, ont brûlé ; Cassie était assez loin, mais la corde de son arc s’est dégradée ; le whisky de Waelle a bouilli dans la bouteille et les vapeurs d’alcool ont entraîné une intensification de la combustion de ses habits. Brise-la-Pierre a vu sa garde noircie de feu et son fil de lame s’est vu ébréché par la chaleur intense. Moi, enfin, j’ai vu partir toute ma pilosité crânienne ainsi que mes bottes préférées.
Nous sommes tous passés à présent, et la jeune Coolmarre passe pour un interrogatoire serré. Elle s’installe à la barre, attend le début avec nervosité, se mâchonnant sa lèvre inférieure bleue et blanchâtre. Le Vénérable prend alors la parole :
« Qu’est ce qui s’est passé, bordel ! »

Un murmure de foule, quelques roucoulements, quelques sourires. Question simple, qui ne coûte rien, efficace, un peu grasse. Une question énutrof, quoi. Coolmarre commence alors :
« On a bien essayé de le faire basculer des calanques mais ça a pas marché… En fait c’est Kakadoua qui a commencé, moi je n’ai fait qu’essayer de survivre. Il croyait qu’on pouvait gagner, mais en fait nan. Le sangliarche nous suivait, et on a cherché l’asile et la protection ici, à Murof. Vous connaissez la suite. J’ai bien essayé de faire quelque chose…
- Magnifique ; rien d’autre à dire. Barrez-vous, fait alors le Vénérable.
- Vénérable ! Calmez vos ardeurs et tempérez vos paroles ! Une sanction peut être appliquée dans votre cas, et ce très prochainement si vous réitérez ces propos, claque sèchement un modo.
- Ouais, aussi. Bon bah ça va. Le Crâ, à côté ! Ramenez votre derrière ici, qu’on en finisse !
- Vénérable !, siffle le m^me modo, en caressant la clé qui se trouvait à la ceinture. »

Kakadoua finit enfin par comprendre ce qu’on voulait de lui et s’approche de la chaise. Il s’y assoit, s’attirant les foudres des deux assesseurs du Président inexistant.
« Alors, petit moignon de crapule, qu’est ce que vous voulez déclarer à la Cour ?
- Ben, euh … C’est pas vraiment ma faute, c’est mon arc ! C’est lui qui ne sait pas lire dans mon esprit pour savoir ce que je veux !
- Est-ce la faute de l’homme ou de l’arc ?, tenta de s’intéresser l’un des assesseurs pendant que l’autre cherchait le sommeil.
- L’arc !
- L’homme !
- Suffit ! Il nous faut un spécialiste pour trancher ce différend. Voyons, un connaisseur…

L’assesseur balaye la salle d’un air profond et fait une moue, indécis. « Dame Cassie, voulez-vous nous faire cet honneur ?
- Pourquoi pas, fait-elle en haussant les épaules. »

En refaisant sa délicate et parfaite coiffure, la Crâette ébauche un délicat pas de danse et atteint la chaise, aux côtés de Kakadoua. Elle a son arc à la main, attend la première question avec un silence emprunt de respect. « Quel est votre avis à propos du cas Kakadoua ? A-t-il raison ? C’est vraiment l’arc ?
- Comment savoir ? Il faudrait tester ses compétences ou, auquel cas, ses impotences.
- Et nous, pendant c’temps là, on fait quoi ? On s’torche le cul à rien faire ?
- VENERABLE ! C’est la dernière remarque que je vous fais, encore une et c’est la sanction.
- Je ne sais vraiment pas ce que je fais là, avoue à voix basse l’un des deux assesseurs à son confrère.
- C’est bien vrai, vieux… Normalement, chuis chez moi, peinard, en compagnie de ma gracieuse femme ; et j’me retrouve ici, répond l’autre.
- Ce procès est pure mascarade : si ça se trouve c’est juste pour le plaisir de certains… Tout cela n’a aucun sens…
- Il faut bien finir ce qu’on a commencé, non ?
- Tout juste. De toute façon on fait pas grand-chose donc… »

Le babillage incessant des deux assesseurs ne fait que se perdre dans le chaos acoustique qui règne dans la pièce. Le public discute joyeusement et Cassie murmure précipitamment à Kakadoua, qui tenait son arc trop penché en avant.
Et moi ? Eh bien… Je m’étais perdu dans une contemplation originale et incongrue de la scène, des connivences « assesseuriques » aux discussions enflammées d’un groupe de citoyens à propos du bar (qui était, et c’est ça le problème, fermé).
Cette joyeuse cacophonie est soudain stoppée net par un cri strident. Kakadoua baisse son arc, l’air fautif. Cassie soupire longuement, le silence se pose cruellement sur la salle comble.
« Je pense, Vos Honneurs, que c’est la faute de l’homme, et non de l’arc, annonce l’experte.
- Je vous l’avais dit ! M^me pas foutu de lancer une flèche, ce babillard. »

Le mutisme de la salle fut crevé une nouvelle fois comme un jaune d’œuf cru.
« Et la victime, alors ? Il a bien tiré sur quelqu’un ! Quelqu’un a crié !
- C’est pas faux…, tempéra un assesseur.
- Donc c’est vrai !, répliqué-je.
- Ne fais pas le malin, toi ! Va plutôt voir ce qui est arrivé à cette victime ! »

Le doigt crochu du Vénérable se tourne crument vers moi tandis que l’un des assesseurs ouvre la bouche pour répliquer. Je réplique, acide : « Tout le monde sait que je ne suis pas fait pour ça, Vénérable.
- Ne nous fais pas chier, espèce de cul-bordé de lettres ! Vas-y !
- Qu’Eniripsa vous pardonne de ces paroles venimeuses. Je refuse, n’étant pas l’homme de la situation…
- Très bien, on vous laisse tranquille. Maître Luttii, vous pouvez vous en occuper ?
- Oui, Votre Honneur. Bien sûr, Votre Honneur. »

La voix grave et réservée de mon collègue Eniripsa se fait entendre et se dirige vers le lieu du drame, avec des « pardon », des « excusez-moi »…

Le silence tombe à nouveau, gênant et fragile. Un des assesseurs se prononce, morose :
« Bon je… pense que c’est fini, tout est bouclé. Quel est le protocole, déjà ?
- Je pense que ce soi-disant procès n’est qu’un gros n’importe-nawak. Il n’y a pas de protocole, vous essayez de donner consistance à un petit incident de rien du tout et puis vous faites voter une foule de villageois qui n’ont rien compris. C’est n’importe quoi !
- Coolmarre, vous n’êtes pas en position de critiquer quoique se soit, réplique sèchement un modo.
- Pardonnez-moi mais je trouve qu’elle n’a pas tord. Et MOI je suis en position de critiquer quelque chose, grogne Luttii, remettant Hellmah sur pieds. Et je vous assure que sous cape, pas mal de gens pensent comme moi.
- J’approuve sa position !, dis-je. Elle est recevable, et tout ce qu’il y a de plus défendable.
- On vote ! Qui pense que Luttii a raison ? Levez la main ! »

Une partie dévorante de la salle, ainsi que les deux assesseurs, lève la main. Le Vénérable se gratte l’occiput :
« J’sais pas pour vous mais… je préfère encore rentrer chez moi que me cailler le cul dans cette salle à ciel ouvert.
- Ce ne sont que des dommages collatéraux qui ont été causés… Rien de bien grave, lance alors Roxxin, dont l’établissement a été défiguré.
- Il lui faudrait juste quelques leçons d’arc !, scande Cassie en coulant un regard à Kakadoua.
- Et qui va réparer les enseignes cassées ? Qui va nettoyer les rues enfumées ? Qui va replacer les portes dégondées ?
- Qui va me retrouver mes cartes brûlées ?
- Qui va bricoler mon épée esquintée ?
- Qui va remettre en état le Zaap à peine réparé ?
- Qui va me solidifier mon arc ?
- Et mes bottes préférées !
- Il faut payer !, gueulèrent quelques insurgés.
- Silence ! Ou je fais évacuer la salle ! »

Un silence relatif se met laborieusement en place et l’assesseur reprend la parole. « « Faut se décider, les gars. On les condamne ou pas ?
- C’est pas croyable… J’hallucine ! C’est n’importe quoi !, bougonne Coolmarre.
- Vous voulez mon avis ?, fait la greffière, sans trop savoir quoi écrire.
- NON ! Tenez-vous-en à votre fonction de greffière ! Alors, on fait quoi ?
- Vous savez quoi ? J’en ai plein le cul ! »

Le visage impassible, le modo sort la clef de sa ceinture et se plante devant le Vénérable. « Suffit, Vénérable. Vos allusions rectales sont éculées ! »

(De toutes les allusions, je préfère celles qui proviennent des modos…)

« Vous êtes aurez droit à deux semaines d’enfermement dans la prison-havre-sac. Vous serez informés de vos activités prochaines sur place. »
Le Vénérable soupire, le regard emprunt de défi. Le modo jette à terre son havre-sac et le désigne d’un doigt court et boudiné. « Allons, Vénérable.
- Ca va, ça va… »

L’énutrof pénètre alors en sa geôle et le havre-sac se fait clôt par la clé du modo.
« Vous vous décidez, messieurs ? Pas que ça à faire !»

La fraîche matinée venait de prendre fin et le vent annonciateur d’orage de l’après-midi s’engouffre dans le bâtiment décapité. J’ai vraiment faim, là… Je puise dans mes dernières forces pour cherche un moyen de sortir de là… Euréka ! Je lève la main et clame :
« Et si on élisait un jury pour s’occuper de ça pendant la pause-déjeuner ? On les laisse décider, et on est peinard pour grignoter un petit quelque chose!
- Eh, c’est pas bête, ça !, l’assesseur se releva de sa torpeur blasée.
- Je me demande comment on pouvait faire sans avant…
- Les Dieux seuls le savent.
- On ne le faisait pas, je crois… Non ?
- Avant on ne jugeait personne. J’pense qu’on ne pouvait pas savoir.
- Je viens de me rendre compte qu’en fait… tu penses vachement bien ! »

Un bruit de fond se pose tandis qu’on désigne le jury. Les conversations à propos du caractère ubuesque de cette grande mascarade vont bon train. Une bonne demi-heure plus tard, les dés sont jetés : deux représentants de chaque classe, venant de milieux socioprofessionnels différents, sont désignés pour choisir la culpabilité des prévenus et évaluer le châtiment à imposer.

Enfin, déjeuner ! Aujourd’hui, c’est avec tous les témoins que je partage une énorme meuloute à la bière, et les ovaires en gelée de la m^me meuloute. Nous nous régalons également de fœtus de meulou grillés et de placentas de meuloutes séchées. Le tout accompagné d’une rasade de rhum au miel régurgité par un meulou. Je ne compte plus revoir de meulous pour les trente prochains mois.


« Le jury a élu à l’unanimité : les prévenus sont coupables des faits reprochés. », fait l’assesseur en lisant, désinvolte, le contenu d’une lettre qu’on venait de lui faire passer.
« Par conséquent, ajoute le deuxième, les accusés sont condamnés à la totale indemnisation de tous les dégâts matériels et humains. Ils sont aussi condamnés à 3 mois de travaux d’intérêt général et au déclassement avec sursis. »
Vent de murmures volant dans la salle bondée ; Coolmarre baisse la tête, l’air soulagé ; Kakadoua dort profondément.

« Kakadoua, vous êtes condamné à suivre un entraînement intensif dans l’art où vous vous êtes engagé. »

Le Crâ sort de sa léthargie et regarde les assesseurs sans comprendre.
« Votre apprentissage auprès de Dame Cassie dans l’art de l’archerie vous permettra de mieux gérer votre puissance de feu. »

Toute la salle éclate de rire. Un rire moqueur, immodéré, comme une centaine de bulles de silence qui éclatent avec un bruit de cristal brisé. L’allégresse générale m’atteint moi aussi, et je finis moi aussi par éclater d’un rire franc, m^me si je ne sais si c’est de Kakadoua ou de Cassie que nous nous moquons.
« Mais avant, vous devrez suivre les cours d’un archer non-magique. Fao, nous comptons sur vous pour vous en occuper. »

Tout d’un coup, plus envie de rire. Le silence se brise une nouvelle fois dans la liesse générale. Le moment se fige dans une désagréable sensation…
Ça craint.



Dernière édition par Fao'N le Jeu 18 Nov 2010 - 7:43, édité 1 fois
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CHAPITRE 8 (Ake)

Message par Fao le Jeu 18 Nov 2010 - 7:41


Akeha étira ses mains. Le soleil commençait à filtrer derrière les vitres de sa fenêtre. L’ecatte poussa un profond bâillement, et essuya ses yeux noisette d’où perlaient quelques gouttelettes de fatigue. La veille, l’auberge avait finit tard. Un groupe de touristes de Bonta avait visiblement décidé de tester le charme local, et avait toute la soirée voulu goûter aux 31 alcools différents que servait la maison, dont le célèbre « Vin de bois », spécialité de Murof. Après avoir bu deux bons litres de cette boisson mystique, le groupe d’étrangers avait de toute évidence profité de cette folie passagère pour organiser une petite fête éphémère, où Waelle avait bien entendu souhaité participer.

Pendant plusieurs heures, une euphorie importante s’était emparée d’eux. Seul Fao, grand prince de la rime, avait choisi de rester proche de l’élue de son cœur, la belle sramette M-E, et de ne pas participer à la folie ambiante. Akeha, dans sa timidité importante, avait choisi de ne pas se mêler de la fête, et se contenter de servir, et de répondre aux questions des Bontariens.

Viddh’, lui, c’était acoquiné avec une jeune et jolie sadidette, et Waelle avait été invitée à danser par un jeune crâ, peu expérimenté… Kolissa s’en donnait à cœur joie, et avait entraîné Luttii dans la ronde. Peu de temps après, Rahlou, la belle ecatte, Sid, le crâ sûr de lui, et Kingdom, un roi sans le dire, se joignirent également à la fête, accompagné de Lox le xelor, Ioponic le iop, ou encore Sark l’électrique.
La pendule affichait bientôt 3 heures du matin, quand le groupe finit par s’endormir, à force d’avoir trop bu. L’ecatte put alors enfin rentrer chez elle, pour finir la soirée assommée sur son lit…

Quand elle regarda par delà ses rideaux les oiseaux de Cha’ qui commençait à chanter, elle compris que le matin était déjà bien entamé. Elle poussa ses longs cheveux blonds de devant ses yeux, et cligna plusieurs fois avec ses pupilles crème, habitués à la douce sensation de son pelage. Elle posa soudain ses yeux sur un calendrier improvisé.
Aujourd’hui était un grand jour… Et l’heure ne jouait pas dans son sens. Elle se leva rapidement, fit craquer tout les os de son corps, et partit vers sa salle à manger, pour avaler un verre de lailait. Quand elle posa son regard noisette sur la pendule, elle poussa un cri de stupeur.

- 10h30?! Je suis en retard!

Elle escalada 4 à 4 les escaliers de sa petite maison, pour enfiler rapidement quelques vêtements. Ils étaient blancs et orange. Elle portait toujours son collier, son tour de cou roux et orange. Mais ce jour là, elle avait choisi un haut normal, fait de plusieurs bandes de tissus marron, qui laissait son ventre apparent. Elle portait également un pantalon bermuda, qui s’arrêtait aux mollets, et qui cachait son arrière train par une double protection, celle-ci se composant par plusieurs bout de tissu, l’un à coté de l’autre, qui formait une sorte de tissu tombant jusqu’à mi-cuisse. Ses chaussures étaient revêtues par ses habituelles sandales à la semelle en bois.

Sur les lanières orange qui les fermaient, on pouvait voir deux grands boutons, taillés à même le chêne. C’étaient de beaux boutons, accrochés par des fils blancs, qu’elle avait cousus avec attention. Elle accrocha à ses poignets deux jolis bracelets en or, l’un était pourvu de perles, au centre de l’anneau de métal, et l’autre était entouré d’un serpent en pierre bleue. L’origine de ses bracelets étaient sombre pour l’ecatte, Elle savait qu’elles les avaient toujours eus, légués par sa famille. Cette partie de son histoire restait refoulée.

Akeha n’aimait pas parler de cela en public, car la nature de sa condition, sociale, ou autre, était souvent la base de vives réactions, et changeait sur elle le regard qu’on lui portait. Parfois elle aurait rêvé naître dans une famille neutre, et bas placée dans l’échelle de la société. C’est ce qu’elle avait voulu fuir à ses onze ans, en partant vivre dans une autre maison que celle où elle vivait.

Puis, à la longue, elle l’avait troqué pour une maison plus petite, et cette fois à Murof. Simple, amicale et chaleureuse, elle faisait l’angle du quartier ecaflip, et était juxtaposée à la première maison du quartier pandawa. Mais, quelques temps plus tard, l’argent était venu à manquer. Elle dut se chercher un emploi, avec des qualifications qui puissent convenir à ses capacités. L’ecatte arriva donc à trouver le boulot de serveuse, chez le maître Roxnin.

Quand elle se fut préparée, attaché ses cheveux en une longue tresse (haute cette fois), accroché son porte-bonheur sur son oreille droite, et, pour finir, arrangé dans ses mèches blondes un camélia rouge, elle se décida enfin à sortir.

Sur le pas de sa porte l’attendait un sacrieur aux cheveux gris intenses, malgré son âge de 17 ans, et son air robuste. Ses yeux étaient cachés par ses mèches en pagaille. Ses yeux étaient blanc, l’un d’eux traversé par une longue cicatrice. Sur son visage ovale, sa peau un peu bronzée et des tatouages noirs virant sur le rouge formaient de grands traits situés chacun sur une joue, de l’extérieur vers l’intérieur. Les tatouages reprenaient ensuite sur son torse nu, lui aussi parsemé de multiples cicatrices, formant une suite d’arabesques mystérieux, dessinant presque une histoire jusqu’à ses bras musclés.

Ses jambes étaient recouvert par un épais pantalon, fais de nombreux bouts de tissu ou de cuir, éparpillés de ci de là. Ses pieds, quant à eux, couverts de multiples coupures plus ou moins cicatrisés, étaient seulement protégés par une lanière faite de plusieurs bouts de laine, de cuir et de tissu, variant du rouge au vert.

Ce sacrieur, sur son dos, portait une imposante épée, au bord de la lame dentelé pour plus d’efficacité. Quand il vit Akeha, il se releva de la barrière qui fermait son petit jardin.

- Ah… Tu as étais longue ce matin.

La féline sourit. Elle remarqua que comme toujours, autour de son cou, se trouvait un collier en cuir, fermé par un ceinturon doré, où était accroché un petit grelot d’or. Celui-ci était marqué d’un A. L’ecatte repensa à cette époque doucereuse où ils étaient petits. Akeha et Gardien jouait souvent ensemble. La forêt n’avait plus aucun secret pour eux. Ils s’entraînaient sans relâche contre tout ce qui passait sous la main, et rentraient chez la petite fille pour goûter les tartines au beurre de boufette préparéés par Nirvanna, la gentille enu.

La famille du sacrieur restait un sujet sombre pour la blonde demoiselle. Mais elle ne s’était jamais posé trop de questions… Jusqu’à ce qu’il disparaisse pour un certain temps. Ils ne s’étaient revus que depuis très peu de temps, mais ce laps n’avait créé qu’une toute petite coupure dans le cœur de leur amitié. Ils étaient redevenus de très bons amis très rapidement.

L’ecatte, après avoir gratifié le sacrieur d’un bonjour radieux, ferma sa petite barrière avec une clé en or. Elle l’accrocha ensuite à sa ceinture, et s’apprêta à partir, quand elle regarda la maison voisine de la sienne. Celle-ci était la dernière maison du quartier pandawa, qui marquait la limite de ce quartier avec celui des ecaflips, qui débutait officiellement avec la sienne. Dans cette maison habitait un être qui lui était très cher…
Et qui valait bien un grand détour ce jour là. Elle avait déjà posé son congé à l’auberge pour cette journée unique dans l’année et très spéciale. Quand elle croisa la fenêtre de la petite maison blanche et noire, les rideaux étaient tirés. Mais elle devina que la maison était occupée.

- Akeha, tu viens?

Gardien avait déjà traversé la rue, et s’apprêtait à passer à travers une petite ruelle. L’ecatte se ressaisit, et courut pour le rejoindre. Ils s’engouffrèrent dans une rue sombre, où le soleil parvenait à passer seulement par l’extrémité tout au bout. Par terre traînait toute sorte de ferraille, ou d’autres babioles. Il y avait aussi deux chachas qui jouaient avec des bouts de ficelles.

- Alors, tu as pensé à ce que tu vas lui prendre?, demanda Akeha à son ami.

Pour commencer, gardien ne répondit pas. Il sembla réfléchir, puis se muta dans un silence perfide. Ses yeux étaient plongés par terre, et fixait le sol de manière abusive. Soudain, il releva la tête, et, regardant la lumière au bout de l’allée.

- je pense lui prendre une épée… Il se bat toujours avec sa chopine. Ça lui permettra de changer un peu… Et toi?

Très bonne question. L’ecatte se frotta longuement le menton avec sa main, et finit par fixer le sacrieur gentiment, un sourire rêveur aux lèvres.

- je ne sais pas trop… C’est pour ça qu’on va au marché après tout… Je trouverais surement là bas!

Le duo finit par traverser la rue, et tomber sur une grande place, vraiment bondée. Comme tout les lundis, c’était jour de marché sur la Grand-Place de Murof. Tous les commerçants de la cité descendaient à ce même endroit pour exposer l’intégralité de leurs objets, chose à vendre, et autres babioles. Ce marché était vraiment connu, et était couru de tout l’Amakna. On racontait qu’Enutrof lui-même, déguisé, en simple humain, passait souvent dans ce bel endroit pour vendre ses marchandises, aux plus offrants seulement!

Mais la plus grande richesse de ce marché était son large choix. Il y avait de tout! Gardien et Akeha arrivèrent dans cette cohue vers 11 heures. L’horaire n’était pas à leur avantage… C’était à ce moment de la journée que l’affluence était la plus importante. L’ecatte ne le cacha pas et fit une moue boudeuse. La sacrieur, en la voyant, explosa de rire.

- Déçue?, dit-il sur un ton ironique.

- Moui… J’aurais préféré arriver plus tôt!!

L’expression de son visage changea de nouveau. Cette fois-ci, sa lèvre et ses yeux se pincèrent, et elle mit ses bras sur le côté de ses hanches, en avançant son torse en avant. C’était aussi un de ses traits de caractères. Ses nombreuses mimiques. Malgré son caractère doux, elle aimait démontrer chacun de ses changements d’humeur par une expression qui lui était propre. Cela faisait beaucoup rire tous ses amis.
Mais ces temps ci, la jeune fille devenait plus réservée, plus timide, et plus docile, préférant montrer la douceur plutôt que l’extravagance.

- Ne t’en fais pas, on trouvera quand même quelque chose… Enfin, si on arrive à passer…

Effectivement, la masse ambiante de gens formait une véritable forteresse, empêchant quiconque voulant passer de trouver un passage parmi les corps. Gardien commença réfléchir. Le moment était peut-être mal choisi pour faire ça… Le mieux était sûrement de repartir et de revenir plus tard. Il attrapa le poignet de son amie, et commença à l’attirer vers la ruelle pour repartir. Mais celle-ci avait de toute évidence une autre idée en tête…

Elle, au contraire, se dirigeait quand même vers la foule en mouvement. Gardien ne sut la retenir, et fut entraîner par l’extravagante ecaflipette. Après avoir buté contre une pandawa assez enrobée, et un osamodas au physique plutôt baraqué, elle parvint à trouver une faille dans le mur, et en profita pour s’y engouffrer. Le sacrieur, à ce moment là, n’arriva pas à garder le poignet de la jeune fille dans sa main. Il la regarda s’éloigner dans la foule, du bout des yeux. Puis, peu à peu, elle disparut dans la masse. Gardien poussa un profond soupir, et entra dans la masse à son tour.

L’ecatte marchait depuis plusieurs minutes dans la foule. Elle n’avait put accéder à aucun étal. Mais maintenant, elle ne s’en occupait plus. Ce n’était pas le cadet de ses soucis. Sa respiration s’accélérait. Ses yeux s’humidifièrent. Son cœur battait à s’en rompre. La foule se resserrait autour d’elle. Et elle avait beau regarder partout, elle ne reconnaissait aucune de ces personnes. Ses yeux noisette devinrent rougeauds. La masse de gens avaient réveillé en elle une de sa plus profonde phobie. Elle était claustrophobe.

Mais seulement dans la foule. Cette masse de gens lui enlevé tout ses moyens, toute sa conscience, et toutes ses pensées. D’ordinaire, elle aurait supporté cette situation avec aisance. Sauf que là, quelque chose était différent. Elle était seule. Elle ne connaissait personne, il n’y avait aucune présence salutaire sur qui elle pouvait compter. Le seul sourire gratifiant d’un ami pouvait l’aider. Mais là, elle était seule.

Akeha couvrait toute la foule du regard. Elle essaya de se repérer, mais elle n’y arrivait pas. Elle n’entendait pas non plus les cris de Gardien qui l’appelait. Pour se calmer, elle décida de se concentrer sur les personnes qui passaient à côté d’elle. Là, devant elle, une osamodas, accompagné d’un crâ, à l’air énergique, mais peu sûr de lui. L’osamodette avait l’air joyeux et extraverti, et s’amusait à tirer son ami par le bras. Il lui sembla saisir un nom, Kakadoua… L’ecatte ne savait pas pourquoi, mais elle sentit qu’elles se reverraient bientôt dans d’autres aventures.

Soudain, une autre personne… une eniripsa, aux ailes vertes, et à la tenue jaune… Un sacrieur, portant une pile de feuille, sûrement pour écrire… Une sramette aux yeux jaunes perçants.
A ce moment précis, le temps fut comme arrêté. Les deux jeunes filles se fixèrent, droit dans les yeux. Akeha avait déjà vu ce regard. Très longtemps auparavant… Ce regard était celui de…

- Yuiri?

Quand elle l’appela, la sramette disparu vers le néant de la foule, elle disparut sur la droite. L’ecatte chercha à la suivre. Elle dépistait les signes, traquait ses mèches de cheveux, ses doigts, la couleur de sa tenue… Elle déboucha au centre de la place. Là, la masse de personne était à son comble. Elle ne s’y retrouvait plus. Et toutes traces de la sramette s’étaient évaporées. Akeha, essoufflée, regardait partout où elle aurait put aller. Il y avait quatre passages, tous bondé. Elle aurait forcément dû la voir.

Yuiri était une vieille connaissance. Elles s’étaient rencontrées à l’école, celle où on apprenait les bases pour écrire et compter… Elles avaient trois ans seulement à l’époque… Akeha avait tout de suite était fascinée. Cette jeune disciple de sram avait de quoi l’être. Son caractère était un mystère complet. La première fois qu’elle l’avait vu à l’œuvre, l’ecatte l’avait tout de suite compris.

Avec un regard machiavélique, la disciple du dieu voleur était tout simplement, un sourire perfide au lèvre, en train d’arracher les ailes d’un moskitos. Et ce de sang froid. C’était cette façon d’agir que l’ecatte avait toujours voulut avoir. Pouvoir tuer, se battre, arracher une vie, sans qu’aucun sentiment ne soient visibles sur son visage. Pour elle, ses émotions gâchaient toujours tout. Mais elle n’avait jamais put.
Depuis ce jour là, Akeha appelait Yuiri « sensei ». Son professeur. Mais un jour, sans ne rien dire à personne, elle disparut. Tout simplement. Sans ne rien dire à personne…

Un sacrieur la bouscula. Akeha se retourna. Ce n’était pas Gardien… La panique commençait à la gagner de nouveau. Elle ne put s’empêcher de relâcher un cri quand une main vint se saisir de sa cheville. Elle tomba à terre, son visage racla la poussière. Elle tenta de se dégager, mais elle était irrémédiablement attirée vers un étal… Enfin, sous un étal…

Elle se retrouva sous une table, en bois, plutôt vieille, qui dégageait une horrible odeur de poissons pas frais. Akeha ouvrit péniblement les yeux, se débattant dans tout les sens quand elle sentit une main posée sur sa bouche.
Elle se retourna subitement, en attrapant le paquet de carte qu’il y avait dans la poche spécial situé sur son tour de cuisse. Soudain, une voix féminine et cristalline retentit derrière son dos.

- Tu ne pourras jamais me battre en combat singulier, tu es au courant.

L’ecatte se releva. Accroupit à côté d’elle, Yuiri fixait l’ecatte de ses deux yeux oranges et luisants. Elle avait changé. Sa taille d’abord, n’était plus celle de la jeune fille de 12 ans qu’Akeha connaissait. Elle était un peu plus haute qu’elle. Ses cheveux étaient rouge sang, soyeux, mais en bataille. Courts en apparence, il dévoilait dans le dos de la jeune fille une très longue queue de cheval, à la base de sa nuque, entourée de nombreux bandages, jusqu’à l’extrémité laissé à l’air libre.

Sa tenue était divisée en deux. Un haut sans manche à la fermeture rouge sang, et un pantalon assez ample, le tout gris foncé. Sur ses bras se trouvaient de longues mitaines, idéales pour une manipulatrice de dagues. De plus, elle avait une silhouette fine et athlétique, idéale pour le métier de voleuse qu’elle exerçait.

- Yuiri! Ça fait si longtemps! Ça v…

- T’es pas malade? Crier mon nom sur tout les toits, en plein milieu d’une foule!

- Mais je…

- Et en plus tu me poursuis? Tu es inconsciente!

- Mais pourquoi es tu si en colère? Je voulais simplement te parler…

Le visage colérique de Yuiri sembla se calmer, et redevint sans expression, froid.

- Bien… Mais fais attention la prochaine fois. Je ne suis pas en bonne position pour me faire repérer en plein publique.

- Comment ça?

La sramette eut l’air un peu étonnée par la question, et, avant de répondre, souleva un peu la nappe, pour regarder avec ses yeux révélateurs si aucun danger n’était présent, et si elle pouvait parler en toute sécurité. Après quoi, elle regarda Akeha dans les yeux, ce qui eut pour effet d’accentuer l’air interrogateur de celle-ci. Puis, rassemblant son sérieux, elle comprit que le moment venait de gagner une certaine gravité, qu’elle devait respecter. La curiosité fit place à l’inquiétude. Yuiri ouvrit la bouche, et dit avec une voix particulièrement grave.

- Je peux te faire confiance? Ce n’est pas une question à prendre à la légère, et le moindre faux pas de ta part pourra me conduire à une mort certaine. Alors?

- Je…

Rien à dire, la sramette avait un certain pouvoir pour le déroutement. Avec un ton pareil, elle serait certainement capable de convaincre à un pandawa sobre que la terre était plate. Akeha déglutit profondément, et prit une grande inspiration. Cela faisait si longtemps, elle avait dû changer. Mais si elle avait des problèmes, l’ecatte l’aiderait! Jamais elle ne laisserait tomber un ami.
Yuiri commençait à s’impatienter. Et nombreux savait que la patience de la légendaire assassine était plutôt faible.

- Ne t’en fais pas Yuiri, tu peux me faire confiance!

La sramette hocha la tête. Elle vérifia une dernière fois si l’endroit était suffisamment sécurisé, et elle se retourna vers l’ecatte.

- C’est une histoire compliqué… En fait, il y a quelque mois de cela, j’ai été engagé par quelqu’un, enfin, par Crow pour…

- Crow? Le bandit?

- Oui, c’est lui. Il m’a engagé pour supprimer quelqu’un. Mais, en même temps que je recevais ma paye, j’en ai profité pour voler quelque chose. Un diamant, d’une valeur inestimable… Le problème, c’est que quand Crow s’en est aperçu, il m’a vite retrouvée, et m’a « forcé » à signer un justificatif, un parchemin, où je m’engageais à lui remettre la somme que j’avais obtenue quant à la vente du diamant… Mais le problème, c’est que je n’ai plus une telle somme… Maintenant, je suis poursuivie en permanence par ses hommes. Je risque la mort à chaque instant.

- Oh…

Akeha baissa la tête, avec l‘air triste. Elle ne voyait pas du tout comment l’aider. Elle se repassait la situation en boucle dans sa tête, pendant que le silence se faisait de plus en plus oppressant. Soudain, une idée narquoise naquit dans l’esprit de Yuiri, quand elle remarqua que l’ecatte était armée d’un jeu de cartes…

- Mais il existe un moyen pour que je m’en sorte. Le repère de Crow n’est pas loin. Il se trouve dans les montagnes, à une bonne vingtaine de minutes de Murof. Je l’ai souvent observé. Je suis même rentré dedans assez souvent pour que je connaisse l’édifice par cœur. Ses hommes passent tous les jours à des heures régulières, et l’endroit est très gardé. Mais avec le bon plan, on peut facilement pénétrer sa forteresse de bois pour récupérer ma reconnaissance de dette. L’ennui, c’est que seule, je ne peux pas y arriver…

Naïvement, Akeha compris que ce message lui était adressé. Elle n’hésita pas, et s’exclama presque immédiatement:

- Je vais t’aider! Tu sais que je ne laisserais pas une amie en danger…

Elle lui fit un clin d’œil encourageant. Yuiri, quand à elle, eut l’air satisfaite. Elle vérifia une dernière fois les pieds des gens se trouvant sur le carrefour, et fixa l’ecatte une nouvelle fois, avant de disparaitre en lui soufflant:

- Ce soir, vingt et une heure, à l’entrée de la ville. Soit à l’heure.

En une demi-seconde, la sramette disparut de sous la table. L’ecatte s’y retrouva seule, ne mesurant pas encore dans quelle galère elle venait de s’engager.
Bien sûr, sa sortie de la table ne se fit pas dans la même discrétion que son amie. Elle souleva la nappe, et glissa sa tête hors de la table. Elle tomba nez à nez avec un jeune xelor, qui la fixait avec ses yeux de petit garçon, dont la main était fidèlement attachée à celle de sa mère. Akeha lui sourit, et mit son doigt devant ses lèvres. Le petit garçon rit joyeusement, en mettant à son tour son doigt devant sa bouche.

L’ecatte marcha alors à quatre pattes sur la place pendant quelques secondes, avant de se retendre droite comme un piquet, un sourire espiègle aux lèvre. Elle se rappela alors du pourquoi elle était venue ici… Akeha traîna alors son museau félin dans tous les stands.

Mais elle ne trouva pas l’exception que son frère de cœur apprécierait. C’est avec une moue badine qu’elle quitta le marché pour se redirigeait vers la ruelle, où Gardien, assis contre le mur, l’attendait de pied ferme. Quand il la vit, il l’attrapa par les épaules, et commença à la secouer, tout en s’exclamant, l’air plus inquiet que colérique.

- Mais qu’est-ce qu’il t’a pris de me faire une peur bleue pareille! Tu es complètement folle! Pourquoi tu es partie ?
- Hein? Mais… Je suis partie qu’une petite demi-heure! Désolé de t’avoir inquiété…

Le sacrieur se ravisa soudain. Il redevint le gentil garçon qu’elle connaissait. Akeha remarqua l’épée flambe en neuve qu’il tenait dans la main.

- C’est le cadeau pour Rexx’… C’est le jeune sram à l’air un peu louche qui me l’a vendu… Neigi je crois…

Neigi? Akeha le connaissait bien. Ce jeune sram à l’air un peu farfelu avait un côté un peu mesquin, qui appréciait espionner les jeunes filles… Mais néanmoins, il était gentil et amusant.

- Il sera vraiment heureux! Tu as bien trouvé, Gardien!

- Merci… Et toi? Tu as trouvé ce que tu voulais?

- Non… Je ne sais pas se que je veux vraiment en fait… Je cherchais quelque chose d’exception en fait… Mais je n’ai pas trouvé.

- Ne t’en fais pas… Tu finiras bien par trouver avant ce soir!

Les lèvres de l’ecatte se pincèrent soudain. Ses joues rougirent. Ce soir… Une petite escapade l’attendait ce soir… Mais elle ne voulait pas que ça se sache. Sinon Yuiri aurait des problèmes… Elle se tut alors sur ce sujet. Elle n’en parlerait à personne avant le lendemain…
Gardien remarqua que quelque chose n’allait pas, mais il se tut. Les deux amis repartirent vers la maison d’Akeha, où ils se séparèrent avec les remerciements pour ce moments jusqu’au lendemain.

L’ecatte remonta le long de l’escalier qui lui sembla soudain immense. Elle était fatiguée, brassée. Quelque chose ne tournait pas rond. Elle finit par se laisser tomber sur une des marches, à mi chemin avec l’étage supérieur. Avec lassitude, elle posa ses yeux sur la pendule xelor accrochée au mur. Elle indiquait à peine midi. La tête de l’ecaflip glissa lentement le long de la rampe, pour finir sur une marche un peu plus haute que le reste de son corps. Elle acheva de trouve une position confortable affalait sur son escalier. Le léger « clic » que faisait l’aiguille toutes les secondes suffit à la bercer, et, quelques minutes plus tard, elle c’était assoupie.

Pendant les trois heures qui suivirent, Murof retrouvait son calme habituel. Elle était à nouveau la propice ville de la belle saison, avec sa luxuriante végétation, et sa courageuse architecture, qui la rendait courue dans tout le pays. Seuls les disciples de Iop restaient sur leur faim, la ville ne possédant qu’un modeste parc naturel, où les créatures étaient intouchables.

Heureusement que l’argument de l’épaisse forêt dite « interdite » marchait toujours. Beaucoup d’aventuriers, souvent inexpérimentés, se risquaient à y pénétrer, ressortant tout aussi souvent couverts de bleus, et de bosses, quand ce n’était pas un os cassé.
Mais, comme dans beaucoup de grandes villes, Murof connaissait un côté sombre, et ténébreux… Mais la question n’était pas là, et ce récit tombera dans vos oreilles, une prochaine fois peut-être…

Vers les seize heures seule l’auberge de Roxnin semblait s’agiter. A l’intérieur, tout le monde commençait son service, ou le finissait. De temps à autres dans les ruelles, des chachas passaient, avec leurs couleurs chatoyantes, tapant dans un vieux bout de ferraille ou dans un kama qu’un Enutrof peu aguerri aurait laissé tomber, dans sa course à l’or.

Le char du grand soleil continuait peu à peu sa course dans les grands nappages blancs du ciel, conférant à la ville son bel éclat doré.
Dans la ruelle du quartier Ecaflip, quelques disciples du Dieu de la chance s’affairaient à jouer au cartes, ou a parier le plus gros sur une étrange partie de dés. Une paix agréable s’était installée parmi eux. Ainsi que sur la plupart des maisonnées, qui attendaient là, sagement, que l’ombre de leurs propriétaires vienne tourner la poignée de la porte d’entrée.

Dans la dernière maison de l’angle, un mouvement vint trahir le calme et l’inertie qui s’emparaient de la bâtisse. Un infime battement de paupière, l’éveil des yeux bruns, irisés de miel, le bruit d’un timide bâillement, un soupir, puis un étirement…
Akeha se leva finalement de son perchoir, là où elle avait pendant plusieurs heures tissé ses rêves. Elle descendit les marches, et regarda machinalement la pendule Xélor. Elle indiquait 17 heures… Ses yeux s’écarquillèrent. Dans 4 heures, elle allait devoir faire preuve de courage, et d’insolence, pour récupérer la fameuse reconnaissance de dette.

Elle n’avait pas tout de suite pensé aux conséquences. Elles seraient sûrement problématiques, si quelque chose se passait mal… Une boule s’était formée dans son estomac. Elle avait entendu parler de Crow. C’était un sacrieur, à la réputation particulièrement cruelle et sanguinaire. Il était assez facilement parvenu à faire sa loi aux alentours de Murof. Par bonheur, il n’avait jamais réussi à étendre son pouvoir à la cité, son roi étant particulièrement bien entouré, et la ville en elle-même prête à affronter la moindre menace pour se sauver. Un sorte d’honneur citadine, avait expliquait la rumeur.

L’ecaflipette se mordit la lèvre. Arriveraient-elles à parvenir à un résultat à deux? Ce nombre lui sembla soudain minuscule fasse à la grande armée de Crow, et de tous les mercenaires qui semblaient attendre patiemment la prochaine stupide tentative d’effraction pour pouvoir rassasier leurs soifs de tortures… Comment deux personnes allaient elles arriver à battre une telle coalition? Mais il lui restait du temps, du moins, suffisamment pour se poser ces questions.

Sur le bel horizon, la belle mer de Murof commençait à parer ses vagues et ses reflets des mille et une couleurs du crépuscule. Le soleil, fatigué d’une nouvelle journée où il avait dû darder de sa toute puissance ses rayons bienfaisants, avait commencé à achever sa course, comme à son habitude sur l’onde turbulente de la grande baie murofienne.

Les souterrains de la cité commençaient alors à émerger, et la grande ville de lumière, celle de la pleine journée, passait aux passeurs de rêves, aux mangeurs de nuit. Les rues devenaient propices à la fête, et à la danse, et les tavernes, où tout commençait et tout finissait, devenaient le théâtre d’étranges histoires.

Les gens calmes et posés restaient tranquillement chez eux, pour ne pas vexer leurs oreilles avec l’ambiance nocturne. Alors que les lieux les plus fréquentables de la ville diminuaient à vu d’œil, pour finir à tenir sur la paume de la main ; le bord de mer, la belle plage de sable fin, était maintenant la huitième merveille du monde, si la condition « en couple » était respectée. En effet, les amoureux aimaient passer, main dans la main, la soirée, sous le divin clair de lune.

Une ombre féline traversa le quartier des Ecaflips. Elle se glissa tant bien que mal le long des bâtiments, glissant comme un serpent sur les briques, où les pierres volumineuses s’arrangeaient entre elles pour former une maison.

Akeha, pour sa mission, avait revêtu une tenue noire. Sa peau blanche n’était pas la mieux adaptée à cette situation. Elle avait donc, sur ses mains, repassés des bandelettes de cuir sombre, recouvrant ses paumes jusqu’à ses coudes. Elles lui servaient, la plupart du temps, à s’entraîner aux maniements de sa dague qu’elle avait trouvée sur le marché, un jour, ou à l’utilisation d’une de ses deux épées. Dans la situation actuelle, elles auraient enfin une utilité dans la vie habituelle.
Elle portait un haut noir, en cuir, plastron féminin de combat, qui laissait son ventre apparaître, tout en cachant ses voluptueux atouts. Renforcé, il lui permettrait de ne pas se blesser avec les coups légers. Elle portait, dans la même matière, de grandes bottes, souples, et idéales pour le combat, recouvertes de jambière de mailles, lourdes mais capables d’infliger des dégâts non négligeable, avec un coup de pied.
Pour le reste, c’était une simple ceinture, et un pantalon collant à son anatomie de tissu fin et noir. A sa ceinture triomphait ses deux jeux de cartes, sa dague, et dans le bas de son dos se trouvait sa deuxième épée, un sabre à la lame noire. Elle glissait, fluette, dans tout les recoins sombres, idéales à sa discrétion, pour sa future mission.

Alors qu’elle traversait une place, dont le sol, en belle mosaïque, une voix chatouilla son oreille. Etrangement familière, il lui semblait qu’elle l’appelait, par son nom. Elle s’arrêta alors, sûr de ne pas être repérable dans l’obscurité, pour faire face à son interlocuteur nocturne. Elle ne fut pas très étonnée de tomber sur l’archer Eniripsa aux cheveux noirs, l’électrisant Faolin. Il lui souriait. L’ecatte lui fit face, et osa sortir ses pieds de l’ombre où elle c’était dissimulée.

- Alors, ma chère amie, ce n’est pas courant de te voir t’amuser dans des escapades nocturnes….

- Pas autant que de te croiser si tard, Fao'. Que fais-tu ici?

- Eh bien, si je ne puis plus profiter de l’éclat de la lune pour poser ma prose, quand puis-je donc profiter de l’astre d’argent?

Il fut gré d’un chatoyant sourire de son amie éphémère. Elle l’aimait beaucoup, tant par sa façon de parler que par sa grande culture, ou encore par son attitude de prince. Il avait beau de pas en être un, il en avait l’étoffe, c’était ce que l’ecaflipette lui avait toujours répété, depuis leur première rencontre. Elle osa s’approcher entièrement dans le rayon lumineux, osant révéler son guerrier déguisement.
En l’apercevant, l’archer plissa les yeux, pour être sur que ses yeux ne le trahissait pas, et fronça les sourcils, en s’écriant:

- Ciel! Quel accoutrement étrange pour cette agréable soirée… Quel est donc le… titre d’une telle tenue?

Elle ne sut quoi dire. Devait-elle parler, ou bien se taire? Les dents pointues de la jeune ecaflipette s’abattirent sur sa langue râpeuse. C’était son étrange tic, celui qu’elle adoptait dès qu’une question problématique prenait possession de ses sens. Elle dirigea ses yeux vers le ciel nocturne, où brillaient de ci de là quelques étoiles.
L’Eniripsa devant elle sembla s’impatienter. Elle le toisa du regard, comme pour s’assurer de sa parole, et elle finit par délier lentement sa langue.

- Eh bien, j’ai… quelques problèmes…

Elle lui expliqua, en quelques minutes, toute l’histoire. Une fois commençait, on ne pouvait pas l’arrêter. Elle parlait, et parlait, et parlait encore. Elle savait qu’il lui fallait extérioriser. Faolin était là… Pas de chance, c’était tombé sur lui.
Quand elle fut sûre qu’elle avait fini, elle laissa les secondes filer pour que l’archer comprenne, ce qui, il fallait bien l’avouer, devait demander une certaine période d’effort. Voire même d’adaptation.

Quant à elle, Akeha avait croisé les mains au dessus de sa poitrine, et regardait l’Eniripsa avec des yeux brillants, comme ci celui-ci allait lui annoncer une quelconque solution, ou prodiguer un conseil miraculeux. Après avoir lentement ouvert la bouche, face à l’immensité de cette histoire, Faolin hocha la tête, et dit, sur un ton engageant:

- Ma chère, je me dois de vous accompagner. Cela me permettra de m’entraîner au tir, et par ailleurs, je serais heureux de pouvoir vous aider. Cette sramette doit avoir de l’aide pour se sortir d’un tel pétrin.

Il fut gratifié d’une courte mais intense étreinte de la part de son amie. Celui-ci avait déjà son arc dans le dos, et il n’avait pas besoin de prendre plus. Ils se mirent alors en route, dans un étrange silence de mort. Une question épineuse habitait leurs deux esprits. Aucun d’eux n’avait optés pour la fourberie de sram… Avaient-ils les atouts pour affronter un tel ennemi?

(C'est long, mais quelques extraits sont très beaux)
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Re: Murof, l'original

Message par Fao le Jeu 18 Nov 2010 - 7:59

Prochaine partie: Vlad'... Tu ne veux pas la poster toi-m^me?
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Re: Murof, l'original

Message par Nico' le Jeu 18 Nov 2010 - 16:46

C'est possible d'en poster un nouveau chapitre ? vu que je fais pas officiellement parti de Murof... (on m'a intégré sans même me prévenir ! x) )
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Re: Murof, l'original

Message par Fao le Jeu 18 Nov 2010 - 16:50

Bonne question...
Il faudrait peut-être poster sur le fofo officiel, d'abord...
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Re: Murof, l'original

Message par Moinonminou le Jeu 18 Nov 2010 - 17:44

Si Vlad' arrive c'est que je ne suis plus très loin...Bah...moi je serai d'accord pour que tu poste directement ici...mais faudrait voir avec le boss...
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CHAPITRE 9

Message par Vlad' le Jeu 18 Nov 2010 - 20:49

J'arrive, j'arrive....


Première partie : accostage. (MA première partie, la seconde arrive dans quelques semaines !)


Qui a t il de mieux que de dormir sur le pont d'un navire, sous un chaud soleil ? Je ne sais pas. En revanche, ce que je garderais en mémoire durant cette longue traversée de la mer Kantil, ce fut le calme, aussi bien de l'équipage que de la mer. Depuis le départ de Bonta, jusqu'à maintenant, il n'y a pas eut la moindre tempête, et nous n'avons été attaqué par personne. Autrement dit, la déesse Etarip nous a épargnée... Pour cette fois. A présent, je profite de mon dernier jour de tranquillité à bord du « Galéon », vaisseau de transport et de commerce, reliant la capital à ma destination.

Murof. Certains disent que c'est une petite ville tranquille. D'autres y voient un petit paradis, et d'autres un centre d'affaire important pour l'économie du Monde des Douze. Pour moi, cette grande ville côtière est un rêve de tranquillité. Un rêve qui, enfin, va devenir réalité. Là bas, je vais rejoindre plusieurs amis déjà sur place depuis plusieurs années. Car, malgré le fait que je n'ai que dix-huit ans, certaines personnes que je connais y habitent déjà depuis longtemps. Avec leurs parents, pour la plupart, ou seuls pour les autres. Et puis, ce sera l'occasion de me faire de nouveaux copains...

La seconde raison qui m'a poussé à venir à Murof, c'est le fait que des personnes extrêmement connu du monde des douze y vivent. Des personnes comme Emmanuel Darras (plus connu sous le nom de « Manu »), ou encore Anthony Roux (le très célèbre ToT). Ils ont tous les deux participé à la relève de l'économie après le chaos dOgrest. Mais, il existe une troisième raison qui me pousse à venir habité dans cette ville : la soif d'apprendre des autres. Certes, je suis un Iop, je suis donc naturellement doté de la grande force de mon Dieu. Essayez donc de vous mesurer à moi au corps à corps. Vous aurez des bleus. Mais j'ai également été doté d'une particularité que n'ont pas bénéficié les autres disciples de Iop : l'intelligence. Suis-je le seul de ma classe à posséder le Savoir ? Oui, sans doute. Mais au moins, je l'emploi correctement. Je n'essaie pas de prendre le pouvoir, ni de tromper, ni d'arnaquer qui que ce soit. J'ai l'honneur, ainsi que le cœur d'Iop. Enfin... théoriquement...

Je passe mon temps à écrire des nouvelles ou des contes traitant des légendes oubliées du monde des douze. Certaines batailles oubliés, entre les deux grandes puissance de l'ère des Dofus ; je les reconstituent de toutes part, et au travers de narrateurs fictif, j'imprègne le lecteur de son histoire oublié. Du plus simple fait d'arme, à l'aurore pourpre, en passant par les phases de paix, c'est une grande partie des aventures de Bonta et Brâkmar qui est déjà passés sous ma plume. Je ne suis qu'un humble conteur d'histoire, plus lut par les bibliothécaires et les érudits que par de simples personnes. En réalité, très peu de gens cherchent à connaître leur passé. Sans doute la peur du Chaos d'Ogrest. Malgré mon jeune age, je suis fier de ce que j'ai accomplis, et fier de ce que j'ai écris.

L'air chaud marin remonte jusqu'à moi, entre par mon nez, et au travers de mes poumons, réchauffe mon corps entier. Des effluves de sel marin, mélangés à la chaleur écrasante de ce chaud soleil, provoque un étrange mélange qui me détend et m'apaise. Le temps semble passé en accéléré, et aucun bruit, hormis celui des vagues ne vient perturber mon repos. A ma droite, le capitaine du Galéon, tout comme moi, est couché sur un hamac de toile légère. Il semblerait qu'il soit néanmoins différent de moi sur un point : lui est un écaflip de couleur sombre. Son pelage absorbe l'intense chaleur, et la garde, ce qui l'oblige à se mouiller toutes les cinq minutes pour ne pas mourir de chaud. Mais il a quand même l'aire d'apprécier ce bain de soleil.
- Ah... Existe t il un seul moment dans la vie d'un homme qui est plus exaltant que maintenant ? Demanda t il, ironiquement
Je me retient de lui répondre « l'acte de procréation » ce serait déplacé... Mais pourtant vrais. Je souris en pensant que c'est une expérience que je n'es jamais tentée... Toujours plongé dans mes songes, j'essaie de me rendormir dans ce paradis qu'est mon esprit. Mais au dernier moment, un cri survient, venant dans haut, dans le nid de pie.
- Terre en vus ! Hurle la vigie.
Je me redresse subitement, me lève, m'étire, avant de foncer en direction de la proue du navire. En effet, une fine bande de terre est devenus visible à l'horizon. Mais elle semble grandir rapidement. Le capitaine écaflip paraît à coté de moi.
- Nous arriveront dans un quart d'heure, prédit il, avec des années d'expériences sur le même trajet.
Parfait. Juste le temps de finir ce que j'avais commencé, avant d'accoster. D'une démarche rapide, je traverse la moitié du navire, avant d'arriver à l'escalier de boit qui mène aux étages inférieures. Je suis chanceux. Tout le monde est occupé à préparer notre arrivé, et personne ne m'a repéré. Sur la pointe des pieds, je descend le premier sous sol, celui des couchettes. Je continus l'escalier, et arrive au deuxième sous sol : les provisions. Des hommes ne tarderont pas à venir décharger cette partie du navire. Je continus. Les troisièmes et quatrièmes sous sols contiennent la marchandise de Bonta qui doit être acheminée à Murof. Je descends encore. Je suis dans la cale du navire à présent, sous le niveau de la mers. Ici, ce trouve le débarras, quelques armes, quelques morceaux de pains abandonnés, des colonies de souries, et surtout, le cachot. C'est vers ce lieu que je me dirige. Derrière les barreaux, une très jolie jeune femme me tourne le dos et regarde le boit du navire, en suivant le rythme de la houle. Elle ne m'a pas entendus arriver. Je contemple quelques secondes ses magnifiques cheveux claires, blonds, presque blanc, avant de me racler la gorge pour signaler ma présence. Elle se retourne vite, surprise de ma présence. Elle me souris. Même sans eau ni nourriture pendant cinq jours, elle reste sublime. Son teint est mat, ses vêtements, simples, avec une petite robe assez courte, et osée. Son œil, celui qui n'es pas bandé, est d'un bleu très pur. A ses pieds se trouvait une paire de larges bottes en cuire de bouftous, idéale sur un navire.

Elianne est une Etarip. Ça se remarque du premier coup d'œil, avec ses oreilles de lapins. Passé le moment de surprise, je me rapproche des barreaux. Elle se lève, et fait de même. Nous nous rapprochons. Encore et encore. Seuls nos lèvres dépassent des barreaux. Nous nous embrassons. Cet instant magique, de pur bonheur semble durer une éternité. Enfin, nous nous éloignons, et nous nous sourions.
- Je viens t'apporter une bonne nouvelle, dis-je, nous nous apprêtons à accoster. Bientôt tu seras libre. Arrivé à Murof, tu pourras choisir ta nouvelle vie.
- Moi aussi je doit te dire quelque chose, me répond t elle, Etarip m'est enfin apparut. Elle est d'accord pour que elle, et ses disciples t'aident dans ta quête.
- Dans ce cas, tout est parfait ! Répond-je. Merci, tu m'a été d'une grande aide. Je ne te remercierais jamais assez.
- Avons nous une chance de nous revoir ? Demande t elle.
- Je ne pense pas. Sauf pendant l'assaut final. Mais en attendant, j'ai l'intention d'attendre le coup d'envois en me reposant à Murof.
Sans le moindre signe, je fait demi tour, et sors le plus vite possible de la pièce. Je n'aime pas les adieux qui s'éternisent. Et je déteste par dessus tout les trahisons. Car, lorsqu'on m'a assigné ma tache, et prédit son arrivée, on m'a aussi demandé de me rapprocher d'elle, de lui faire croire à ma sincérité, pour qu'elle puisse convaincre la déesse mineure Etarip, que ma quête est juste. Pourtant, je sais bien qu'elle est tout le contraire. Ce qui ce produira dans quelques semaines sera un acte de pure cruauté. Et de pure trahison. Enfin, je chasse toutes ces pensées qui pourraient me détourner de mon chemin. Je ne peut plus faire machine arrières. Je me concentre donc plutôt sur ma proche arrivée.

Le capitaine est surpris de me voir remonter les marches. Lui et ses hommes sont occupés à décharger des barils de bières d'Amakna. Elle n'est peut être pas aussi bonne que celle de Pandala, mais c'est une spécialité de la Taverne de Murof, « L'auberge qui roxxe ». L'animation gagne rapidement tout le bateau. Je m'aperçois alors que le quart d'heure est passé vite ; nous sommes déjà arrivé.

Le ponton de boit relis le navire au majestueux port de Murof. D'ici, je peut tout voir : au premier plan, des dizaines de bateaux de toutes formes et toutes tailles sont amarrés à des pontons similaire à celui où je me trouve. Derrière, la ville, ses grandes maisons, ses habitants, ses quartiers... Une petite Bonta en fait. Derrière encore, une grande plaine, qui grimpe lentement le long d'une colline, jusqu'à devenir au loin, une montagne qui encercle la ville. Tout cela a de quoi convaincre le plus difficile de tout les touristes. Murof est vraiment une ville phénoménale.
- Ah ! Mais c'est notre écrivain préféré ! Me lance une voix bien connus sur un ton ironique. Bienvenus à Murof Vlad'
Surprit de ne pas avoir entendus mon interlocuteur arriver, je lance des regards partout. Je finis par remarquer le petit Osamodas, occupé à jouer avec un Tofu, assis sur le ponton de boit, trempant ses pieds nus dans l'eau.
- Salut Toroffus, m'écris-je soudainement. Sa fait longtemps que tu m'attends ?
- Nan, je viens d'arriver... Bon sang ! J'ai plein de truc à te montrer !
Il s'approche et me sert dans ses bras. Cela fait deux ans maintenant qu'il a déménagé ici, et que l'on ne c'est pas vus... En effet, il doit avoir beaucoup de choses à me raconter. Mais tout d'abord, je lui dit que je doit m'installer. Je relève son adresse sur un petit bout de parchemin. Nous aurons tout le temps de parler ce soir. A contre cœur, il me laisse vaquer à mes occupations. Il repart dans une direction, s'enfonçant plus profondément encore dans le port. Moi, je vais en sens contraire, c'est à dire, en direction de la ville. Cette dernière semble avoir été créée selon un ingénieux principe architecturale : une seule route, large, circule entres deux grandes murailles de maisons. De l'autre coté de cette route, ce trouve la place de marché. Autrement dit, toute personne venant du port, est obligé de passé devant les étalages de produits en touts genres.... Et le plus souvent, de vider les Kamas contenus dans ses poches. Et puis, si ce ne sont pas les vendeurs qui vous extirperont votre monnaie, les Srams s'en chargeront.

Je passe, sain et sauf, cette zone. Je palpe mes poches pour m'assurer que mes réflexes m'ont permis de garder mes précieux Kamas hors de portée des pickpockets. Ensuite, j'ouvre le plan de la ville que le Capitaine m'a remis. Je suis dans le quartier central. C'est de là que partent les autres quartiers. Il me suffit de tourner à plusieurs reprises, successivement à gauche, puis à droite, puis deux fois à gauche et enfin une fois à droite. Me voilà dans le quartier Sud, rue « de la flèche étincelante » Une rue Crâ, ça saute aux yeux. La rue où se trouve ma demeure est perpendiculaire à celle ci. Quelques centaines de mètres plus bas. J'en profite pour flâner un peut. Je ne suis pas pressé. Mes yeux sont levés en directions des insignes des différentes échoppes. J'en croise une qui attire mon attention. Elle s'appelle « A la rescousse des Dieux ! » . Elle a l'aire vide. Des toiles d'araknes avec leurs créatrices pendent de partout, aucun bruits et aucunes lumières n'es plus émise à l'intérieur. Je me dit que ca devait être un sacré lieu d'échange. Si j'en crois les vieux parchemins par terre, c'était une histoire qui était raconter ici.
BAM ! Ne faisant pas attention, je percute violemment une jeune Crâ courant à contresens. Elle tombe, sonnée.
- Excusez moi mademoiselle, j... Je suis confus... Je ne vous avais pas vus !
- Ce n'est rien, me répond t elle, d'une voix douce et suave, c'est moi qui passait en courant. J'étais perdu dans mes pensées, et je n'es pas vu où je marchais.
J''insiste à m'excuser, avant de lui tendre la main pour qu'elle se relève. Elle me regarde, mis figue-mi raisin, me considère avec ses yeux bleus foncées, avant de me questionner :
- Dit, tu es nouveau ? En tout cas, tu ne m'a pas l'aire d'un touriste !
- Qu'est ce qui vous faits penser ça ?
- Tes gros sac dans tes mais et sur ton dos ! Me répond t elle en riant, tu est un vrais Iop, ça se voit !
- Pour répondre à votre question...
- Tu peut me tutoyer tu sais...
- D'accord. Pour répondre à ta question, oui, je suis nouveau. Je viens d'arriver et je me dirigeais vers la rue des énudis pour m'installer.
- OK, dans ce cas, je te laisses reprendre ton chemin. Tourne à droite à cent mètre. Ah, au fait, moi c'est Maeve.
- Merci Maeve. Moi c'est Valimir. Mais je préfère Vlad'.
- Dans ce cas, à plus tard Vlad' ! Termine t elle avec un immense sourire, avant de repartir en courant.
Je la regarde s'en aller, ses longs et superbes cheveux bruns flottants librement dans son dos. Je me ressaisis, et continus mon chemin. Je la reverrait bientôt. Après tout, le monde est petit.

Me voilà « Rue des énudis ». Ma maison se situe au numéros 239. Il me suffis de faire quelques pas pour la trouver. Elle est très proche de la rue que je viens de quitter. Je sorts la clé de mon sac à dos (qui est plein à craquer), l'insère dans la serrure, entend le déclique, et presse la poignée. Me voilà dans une petite bâtisse, avec un toit assez bas, avec une simple bougie posée à même le sol, que je m'empresse d'allumer. Maintenant, je vois l'intérieur : une grande salle d'où partent trois portes : une pour la salle de bain, une autre pour la chambre / bureau, et une autre pour la cuisine. Même si, seul je n'ai pas besoins de tant de place, cette petite maison était vraiment trop peu chère pour que je passe à coté de l'offre.

Je pose vite fait mes gros sac sur le sol en bois, avant de refermer la porte, et de quitter la rue avec le plan dans les mains. Il me faut à présent, trouver en priorité le temple Xélor pour m'entretenir avec mon supérieur. J'ai des choses à lui dire.
« Ça y est, je suis installé » par exemple.



Le chapitre 2 se prépare. Il arrive... Et il seras un peu plus long, du moins, j'espère...
Nico', si tu veux commencer, poste d'abord sur le Forum Officiel, dans la section Fiction.
2 prochains textes : Faolin, après Maeve, après doublesuperchapitresdeFao'quisontsuperdelamortquitue et après, Moinon.
Au suivant !

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Dernière édition par Vlad' le Sam 20 Nov 2010 - 19:39, édité 1 fois
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Re: Murof, l'original

Message par Moinonminou le Ven 19 Nov 2010 - 18:23

Vlad' a écrit:
doublesuperchapitresdeFao'quisontsuperdelamortquitue
Vlad'

>< J'aime bien le mot à ralonge...

C'est bientôt moi...*se prépare*

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Re: Murof, l'original

Message par Nico' le Ven 19 Nov 2010 - 22:40

Oki Vlad' ! Et tu peux déjà y aller, car je poste mon chapitre ! ^^ j'en ferais 4 en tout, plus quelques bonus, par exemple Nowel ^^
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Re: Murof, l'original

Message par Vlad' le Ven 19 Nov 2010 - 23:05

Il faut suivre la liste... En gros, Fao' réécris les textes précédents, puis, ce seras à Moinon de poster le sien, puis à Moi, qui est réservé ma seconde partie... Et après à toi !
Prend un ticket ! Et attent ton tour... La file d'attente est assez longue xD !
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Re: Murof, l'original

Message par Nico' le Ven 19 Nov 2010 - 23:10

=_= okay'... j'attends ! >=D
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CHAPITRE 10 (Fao')

Message par Fao le Sam 20 Nov 2010 - 15:23

En ce matin pluvieux d’une fin d’automne, Fao’ se leva très tard et découvrit sur le lit, à ses côtés, une place vide et encore chaude. Il descendit les escaliers de bois menant au rez-de-chaussée sous le regard inexpressif de ses aïeux, Crâs, Fécas et Eniripsas.
Se retrouvant dans la cuisine spacieuse et bien rangée de sa demeure, il se rendit compte que sa femme attendait là, devant un chocolat chaud. Elle n’avait m^me pas remarqué son arrivée.
Pas fâché pour si peu, l’Eniripsa se dirigea silencieusement vers la bouilloire et fit chauffer un peu d’eau pour se faire un bon thé brûlant.
Sa mie se retourna :
« Alors, on ne dit pas bonjour ?!, fit-elle d’un air ironique »

Elle se leva et embrassa légèrement Fao’, qui grommela une formule de salutations. La jeune femme se rassit sans demander de plus et s’en retourna à son breuvage sucré.
La bouilloire sifflante, l’Eniripsa se versa adroitement une bonne tasse de thé et s’attabla en face de sa femme à la petite table en bois qui était dans la cuisine.
« Pourquoi tu viens prendre ton petit-déjeuner ici ?, le questionna sa femme.
- Pour être en face de toi, grogna-t-il sèchement.
- Et tu as une belle salle faite rien que pour y manger, et tu n’y vas pas.
- Et toi, tu n’y vas pas non plus ?, répliqua-t-il »

Elle s’accorda une tartine beurrée et confiturée dans laquelle elle croqua avidement. Sans rien dire, Fao’ se contenta d’un toast simplement beurré qu’il mouilla dans le liquide ambré et chaud. Un long moment de silence s’en suivit.
« Je vais finir par oublier ta voix, à force de ne pas t’entendre parler…, se désola sa femme.
- Si tu es ma femme, tu as accepté de vivre comme ça. »

Elle se tut, puis rappela qu’on les avait mariés de force. Il haussa simplement les épaules en disant d’une manière un peu théâtrale que leurs deux violons de vie finiraient par s’accorder. Elle se leva à demi de sa chaise pour l’embrasser par-dessus la table. Il sourit, satisfait. Il se demandait encore que, s’il continuait à vivre avec elle, il finirait par l’aimer. Une femme douce et aimante, ce n’est pas le rêve de tout homme ?

Le repas terminé, elle se leva précipitamment et mit la vaisselle dans l’évier. Le nez encore à moitié planté dans sa tasse de thé, Fao’ la regardait se mouvoir. Elle s’en rendit compte et l’affubla d’un regard à la fois outré et moqueur.
« Parfois, je me surprends à penser que…
- Que… ? »

Il ne répondit pas. Elle avait bien compris. De toute façon, il commençait à la trouver séduisante.
« Bon, je suis à la bourre pour Eri… j’me sauve ! »

Elle se faufila dans un imperméable et, après une dernière bise, s’enfonça dans la grisaille provoquée par la pluie et le brouillard. Fao’ resta seul dans sa demeure avec les tableaux de maîtres représentant ses cousins, arrière-grand-mères, et plein de gens avec des noms composés qu’il ne connaissait m^me pas.

L’Eniripsa au catogan monta dans son bureau sombre encore jonché de paperasse indescriptible. C’était son jardin secret, dans lequel m^me sa femme n’était encore jamais entrée. De ce fait, l’endroit était assez sale, poussiéreux, et plein de pots de yaourt et de chocoWakfu qu'il achetait périodiquement chez Erina. Il se jurait chaque jour de mettre un petit coup de propre, ce qu’il ne faisait jamais. Il s’y sentait bien, et c’était l’essentiel pour lui.

Comme chaque jour, il monta avec sa tasse de thé fumante et s’assit à son bureau. Sur la table, il y avait un écrit qui datait de la veille. Ce texte décrivait sa femme. L’écrivain ne s’y était attardé que très peu, ne donnant que des notes imprécises et assemblées sans grand sens. Pour le moment, il était sur un gros coup.

Ce texte, c’était le projet le plus grand de sa maigre existence. Il se comptait en dizaines de pages, et récemment en centaine. Ça relatait l’existence insipide et volage d’un Crâ devenu Iop et transformé en héros contre son gré. Il s’appelle Goltraig. Il a une sœur jumelle, Nadège. Et plein de gens sur qui compter, mais qu’il ne remarque pas toujours.
Mais, pour cet instant là, Fao’ était plus occupé aux réceptions et visites qu’il rendait à ses amis Wakfusiens en compagnie de sa femme.
C’était du flood, comme les autres disaient, mais tous – hôtes comme invités – s’amusaient toujours autant. Sa femme et lui étaient très connus dans ce secteur et aucune fête n’était réussie sans eux.

N’ayant aucune envie d’écrire, l’Eniripsa se rabattit sur les quelques enveloppes qu’il avait trouvées le matin m^me sur un coin de la table de la cuisine.
La première était une carte postale d’Azuralys. Ma pauvre amie, ayant marre d’habiter ici, s’en était allée dans d’autres horizons, plus calmes. Comme la quiétude de la campagne de Mork.

La deuxième était un acte de propriété, concernant la bicoque du 137, rue du Bouclier Aqueux, au nom de Jeananas H. L’ancienne maison de sa femme, dans laquelle elle avait vécu sa courte enfance.
Fao’ sourit. Restaurez cette maison, elle coutera cent fois plus au moins. La vente pourrait amener un coup de frais dans les finances du couple, qui commençaient à s’essouffler. Mais il hésitait quant à l’acceptation de la vente par sa femme.

Une autre, assez officielle, contenait une lettre. Elle parlait du bénéfice occasionné par une certaine vente de livres. Mais quels livres ?
Le thriller intitulé « Comme si de rien n’était » et les recueils de poèmes titrés « GLF » se vendaient apparemment comme des petits pains dans les Archipels Extérieurs. L’auteur fut satisfait d’avoir contenté ses lecteurs. Une joie immense l’avait étreint. La lettre de son éditeur stipulait aussi que tous avaient hâte de rencontrer l’auteur à succès.
Aller à Bonta et se faire acclamer, serrer la main du Gouverneur, faire des conférences de presse…

Mais quelle ne fut pas sa surprise quand il vit un chèque attribué à son nom, et d’une valeur de quelques 200 000 kamas ! Sérieusement rassuré, Fao’ savoura son thé avec un bonheur immense.
En dépouillant une facture, il apprit qu’il devait 1 000 kamas au fisc de Brakmâr pour un terrain dont il avait apparemment hérité. Avec une famille comme la sienne, il ne s’étonnerait jamais d’aucun héritage. Si jamais on l’appelait pour devenir roi dans un pays qu’il ne connaissait pas ?

En sortant et lisant une autre lettre, il fut contacté par un mystérieux Vlad’, qui viendrait du Gondor. Il demandait un rendez-vous à la taverne « à la Rescousse des Dieux » vers midi.
Par Eniripsa-aux-doigts-magiques, que lui demandait cet énergumène ? Donner rendez-vous par temps pourri dans un endroit aussi lugubre ne pouvait être qu’un complot contre une personnalité politique.
Sauf qu’il n’y a pas de politique à Murof.

En finissant le courrier, Fao’ ouvrit comme d’habitude les fenêtres de son bureau et sortit de sa pièce pour aller prendre une douche. Ainsi lavé, il s’habilla et se dota d’un parapluie pour se rendre à l’Auberge qui Roxxe. L’établissement, toujours animé, l’accueillit et il prit place dans son coin habituel.
Puisqu’il n’avait personne à qui parler, il se mit à attendre les douze coups du clocher pour enfin aller à ce piteux endroit qu’est cette ancienne auberge désaffectée. Il avait pris quelques papiers sur lesquels écrire, au cas où. Il était plongé dans des contemplations doucereuses de jolies jeunes femmes Wakfusiennes. L’une d’elle, une Crâette qu’il n’avait jamais vue, lui accorda m^me un regard et une moue passionnée.

Il griffonna quelques mots sur un parchemin et, à onze heures et demie pétante, faisant mine d’aller payer sa note, en profita pour le donner à la Crâette. Il se pencha alors sur le bar et sur Waelle qui le nettoyait assidument. Elle lui jeta un regard avant de s’arrêter dans sa besogne.
« Tu veux quelque chose ? »

Elle était assez dure avec l’Eniripsa depuis son mariage controversé.
« Oui. Payer ma note.
- Tu sais que tu es dispensé depuis longtemps ?
- Je suis dispensé. Ce n’est donc pas défendu. »

Derrière son dos, Fao’ entendait déjà les murmures précipités et les gloussements du troupeau de filles. Ses petits mots avaient fait des émules, apparemment. Il donna les quelques pièces sonnantes et trébuchantes à Waelle.
« Bon, je te quitte. Je dois aller à un rendez-vous important.
- Ouais, salut, grogna la Pandawette, acide. Dis le bonjour à Jeana, hein ? »

L’auteur se faufila dans la foule et, attrapant son parapluie, sortit de l’établissement pour se diriger à « La Rescousse des Dieux ».

La pluie, bruine légère et particulièrement douce, transforme quand m^me le vieux sentier qui mène à l’ancienne auberge en chemin boueux et collant. Fao’ s’enfonce dans la glaise jusqu’aux genoux, ce qui n’est pas pour lui plaire. Ses bottes étaient déjà en sale état, et son pantalon était taché.
Il arriva à la ruine en pestant. Là-bas, une grande silhouette l’attendait. Avant m^me qu’il puisse discerner quoique ce soit, la silhouette parut lui parler :
« Tu connais l’histoire de cet endroit ?
- Tu veux dire que tu m’as emmené ici juste pour savoir ça ?!, répliqua Fao’
- Entre autres. Tu sais, dès mon arrivée ici, j’ai su que cette ancienne auberge était spéciale. »

Encore un illuminé, pensa l’Eniripsa. Mais, il n’avait ni l’allure, ni la voix d’un Illuminatus. En s’approchant, Fao’ avait vu un grand et mince Iop, qui avait l’air instruit, et parlait avec une sorte de respect craintif.
« Est-ce toi la conscience profane qui osa détruire ma journée et mes nouvelles bottes pour m’emmener dans cet endroit boueux, pouilleux et abandonné ?
- Apparemment, fit le Iop sans se démonter.
- C’est donc toi, Vlad’ le Gondorien…
- Je préfèrerais Vlad’ du Gondor. Ou Vlad’ tout court. »

La main du Iop s’avança pour serrer celle de l’Eniripsa. Ce dernier tendit sa main en disant :
« Moi, je m’appelle…
- Je sais comment tu t’appelles. J’ai lu pas mal de tes bouquins
- Vu comme ça, c’est flippant, avoua Fao’. Enfin… je sens en moi à cette annonce tonnante un émoi formidable en sachant que des illuminatii puissent connaître mon nom sans que je sache le leur. »

Les deux hommes se serrèrent la main. Ensuite, abrités sous le porche abandonné de la vieille auberge, Fao’, du haut de sa petite trentaine d’années, raconta à son nouvel ami Vlad’ l’histoire malheureuse de cet établissement oublié, mais si magnifique lors de son apogée.
« La buverie a remplacé les contes merveilleux, conclut mollement Vlad’.
- Oh, non ! Cette ville abrite bien plus d’une pépite en matière de culture. Dessins, écriture, gastronomie, commerce…
- Bien, coupa le Iop. C’est magnifique. Mais cette auberge est fermée quand m^me, et pourtant, c’était un symbole. »

Fao’ haussa les épaules. Il décida en ce moment m^me de rentrer chez lui. Apparemment, l’autre en fit autant et le suivit à la trace. Arrivée à la rue des Enudis, les deux hommes marchaient toujours l’un derrière l’autre. Excédé, l’Eniripsa se retourna.
« Tu vas chez toi, pas chez moi !
- Excuse-moi, mais c’est TOI qui vas chez moi ! Je me demande comment tu sais, d’ailleurs.
- Bon, d’accord. Où est-ce que tu habites ?, trancha l’Eniripsa avec un soupçon de méfiance.
- 239, à cette m^me rue.
- Et moi en face…, finit Fao’ »

L’embrouille arrangée, chacun rentra chez lui avec pour promesse de se revoir plus tard dans la journée pour discuter au propre, et au sec.
Le parapluie gouttelant et les bottes boueuses, l’Eniripsa entra dans sa maison. Il salua comme toujours son arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père, dont le tableau fait face à la porte, et pénétra dans la cuisine, d’où un fumet délicieux s’échappait.
Aux fourneaux, sa femme qui, apparemment, était surmenée. Elle courait partout, jetant un œil à l’heure, vérifiant la cuisson des pâtes, inspectant la puttanesca et fixant son mari qui venait d’entrer en salissant tout.
Comme… tous les jours.

Vlad', au lieu de mettre "à moi", tu aurais pu écrire "chapitre 9"...
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CHAPITRE 11 (Fao'... again)

Message par Fao le Sam 20 Nov 2010 - 15:28


En ce matin pluvieux d’un humide milieu d’été, le 6 joullier plus précisément, Fao’ se leva très tard et découvrit sur le lit, à ses côtés, une place vide et encore chaude. Il descendit les escaliers de bois menant au rez-de-chaussée sous le regard inexpressif de ses aïeux, Crâs, Fécas et Eniripsas.

Il s’attendait à voir, dans la somptueuse cuisine, sa femme aimante avec une mitonnée de pancakes chauds ou une belle assiette d’œuf brouillés. La plupart du temps, elle restait juste attablée dans la cuisine, devant son bol de chocolat chaud ou de cafait au lé.
Il n’eut pour seule chose inhabituelle qu’une feuille de calendrier arrachée. La date était celle du 6 joullier.

Il y avait un mot griffonné sur ce bout de papier. Le crayon qui avait servi à l’écrire était encore sur la table.
« Peut-être que tu ne le sais pas encore, vu que tu n’es pas beaucoup en phase avec le monde qui t’entoure…
Bref, aujourd’hui, je m’en vais. Oh, pas pour beaucoup temps. Pour 15 jours.
Je vais en vacances, pour… décompresser.
Oui, sans toi.
Je reviens vers le 23.
Je pense te l’avoir déjà dit, mais on ne sait jamais si tu l’oublie…
Jeana.
Bisous. »

L’Eniripsa, soupirant, se prépara un sempiternel thé et arriva à se préparer maladroitement quelques toasts.
Il avait oublié. Encore oublié.
A force d’être coupé du monde, il en oubliait le jour où on était. Il ne sortait que rarement de la taverne, ou de son bureau. Du coup, il était dans sa bulle, ce qui avait l’air d’agacer sa femme.


En ce matin quelconque d’un 15 joullier, Fao’ se leva très tard et découvrit sur le lit, à ses côtés, une place vide et encore chaude. Il descendit les escaliers de bois menant au rez-de-chaussée sous le regard inexpressif de ses aïeux, Crâs, Fécas et Eniripsas. Après une journée d'ennui mortel, causée par l'absence de la plupart des Murofiens, Fao' se prêta à jouer un Jeu de Rôle en compagnie d'une bande de Murofiens artistes et de quelques spécialistes en la matière. Maeve la Crâette ; Vlad' ; fik' la sramette ; Nico, le mari de Maeve...


En ce matin clair et chaud d’un 16 joullier, Fao’ se leva très tard et découvrit sur le lit, à ses côtés, une place vide et encore chaude. Il descendit les escaliers de bois menant au rez-de-chaussée sous le regard inexpressif de ses aïeux, Crâs, Fécas et Eniripsas.

Il se rappelait de la journée d’hier, de la soirée, surtout. Il sourit.
Elle était sûrement partie maintenant, tellement il était tard.
Il découvrit simplement un petit mot sur la table de la cuisine.
« Peut-être que tu ne le sais pas encore, vu que tu n’es pas beaucoup en phase avec… »

Déjà lu. L’Eniripsa reposa le papier, daté du 6 joullier, sur la table de la cuisine, et s’escrima à trouver des couverts propres pour manger son yaourt au laitlait de bouffette.
Tout, tout était amassé dans l’évier, et tout semblait sale, malheureusement. Alors, un jour comme tant d’autres à partir du 6 joullier, date du départ de sa femme, Fao’ s’habilla rapidement après une rapide douche et se dirigea d’un pas preste et vif vers la taverne.
Waelle semblait déjà l’attendre :
« Hey, Fao’, comment ça va aujourd’hui ?
- Bouarf, comme toujours… »

Fao’ se dirigea vers la serveuse et lui fit la bise. Elle sourit, en disant :
« Un petit déj’ ?
- Ce serait sympa, merci…
- Pas très lyrique, aujourd’hui, notre poète préféré. »

L’Eniripsa s’affala sans répondre sur sa chaise habituelle. Après un moment, le plateau arriva.
« Alors, celle d’hier ?»

La Pandawette s’assit en face de l’Eniripsa, les yeux brillants. Il ne répondit pas, se contentant de mâchouiller mollement ses œufs brouillés. Elle avait un regard curieux, ébahi, envieux, indéfinissable. Il la transperça du regard.
« Pas envie d’en parler.
- Tu veux dire que…
- Que j’ai pas envie d’en parler. »

Agacé, Fao’ laissa quelques pièces dans la main de Waelle et s’en alla. Comme tous les jours.

L’Eniripsa se dirigea chez lui, fermement décidé à passer un coup de torchon dans la maison, complètement délaissée et poussiéreuse.
Au milieu d’un Murof désespérément vide, il vit devant chez lui un sram glissant quelque chose sous la porte. L’Eniripsa se précipita, mais l’inconnu avait déjà disparu en courant, sous la chaleur assommante du harassant été Murofien.

Mais ce n’était pas grave. Fao’ ouvrit précautionneusement sa porte, craignant peut-être un piège, mais il ne se passa rien. Il se résolut alors à passer effectivement un coup de propre chez lui.
« Alors… commençons par… heu… la cuisine ? »

Il tourna la clef dans la lourde serrure de la demeure et poussa la porte en bois massif. Par terre, sur la moquette épaisse du hall, une enveloppe, frappée du sceau de Brâkmar, était scellée et semblait importante.
Piqué par la curiosité, il déchira le rabat de l’enveloppe en parchemin fripé et en sortit une feuille.
« Cher Monsieur Faolin Nawégling,
Comme à l’accoutumée, nous vous avons déjà envoyé une lettre du fisc concernant un terrain que vous avez acquis après règlement de la facture et la mort d’un descendant de la femme de l’arrière-grand-oncle du cousin germain de votre grand-mère. Vous êtes le seul descendant qui soit plus ou moins solvable et corvéable.

Ainsi, votre fief, décrit dans le document ci-joint, est entièrement à vous. Vous devrez à cet effet, pour le garder aussi longtemps que vous le voulez, payer un tribut annuel fixé à la somme de 1000 kamas conventionnels. La valeur de votre fief est estimée 690 000 kamas conventionnels.

De part votre situation privilégiée dans l’espace Brâkmarien, vous êtes conviés par le Prince Blood de Brâkmar, à la Blood Party du 23 joullier prochain, en tant qu’invité d’honneur.

Une équipe vous attendra le 19 joullier prochain au port de Murof, pour vous mener à pont port.

Les principautés Brâkmariennes,
Avec leurs compliments. »

Avec la lettre, une feuille bleue représentant un lopin de terre d’une superficie de deux ha et de forme pentagonale… adjacente à la terre du Prince. Au centre, visiblement, une construction. Un manoir.
Un de plus.

Soudain, il comprit. L’excitation lui monta aux yeux. En m^me temps qu’une légère appréhension.
Invité à déjeuner avec un Prince de Brâkmar ! C’était un grand honneur, en m^me temps qu’une trop dangereuse aventure. Il pouvait se faire décapiter, ou vampyriser, ou m^me séquestré…
Mais il aurait été à la m^me table que le descendant de D’jaul !

C’était décidé, il irait.

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Re: Murof, l'original

Message par Fao le Sam 20 Nov 2010 - 15:38

Maev', serait-ce à toi de poster?
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CHAPITRE 12, ou chapitre sans intérêt

Message par Maev' le Sam 20 Nov 2010 - 17:39

Possible que ce soit à mon tour... Oui...

__________________________________________
J’émerge soudainement d’un lourd sommeil. Les yeux toujours fermés, je m’étire paresseusement dans mes draps avec mon habituelle nonchalance. Du tissu qui n’avait pas été réchauffé par ma présence refroidit ma peau par endroit. J’inspire profondément, baille en silence bien qu’avec peu de retenue, puis entrouvre enfin mes paupières.
Je suis dans ma chambre. Comme tous les matins, ce sont des murs remplis d’étagères croulant sous les livres qui m’accueillent en cette énième journée. La pâle couleur blanche des quatre murs peints ressort dans l’obscurité qui règne encore, dessinant des symboles extravagants et fous entre les différents ouvrages. Sous les uniques volets de la pièce, un rai de lumière m’informe que j’ai encore dormi trop longtemps. Je lâche alors un juron et maudis mon caractère flemmard. Je suis décidément inchangeable !
D’un bond, me voilà debout. Trop brusquement secouée, je commence à avoir la tête qui tourne, floutant effrayamment l’ensemble de la pièce... Peu importe, je l’avais cherché.
Sans attendre de recouvrer une vision normale, j’attrape d’un geste habitué mes vêtements qui reposaient sur le beau plancher de bois sombre, entre divers livres, parchemins et autres objets que je n’arrive pas à garder rangés à leur place.

Je me cogne contre quelque objet encombrant et me dirige d’un pas presque sûr vers la salle de bain.


Une vingtaines de minutes plus tard, je sors enfin de la douche, libérant d’immenses nuages de vapeur brûlante. Je m’enveloppe alors de l’épaisse et moelleuse serviette pour ensuite m’occuper de mes cheveux bruns. Bien qu’encore trempés, je les brosse frénétiquement de coups précis et zélés. Encore un geste journalier.
Je m’arrête, regarde mes longs et fins doigts de pianiste poser la brosse à cheveux sur la paillasse de bois. Je lève alors doucement mon regard dans la petite glace s’imposant sur le mur vierge, où me fait alors face des yeux énervés.
Enervés ou déçus, je ne sais pas vraiment. Suis-je énervée contre la vie pour ce qu’elle avait fait de moi, ou suis-je déçue par moi-même ? J’ai bien souvent l’impression d’être minable, pathétique. Est-ce la même chose pour tous les autres ? Tous ces êtres humains maudissent-il leur existence dans un moment perdu ? Suis-je la seule à ne pas savoir me contenter de ce que j’ai, de ce que je suis ? Seule à vouloir être née autre ?
Dans la glace encore embuée par la vapeur, je vois alors un rideau de larmes humidifier mes pupilles bleues.

Je reste ainsi quelques longues secondes. Les yeux fixés dans ceux de mon reflet. Sans réagir. Soudain, ma bouche se tord. Mes lèvres sursautent violemment avant de trembler légèrement. Mes paupières se plissent, mes sourcils se soulèvent. Et je lâche un bruyant sanglot avant de venir poser ma tête contre le rebord du meuble de bain.
Je revois mon image d’il y a à peine quelques secondes, et l’envie me prend encore de la déchirer comme un vulgaire papier. Ce pitoyable visage rebondi aux joues rougies, aux yeux fatigués et constamment perdus dans l’infini… Mais comment puis-je oser sortir ? Comment mes proches arrivent-ils à feindre de me supporter ?
Je me laisse glisser au sol. L’oppression contre mon cœur se calme jusqu’à disparaître.

« Comment arrivent-ils à feindre de me supporter… » Me demande-je une nouvelle fois à voix basse. Ils sont humains, après tout. Il est facile pour nous que cacher se qu’on ressent, et j’en sais quelque chose.

Je me frotte les yeux d’un geste rageur et me relève.
Le coup de blues du matin… comme chaque matin.

Je saisis mes vêtements. Un petit haut en brassière et une jupe fendue sur le côté gauche, tous deux d’une belle couleur mauve. La tenue parfaite pour une femme qui tente vainement de se rendre attirante en cette belle journée d’Eté… Suis-je idiote d’essayer ? Non pas que je souhaite avoir tous les hommes à mes pieds. Mais j’aimerais juste sentir sur moi quelques regards admiratifs ou intéressés, j’aimerais juste avoir l’impression d’être bien présente, j’aimerais juste me sentir belle…
J’enfile rapidement les bouts de tissus en pestant contre mon chacha qui avait eu l’amabilité de dormir dessus cette nuit. Une fois prête, je brosse machinalement mes cheveux une deuxième fois et cours presque vers la porte.


De mes pieds nus et encore humides, je dévale les marches nickèles de propreté et arrive enfin dans le salon noyé dans l’obscurité. Malgré l’absence de lumière, ma mémoire visuelle m’aide à deviner la présence des meubles. Devant la cheminée, une modeste table basse supportant une importante paperasse. Dessins, écrits, feuilles vierges,… Autour du meuble plat, un canapé de tissu blanc, dont les coussins écrasés se sont échoués à ses pieds.
Loin de cette scène représentative de mon affinité à ranger, des étagères gardent religieusement de précieux parchemins. Certains ont une vraie valeur et valent leur lot de kamas, mais la majeure partie reste de valeur plus… sentimentale. De toute manière, tous n’ont pas été déplacés depuis longtemps, ni même été lus.
Je me dirige vers la fenêtre de la pièce et l’ouvre en grand. La lumière inonde mes yeux et m’oblige à les fermer. C’est la noyade. Telle l’eau salée qui se serait introduite dans ma gorge, les rayons du soleil piquent encore la résine de mes yeux derrière mes paupières closes. Lorsqu’enfin le noir abyssale disparaît et que la vague de lumière s’est abattue sur le parquet de la pièce, j’ouvre timidement les yeux.

Dans l’encadrement de bois clair, un morceau de ciel me sourit aux côtés du feuillage désorganisé du chêne tout juste centenaire qui continue paisiblement sa vie malgré les maisons qui ont été construites dans son voisinage.
Cent ans… une génération entière, un long siècle de monotone vie. Un arbre a-t-il conscience du temps qui passe ? Qu’est-ce-que cela fait de voir défiler ainsi les jours sans ne rien faire ?

Il faut vraiment que je sois dérangée pour me poser de telles questions… et pourtant, je me les pose.


Je sors de ma torpeur, amplifiée par mon réveil tardif, et me dirige à pas lourds vers l’entrée. Je prends alors mes longues bottes de cuir sombre et les chausse une énième fois.
J’ai faim. En me dirigeant vers la cuisine, je passe devant mon arc. Adossé contre le mur nu, il prend la poussière, et le bois auparavant luisant a adopté une pâle couleur fatiguée de ne plus voir le soleil. Les complexes symboles et dessins sont déformés par de minuscules fissures, mercenaires du temps… Même les objets sont touchés par cette maladie qu’est la vieillesse. Ils se désintègrent lentement, se recroquevillent sur eux même. Leur texture s’effrite, se creuse parfois de rides, et leurs couleurs perdent fatalement leur éclat. Un peu comme l’Homme, en y repensant.

Je ralentis, puis m’arrête doucement devant le morceau de bois qu’il est devenu, pensive. Depuis que j’ai fini mon enseignement Crâ, je n’ai pas eu l’opportunité de l’utiliser beaucoup. Les premières semaines, j’ai bien essayé de m’exercer dans la forêt, ou encore la plaine, voisines de Murof, mais cet entrainement était inutile et sans intérêt. Je m’enfermais peu à peu dans une solitude monotone, passant mes journées dans la concentration d’exercices plus farfelus les uns que les autres. Puis un jour, je me suis rendu compte que je perdais mon temps et qu’il valait mieux pour moi construire une véritable vie sociale.
Je m’en souviens encore… C’était un jour de pluie. Mais inutile de le raconter.
J’ai donc laissé mon arc ici, à l’abri dans ma maison fraichement achetée, pour ensuite me consacrer à ma nouvelle vie.
Je regarde encore une fois l’arc, puis m’éloigne.
J’espère avoir l’occasion de le ressortir.

J’arrive enfin dans la minuscule cuisine. Contrastant avec le désordre et la propreté des autres pièces, c’est la salle que j’utilise le moins. Une paillasse de carrelage blanc se repose le long d’un mur, dans l’attente d’être enfin utilisée, d’être salie par une cuisinière achevée qui concocterait de fins et bons repas pour sa petite famille.
N’est-ce pas à cela que sert la cuisine d’une si grande maison ? Pourtant, je ne suis rien de cet idéal, et la pièce reste toute la journée dans le noir « artificiel ». L’air prend une horrible odeur de renfermé et la moisissure commence elle aussi à prendre possession des moindres recoins oubliés. Ici également, le temps montre son pouvoir destructeur…
Et moi je ne peux m’empêcher de philosopher…

Je m’empare d’une pom’ verte et croque bruyamment dedans. Le jus acide pique alors ma langue, me réveillant par son goût toutefois sucré à souhait. Entre deux bouchées, j’étouffe un bâillement et me frotte les yeux avant de me diriger vers la porte d’entrée.
En ouvrant, la chaude lumière d’un soleil de fin d’été vient réchauffer ma peau légèrement bronzée. La chaleur caresse divinement chaque centimètre de peau exposé, éliminant le froid causé par mes cheveux encore humides.
Je prends une longue bouffée d’air.
Je me sens bien.
Je me sens mieux.


Je ne peux m’empêcher de sourire en voyant l’éternel et inchangeable quartier Crâ où j’habite. Ma maison n’est pas la plus grande, mais elle s’adapte parfaitement à l’ambiance feutrée, presque religieuse, de ses voisines parfaitement jumelles de l’impasse de l’Archery. Comme la plupart des maisons de Murof, ses murs sont construits de pierre d’un blanc cassé et de bois. Le toit, lui, se différencie par ses tuiles bleues. Au devant du bâtiment s’impose un minuscule jardin où, sur un peu plus d’un pas, pousse un gazon peu entretenu… Qu’y puis-je ? Je ne suis pas suffisamment Sadida pour consacrer mes journées à l’entretien de la flore urbaine !

Je verrouille l’accès à mon humble demeure en tournant une petite clef dans la serrure de métal, puis prends la direction de l’auberge « qui roxxe ».
Il me semble qu’il y avait un nouveau venu dans la ville, non ?
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Re: Murof, l'original

Message par Nico' le Mer 24 Nov 2010 - 22:02

C'est pour qui la suite ?
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Re: Murof, l'original

Message par Vlad' le Mer 24 Nov 2010 - 22:13

Fao' et son double chapitre d'Halouine, ainsi que de la naissance de Cyanne...
Suivit de Moinon, puis MOI, et enfin toi ^^
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Re: Murof, l'original

Message par Kiri le Dim 5 Déc 2010 - 17:54

*entrouvre la porte de la pièce *
wouhou....
y'a quelqu'un?
*se décide à entrer*
theu !mais c'est tout poussiéreux ici! D:


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CHAPITRE 13 (Fao')

Message par Fao le Dim 5 Déc 2010 - 18:42

Fao’ s’assit sur le rondin de bois, où se tassaient, en ordre décalé, Fik, Vlad’ ou encore Quifiry. Sur ses genoux, un énorme bouquin, ouvert à une page semblant quelconque, et ses yeux brillants.
Ils étaient tous autour du feu, le 31 au soir. Tous les adultes, après le coucher des enfants, s’étaient rassemblés chez Panach, dans son grand jardin angliche, paysage sans friche et assailli par les herbes folles. Chachamallow, tremblante d’un fol enthousiasme, se pressait, féline, contre son ami Senya. Jeana, enceinte à terme, restait dans sa chambre avec son lieutenant médical assisté, Luttii.
« Alors, commençons.
- Allez, Fao’, finissons-en !
- Oh, j’en tremble !, s’écria Maeve, excitée à son comble.
- Bon, bon… Les belles histoires ne sont jamais celles qui se précipitent, cita Fao’
- C’est pas une raison d’attendre minuit pour commencer à lire, frissonna Ninon, superstitieuse. »

Le foyer craqua et fit s’attaqua à une brassée de bois vert. La fumée envahit l’atmosphère, sans chaleur, et fit tousser les plus sensibles.
Fao’, après avoir décongestionné ses bronches, reporta son attention sur le papier Bible frappé de l’écriture fine et mince de son grand père défunt. Après s’être imprégné du titre, il se racla et lut, non sans le sentiment d’appréhension délicieuse qui mouillait chaque soirée d’Halouine, la première phrase de la voix sa plus rauque et mystérieuse.
« Nous voilà donc ici m^me, à Murof, quand ce n’était encore qu’un vague hameau sans nom, composé de trois maisons et de la sempiternelle taverne aujourd’hui déchue. En ce temps-là, il y a longtemps, si longtemps, la demeure d’été des Nawégling était flamboyante. C’est l’une des seules constructions des origines encore debout de nos jours.

C’est cette demeure, la mienne, qui nous intéresse. Cet été là était chaud, lubrique, et faisait pulser le cœur de Nirva, le neveu du grand Chambellan du roi. Le monarque, descendant de Mac Allister, avait une fille, Cyanne. Cette dernière, inquiétée par des menaces d’anarchistes, s’était vue envoyer à Murof, affublée de la garde royale et d’une compagnie se révélant être le séduisant Nirva Nawégling, propriétaire du lieu et généreux hôte.

Qu’elle était belle, cette Cyanne ! Ses cheveux blonds, si doux, si fragiles, éthérés, et ses yeux turquoise, bleus comme le ciel, bleus comme une bille magnifique, cette eau des calanques, tiède et délicate… Quel visage, quelle délicatesse, quel sourire ! Une délicieuse Crâette, perdue et hagarde, enfermée dans la maison, craignant à chaque minute l’arrivée des bandits, des assassins, de tueurs… Elle était affaiblie, la Cyanne, elle voulait du réconfort qu’elle ne trouvait pas autour d’elle.

Sauf, bien sûr, chez Nirva. Ah, ce beau, ce cher Nirva. Quel regard franc, quelle délicates pommettes rosées, quels cheveux, sombres et souriants, un homme si magnifique, c’était une statue antique vivante, c’était ce modèle de peintre à succès, ténébreux et bienveillant,.

Un jour, si beau jour de Fraouctor, si ensoleillé, si fructueux, elle s’était endormie à la belle étoile, dans le jardinet sur un transat. Qu’elle était exquise, cachant pudiquement son corps sous sa nuisette, la bouche à peine entr’ouverte, les lèvres appelant le baiser, le teint rose et frais de celle qui dort…
- Dis, Fao’, ça va durer longtemps, elle est où l’horreur ?! »

Fao’ jeta un regard assassin à Maeve, qui s’était détachée de Nico, rassurée et sceptique.
« T’avais dit que c’était la pire histoire d’épouvante que tu connaissais !, ajouta-t-elle.
- J’y arrive ; ce prélude est si beau, tu ne trouves pas ?
- Si, j’adore, balbutia la Crâette, mais s’il te plaît, ne lis pas ça… »

L’Eniripsa soupira, tout en coulant un regard à la Crâette, gênée et se réfugiant sous les bras de son ami. Il se contenta de lire en diagonale les descriptions, si élogieuses, des deux protagonistes et de leurs gardiens. Il en arriva à la partie la plus intéressante. Avant de continuer sa lecture, il dit, avec une voix plus acerbe qu’il ne le voulait :
« On t’aime tous, comme tu l’es, belle ou moche. De plus, tu n’es pas moche, aussi fort puisses-tu penser le contraire.
- Tais-toi, je t’en prie ! »

Elle baissa les yeux, jetant un froid dans la soirée d’Halouine. Peiné par le chagrin qu’il avait créé, Fao’ lui accorda un regard désolé qu’elle ne remarqua pas. Il reprit néanmoins sa lecture, comme le lui avait prié la Crâette, sautant les phrases par grappes, ces grappes de phrases abandonnées pour son plus grand plaisir, tournant les pages, enjambant encore quelques paragraphes.
« Ils avaient disparus, les deux tourtereaux. Les gardes, plutôt habitués à leurs virées en amoureux, n’avaient pas pris garde à cette absence. A vingt heures, ne les voyant toujours pas, ils envoyèrent un détachement vers le chemin emprunté par les deux jeunes gens.
Le détachement, commandé par le lieutenant Kidécid, suivit les traces de pas qui les menèrent à l’arrière de la maison.
Un gémissement les arrêta.

Se mettant rapidement en formation d’alerte, le lieutenant Kidécid et ses hommes investirent la maison en passant par la porte arrière. Ils débouchèrent sur un salon vide, où traînaient des habits de femme, abandonnés sur les fauteuils, témoins de lubriques actions, de désirs trop longtemps refoulés.
Ça sentait la luxure, la débauche et l’orgie. Les militaires froncèrent les sourcils, se rappelant les consignes royales de chasteté.

Le silence, soudainement oppressant, prit place dans ce quartier désert de la maison encore inconnu des gardes. Tous en état d’alerte, ils prirent position dans le salon, se déplacèrent vers les diverses portes qui desservaient la place.
Un gargouillis effroyable retentit soudain, provenant d’une sorte de long corridor en pierres nues, que les gardes empruntèrent précipitamment, avec une certaine prudence.

Les cris continuèrent, leur fréquence et leur degré d’angoisse décuplèrent. Les gardes s’étaient précipités sur une porte en bois à l’issue du couloir, en bois vermoulu et usé.
On frappa, cogna, on déchaîna les armes sur la porte. Impossible à ouvrir. Pourtant, les cris venaient de là, et c’étaient les signes d’une présence, de leur présence.
Le sens logique de Kidécid et son sang-froid issu des innombrables années de service fit qu’il ne se découragea pas. Il fixa la poignée de la porte, forcément fermée à double tour, et asséna un puissant coup de marteau à la serrure. Qui explosa.

Des cris, appels au secours et supplications s’entendaient distinctement par les militaires. N’écoutant que son courage, le lieutenant, fort de sa classe, Pandawa, donna un coup de pied à la porte, qui se força à s’ouvrir. Une table gênait l’entrée de la pièce, chose qui n’arrêta pas pour si peu le responsable du détachement, qui fit rapidement investir la pièce.
A l’intérieur, Nirva vampyrisé étranglait Cyanne, le regard vide et froid, tandis que la femme se débattait vainement. Elle était nue, tout comme lui, et à l’arrivée des gardes, elle marqua une figure rassurée malgré la strangulation de plus en plus vigoureuse.
Le lieutenant fit mettre en joue le neveu du Chambellan. Le vampyre tourna la tête à temps et, dans un sourire sanglant, et montrant des dents dégoulinantes, sembla se téléporter pour arriver devant les gardes. Il faillit mordre le Pandawa, mais une flèche l’atteint dans l’œil droit. Le vampyre s’écroula, et se fit maîtriser et enchaîné, par précaution, par les autres gardes.

Kidécid n’avait pas bougé, le vampyre était trop vif, immensément puissant, et l’avait comme intimé de ne pas se mouvoir. Le pouvoir en était inquiétant. Qu’importe, il était mort ! Il frissonna.

Ils recueillirent la jeune femme qui, voyant un semblant d’amour-propre, cacha sa féminité aux hommes présents, dont certains la reluquaient, lubriques. Elle les traita de pervers, de débiles, et les fit tous sortir, sauf le sergent Tiyaume, Eniripsa de son état, et psychologue de service qui s’imposa doucement comme confident de la princesse et, moins glorieusement, espion de la vie princière auprès du roi.

D’après les propos recueillis par le sergent Tiyaume, Cyanne était depuis des semaines poursuivie par une sorte de démon invisible, une présence démoniaque dont elle seule voyait les manifestations. Elle n’en avait jamais parlé à Tiyaume, à qui pourtant elle disait presque tout, mais à Nirva qui, présent au moment des manifestations, disait n’avoir rien vu. Depuis son arrivée ici-m^me, elle se disait victime d’une psychose psychotique liée à la présence d’être surnaturel la traquant.
Dans le m^me temps, son amant, pourtant doux et sensible, avait commencé à avoir des comportements étranges. Elle assurait qu’il l’emmenait souvent ici pour la violer, puis qu’il lui imposait le silence. Elle disait qu’il semblait possédé, fou et de plus en plus inquiétant. Elle aurait voulu s’enfuir de son emprise mais son empire sur elle était assis. Cela, martelait-elle, ne lui ressemblait pas.

Le sergent, m^me si étant un peu dubitatif, se laissa raconter la fin de l’histoire, tout en lavant le corps princier du déshonneur dans la salle de bain privée.

L’homme, complètement maître de la princesse, se révéla bientôt être possédé par le monstre qui la traquait. Elle qui pensait que son arrivée avait mis fin aux apparitions, ce fut le contraire : elle les avait dissimulées et m^me introduites dans son intimité.

Elle en était horrifiée, honteuse, repentante. Le regard fou de la jeune femme se posa sur le visage de l’Eniripsa, qui pendant ce temps frictionnait son corps avec force. Il la sollicita pour qu’elle reprenne.

Elle continua. En étant possédé par le démon, son amant s’était Vampyrisé. Il l’avait mordue, lui avait fait subir mille humiliations, sans qu’elle ne puisse s’en expliquer. Et finalement voulut se débarrasser d’elle, en l’étranglant. Elle ne reconnaissait en rien son ami, elle était perdue et complètement déboussolée.
Il découvrit en effet la morsure, à l’intérieur de sa cuisse gauche, qu’il s’empressa de désinfecter.

L’Eniripsa ne put prouver ni les agressions sexuelles, ni le traqueur démoniaque de la jeune femme. Néanmoins, après l’écoute des arguments et des témoignages princiers, il ne put qu’y croire. Il reporta ses mémoires sur une feuille qu’il abandonna sur place après que la fille et sa garde eurent quitté la demeure. Un employé de maison découvrit la page et la raconta. On en fit une légende qui traîna, vivace, jusqu’à nous.
Quant à Nirva Nawégling, il fut inhumé en secret et son portrait accroché là où il fut tué. On dit que le Vampyre le hante encore, toujours là, sans qu’on puisse savoir qui il est, et ce qu’il voulait. »


Fao’, encore sous le choc de l’émotion comme à chaque fois qu’il en racontait une, releva la tête pour voir ses amis.
Le front insatiable, l’air dépité.
Ils étaient déçus.
Il attendit encore une réaction, mais rien ne se passa. Ils étaient déçus.
« Et puis quoi encore, grogna-t-il.
- T’appelles ça une histoire qui fait peur ?, s’insurgea Vlad’, grandiloquent.
- C’est de la marmelade !
- Honteux !
- Vous voulez celle du fantôme qui chaque nuit buvait le sang de jeunes femmes vierges qu’il rencontrait ?
- Ouais ! »

Tous se penchèrent sur la figure froide et étrangement souriante de Miam, cet air de ceux qui savent raconter des histoires à faire frissonner d’un plaisir apeuré.
Fao’ soupira, referma sèchement son livre. Il se leva, et son départ ne fâcha personne, et encore moins ses anciens voisins qui se précipitèrent sur l’espace vaquant, pour se rapprocher de la face sanguinolente de la sacrieuse.

Il était presque minuit et demie, et il voulait absolument rentrer chez lui pour voir comment allait sa femme. Il s’engagea rue des Enudis, à quelques pâtés de maison du jardin de Panach, et arriva, comme flottant, à la porte de chez lui.
Il hésita d’abord, mais finalement se décida à contourner chez lui. Il passa devant chez Chacha, ses tofus dormaient sagement dans le tofuaillier. Il suivit, dans la pénombre, le mur de sa maison. Il s’éloignait de la rue éclairée et s’enfonçait vers un terrain vague où rien ne voulait pousser.
La porte de derrière a été changée, depuis, et une nouvelle serrure ornait la porte, défoncée par les hommes de Kidécid.
Il chercha fébrilement les clefs, le gros volume sous le bras, et arriva à ouvrir sans faire tomber le bouquin.

Il pénétra dans le hall menant au salon décrit par le sergent Tiyaume, plongé dans une obscurité vieille de centaines d’années. La couche de poussière assouplissait ses pas durs, presque féroces.
Il suivit le chemin offert par la porte décrite dans le conte et s’aventura dans le couloir.
Arrivant à la porte, encore entrouverte, il pénétra enfin dans la chambre. Trouvant une torche en état de marche, il l’actionna simplement pour diffuser une lumière relative dans le lieu.
La pièce était telle qu’il l’avait lue. Grande, aux fenêtres hautes laissant filtrer la lumière de la lune, un lit double, en baldaquin, qui avait recueilli les ébats des deux amants, les tapisseries, teintureries, ameublement vieillot et inchangé.
Sur le mur à droite de l’entrée, un grand espace vide hébergeait une toile. Cette toile représentait le buste d’un homme, beau et brun, de profil, une sorte de bourse à la main. Une lueur impénétrable et étrange faisaient encore briller ses yeux.
Fao’ cilla.
Y regarda à deux fois.
Ne voulut pas y croire.
Y fut contraint.
Déglutit.
Cilla encore.
Son cœur battait la chamade, pendant qu’il amorçait demi-tour.
La peinture avait bougé. Elle avait bougé.
M^me qu’il lui avait fait un clin d’œil.

Il rentra prestement dans sa chambre, où Jeana était couchée sur son lit, et Luttii veillant sur le fauteuil.
« Alors, cette soirée d’Halouine ?
- Laisse tomber. »

La Fécatte s’esclaffa :
« Ils ont trouvé ton histoire nulle, c’est ça ?
- Ils ne veulent que du sang, ils ne s’y connaissent plus en histoire d’horreur…
- Allons donc ! Raconte-nous ta si merveilleuse histoire ! »

La tentative de Jeana de s’intéresser à l’histoire ne le séduit pas. Il posa lourdement le livre sur sa commode et se pencha pour l’embrasser tendrement. Les yeux de la jeune femme brillaient d’un sentiment irrépressible et inquiété. Il lui caressa doucement les cheveux en lui susurrant des paroles rassurantes.
« Au fait, Luttii. Je vous prie, menez la future mère dans un coin reculé de la maison. Je ne veux pas… Enfin… Faites que personne ne puisse vous retrouver. Vous viendrez vous-m^me me… me quérir. Comprenez-vous ?
- Tu peux me tutoyer, c’est pas interdit. »

Fao’ était troublé, empli de fausses inquiétudes infondées. Son cœur pulsait sans qu’il puisse se l’expliquer.
« Laisse moi seule avec madame, s’il te plaît… Si j’ai besoin de toi, je t’appelle. »

Luttii sourit :
« Je suis habitué. Je te la laisse. »

Et il sortit. Fao’ se tourna alors vers la Fécatte qui, caressant son ventre plus que proéminent, l’écoutait avec la tendresse de la mère et l’affection de l’amante.
« Chéwie, j’ai peur…
- Tu as le droit, surtout si tes peurs sont fondées.
- Justement, au contraire. J’ai peur du fantôme, du fantôme de mon histoire.
- Ça n’a fait peur à personne, et toi tu y crois ?, s’écria Jeana, catastrophée.
- Je te… je te raconterais demain. Je… Tu verras, c’est pas… enfin… c’est pas une histoire, en fait, s’emmêla l’écrivain, pourtant brillant orateur.
- Répète sans balbutier, s’il te plaît. »

Fao’ inspira profondément et, préparant sa réplique, le tournant et retournant dans son esprit, se prépara et énonça sans aucune hésitation en dépit de son angoisse :
« Ce n’est pas une histoire ; c’est de l’Histoire ! »


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Fao
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CHAPITRE 14

Message par Fao le Dim 5 Déc 2010 - 18:44

Semaine S.
Jour J.
Heure H.
Minute M.
Seconde S.
Le moment jaillit du temps, comme tiré au sort par le destin. Il était fièrement brandi par les hommes et les femmes. Et le cri d’horreur.

Fao ‘ soupira, enfermé dans son antre sacrée à l’entrée réservée à sa grandiloquente personnalité.
Quelque part, dans la maison, elle souffrait, hurlait sa douleur. Il l’entendait de là, et repensait à la cause de tant de souffrance lors d’une pareille situation, celle de la création, de l’apparition.

Pourquoi les deux corps ont-ils tant de mal à se séparer ? Avec une telle violence, une telle cruauté… Il l’entendait crier son nom, le maudire le temps de sa fureur maternelle. Il n’osait pourtant pas descendre.

En entendant son prénom prononcé avec la douleur plus insupportable qu’il ne pouvait entendre, il inspira longuement et tenta de se concentrer sur la pensée qu’il s’était fixé.
C’était la tradition.
L’homme ne devait pas assister à l’accouchement.
C’était, et ça resterait toujours comme ça.
Il devait assister, de loin, à la douleur de son aimée, dans la m^me maison qui l’a vu naître loin de son propre père. Tout le monde, dans sa famille, avait accouché sans son père.
Il ne fallait pas changer aujourd’hui, juste pour les beaux yeux, la bouille craquante de sa matrice de moitié. Il fallait se surmonter, juste ne pas écouter, juste ne pas ouvrir la porte.

Il distinguait, à travers les hurlements maternels causés par les contractions, une voix rapide mais calme et chaude. Luttii.
Fao’ se rassura un peu. Le Guérisseur au Bonbon s’en tirerait forcément avec elle. Il ne savait pas trop si son camarade de Classe avait déjà assisté à des naissances ou assisté des accouchements, quoiqu’il en soit il se rappelait que, à l’Université Eniripsique, on étudiait ce genre de choses.
S’esclaffant à moitié, l’Eniripsa au catogan se rappela de sa note de fin d’études en Biomédecine. 3,14/20. Un signe de ses brillantes commodités en Math’&Math’Hic ?
Son père, à l’époque, s’était hérissé les cheveux, mais vite rassuré par son inéluctable succès en littérature. Pour un succès, c’était un succès, remarqua-t-il, enjoué, dans son cabinet plongé dans la pénombre.

Une nouvelle vocifération déchira son esprit en lambeaux dissous. En un mot, le cri lui avait brusquement remis les pieds sur terre.
Il prit un parchemin vierge et une plume. N’ayant pas le cœur à écrire, il commença par tracer des lignes brutes au hasard. A chaque contraction correspondait un appel du bébé à sortir. A chaque contraction correspondait une ligne plus ou moins longue, plus ou moins rance.

A cette heure matutinale, tout le monde était sensé dormir. Avec ces cris, tout le monde s’était réveillé. Une foule horrible s’agglomérait sous la fenêtre.
A travers la pluie battante que lui transmettait l’orifice en œil-de-bœuf, des silhouettes se précipitaient sous le porche, tendant d’écouter ce qui se passait à l’intérieur.
Sous sa fenêtre.

Fao’ resta un bon moment l’oreille plaquée contre la porte de son bureau, la main sur la clef encastrée dans la serrure. Il hésitait à déverrouiller pour aller accueillir les impromptus.
Et s’il se précipitait sur sa femme, la pauvre petite mère dolente, et le petit, ou petite, coincé dans le tunnel qui le mènerait laborieusement, à force de sursauts musculaires, à la sortie ? Il n’osait pas rompre la chaîne, m^me involontairement, d’un coup, alors que la tradition était acquise depuis des générations et des générations.

On sonna une première fois.
Il inspira longuement. Cette fois il devait y aller.
Prévoir ce qu’on va faire. Juste prévoir.
Ouvrir la porte. Descendre les escaliers. Se diriger vers l’entrée avec un air détaché. Ouvrir la porte d’entrée. Leur faire signe d’entrer. Attendre qu’ils soient tous entrés… Et ne pas la chercher, ni la quérir, ni vouloir la voir…

On sonna une deuxième fois.
Un long gémissement résonna dans l’ambiance feutrée de la demeure. L’arrivée était presque ficelée.
Fao’ bomba le torse et, sortant de son bureau, attaqua les premières marches de l’escalier les yeux fermés, comme ignorant le fait qu’il était libre d’aller la voir.
Il s’emmêla le pied contre le tapis de velours rouge noirci sur les bords par les passages répétés, trébucha fatalement. Il se reprit in extremis.
Résignant, il rouvrit les yeux et, rapide et agile, il sauta les quelques marches qui lui restaient pour atteindre le hall et se dirigea d’un pas pressé vers l’entrée.

On sonna une troisième fois.
Plus insistante, cette fois-ci.
Il se dirigea vers la machine Xélor qui embaumait l’air de sa musique douce et plongea la maison dans le silence de douleur qui succédait chaque cri. Le calme après la tempête, et avant celle qui suivrait.
Le cœur chamboulé par la douleur de son aimée, par l’arrivée du bébé, il se passa fébrilement la main dans les cheveux.
Et il ouvrit.

La première chose qu’il remarqua, ce fut le fracas intense des trombes d’eau sur les pavés de la rue des Enudis.
Le jour, qui poignait à peine, donna une mystérieuse touche nacrée aux nuages gris et sombres qui surplombaient leurs têtes.
« Fao’, regarde-toi un peu ! Blanc comme un cadavre, s’exclama Maeve à l’ouverture de la porte.
- Le jour de la fête des morts ? Merci, merci bien. »

Elle ne répondit pas à sa réplique désinvolte, et se contenta de l’enlacer fortement en souriant. Un tout petit peu réconforté, il se laissa prendre à l’embrassade et serra Vlad’, qui venait derrière, comme un vieux frère.
Venaient Fik’, qui se semblait venir que pour la mère, ainsi qu’un chapelet de vagues connaissances.
Chacun amenait avec lui son petit cadeau, un bouquet de fleur ou une petite boîte de chocoWakfu®, ou de petite socquettes blanches cousues main.
Il accueillit tout le monde avec le minimum de chaleur et d’assurance qu’il convenait d’avoir dans sa position.

L’Eniripsa, seulement revêtu d’un caleçon ample et tee-shirt bariolé aux couleurs d’un dessin animé pour enfants, plaça la petite quinzaine d’invités dans le grand salon. Il n’avait préparé aucun rafraîchissement, aucun apéritif, et semblait dépassé une fois seul dans la cuisine.
Il avait entendu dire que fik’ n’aimait pas le fromage, que Vlad’ ne supportait pas l’alcool, que Maeve ne buvait que de la pistuile…

Il s’écroula sur une chaise de sa cuisine et resta là, hagard, regardant dans le vide.
Ce fut Maeve qui vint le quérir.
« Eh, c’est qu’on t’attend dans le salon !
- Mais je…
- Pas de mais, tu viens. »

Elle avait revêtu un tailleur bleu nuit, particulièrement seyant, sur une petite chemisette blanche.
«Je suis complètement paumé…
- Moi je dirais : commence par t’habiller. »

Il se leva difficilement, désorienté. Les gémissements de Jea’ s’étaient tus. Ne s’entendait dans la demeure que la conversation animée des gens dans le salon.

Alors qu’il descendait prestement les escaliers, arrangeant une dernière fois le nœud-papillon qu’il s’était imposé de porter, il l’entendit. Court, strident, concis.
L’écrivain se figea, tentant l’oreille.

Une clameur réjouie jaillit de la salle des invités, dont quelques voix connues s’élevaient plus fort que les autres. En contrebas, dans le hall donnant sur bien cinq portes, des bruits de pas claquèrent bientôt, impitoyables.
Finissant de dévaler les marches raides et hautes comme c’était de rigueur à l’époque de la construction de l’édifice, il resta en alerte, s’approchant à pas sibyllins de l’uns des seuils qui bordaient l’entrée.
Le grand et charismatique médecin ouvrit la porte au moment où Fao’ posait sa main sur la poignée.
Le regard sage et posé de Luttii se posa calmement sur l’écrivain dégingandé.
Sa voix chaude, rocailleuse traversa sa glotte pour dire à son compagnon :
« Tiens, mon cher Fao’, ça peut te servir. »

Dans ses fines mains de pianiste, aux longs doigts d’araknes, un sac de petits bonbons soigneusement enroulés dans un plastique.
« Antistress. Tu vas voir, ta femme va être sur les nerfs pendant un bon bout de temps, et faudra pas la tuer. »

En temps normal, l’espièglerie du médecin aurait fait sourire Fao’. Mais ce dernier ne sembla pas prendre la blague au second degré.
« Est-ce qu’elle est toujours en vie, d’abord ?
- Suis-moi. Elle est assez retournée, et sûrement très fatiguée. Ton bébé a une sacrée grosse tête, ajouta Luttii avec un sourire étrange.
- Fille ou garçon ?
- Tu ne veux pas le voir par toi-m^me ?, répondit l’accoucheur.
- Je sens que je vais ouvrir le paquet dès maintenant. »

Luttii fit volte-face et se dirigea à pas soutenus à travers le couloir, et Fao n’eut aucun mal à le suivre, marchant nerveusement en faisant craquer ses jointures.

Il arriva devant la chambre d’amis dite « des amants maudits », qu’il reconnut immédiatement. Il s’immobilisa immédiatement à quelques mètres de la porte entr’ouverte.
« Pourquoi avoir choisi cette chambre ?
- Elle est dirigée plein sud et est éloignée des regards indiscrets. »

Eloignée des regards indiscrets… Fao’ frissonna en pensant à l’histoire glauque qu’il venait de raconter la veille au soir à une assemblée grelottante de froid et d’épouvante.
Un enfant y est né, était-ce un signe de malédiction ? Il fut brusquement tenté de prendre un de ces foutus bonbons antistress.

Elle était allongée sur le lit, les jambes à plat, recouverte d’un drap sanguinolent, couvant d’un regard protecteur la petite masse de chair blanchâtre qui s’agitait dans un couffin. Elle tourna la tête vers lui, d’abord le dévisageant avec une stupéfaction infinie, presque empreinte d’épouvante.
Enfin, elle éclata de rire. Un rire éclatant, cristallin, rassuré, malsain.
Le propriétaire des lieux arracha avec rage le nœud-papillon noir et déboutonna le haut de sa chemise blanche.
« Tu m’as fait peur, grommela-t-elle en essuyant les larmes qui coulaient le long de sa joue parsemée de taches de rousseur. Je croyais que c’était le croquemort… »

Sans mot dire, sans émotion, peut-être un léger ras-le-bol, il se dirigea vers le chevet de sa femme.
« Tu sais que j’ai fait une entorse à la tradition.
- Ah ?
- Normalement, l’homme ne voit sa femme et son enfant qu’au bout d’un bon quart d’heure.
- Mais tu ne pourras pas me laisser seule si longtemps, hein ?, reprit-t-elle en augmentant sa voix d’une octave. »

Son air mielleusement inquisiteur le fit fondre. Il sourit et posa ses lèvres sur sa joue chaude et couverte de sueur froide. Elle ferma tout simplement les yeux en soupirant, peut-être un tout petit peu excédée, puis serra les lèvres.
« Vois donc bébé. »

Il tourna pour la première fois la tête vers le nouveau-né. Son cœur palpita tout en ratant quelques pulsations. Il fit doucement la petite fille dans ses bras, ne sachant pas trop comment la porter. Il offrit son doigt à sa minuscule main de poupée.
« Salut, petit kyste. Il a fallu te sortir du ventre de maman...
- J’ai pensé à tout comme commentaire désobligeant. Sauf ça.
- Quelle belle petite fille… Née sous les meilleurs auspices de Maimane, continua-t-il, imperturbable.
- Tu vas voir ce qu’elle va te faire quand elle va savoir que son père l’a traitée de tumeur… »

Fao’ esquissa un semblant de sourire. Le bébé l’absorbait entièrement, si petit, si désuet, et pourtant si saisissant. Cette petite conscience inconsciente qui s’accrochait à son auriculaire était un phénomène de bonheur.
« Comment l’appellera-t-on ?
- On verra bien, répondit la mère, reportant son attention sur la fresque pendue au plafond. »

Il se pencha sur la petite fille sans nom, toujours avec ce m^me sourire doucement enchanté aux lèvres.
« Fik’ est venue pour toi. Et Moinon. Et Miam. »

La fécatte enfonça sa tête dans l’oreiller en fermant les yeux :
« Oh non, pas elles…
- Pourquoi, tu ne veux pas les voir ? »

Elle se contenta de soupirer doucement :
« Dis-leur que je suis contente de les savoir préoccupées pour moi. Dis-leur que je vais bien et que je suis juste très fatiguée.
- D’accord. »

Il reposa le bébé dans son couffin et se dirigea à pas mesurés vers la porte. Jeana le stoppa :
« Tu ne m’as pas demandé comment j’allais, c’est vexant. »

L’Eniripsa ne répondit pas et referma la porte de la chambre derrière lui. Des bribes de l’histoire racontée hier revenaient comme autant de flashes en désordre.

Vampyrisé… Nirva… Nirva Na… Kidé… Déki… amant… surnaturel… Murof… Allister… neveu Chambellan…
« Alors, content de la prestation ?
- On peut être remboursé ?, répondit Fao’ au tac au tac, le cerveau encore parasité par les rébus de réminiscences.
- Laisse les tranquilles toutes les deux, elles ont tout d’abord besoin de repos.
- Et la foule déchaînée dans le salon ? »

Luttii sourit, faisant apparaître ses fines rides au coin de l’œil. Il posa sa main sur l’épaule de son camarade de Classe :
« Débrouille-toi pour t’en débarrasser, aujourd’hui ce sera fermé jusqu’à midi au moins.
- Taverne ? »

L’Eniripsa haussa des épaules.
« Si tu veux, oui. »

Fao’ inspira longuement, bombant le torse, et pénétra dans le salon. Une clameur indescriptible avait pris chaque invité et toute la salle s’époumonait d’allégresse.
Il leva la main pour ordonner le silence. Qui, à sa grande surprise, se fit.
« Bon, écoutez. La nouvelle maman est assez fatiguée, vous la comprenez sûrement… Le nouveau papa est très retourné aussi… Alors… S’il vous plaît, si vous pouviez revenir dans cinq ou six heures… »

Les invités comprirent évidemment, et s’en allèrent sans remous. Peut-être quelques bises, accolades fraternelles au nouveau paternel encore inaccompli.
Puis la maison se replongea dans la torpeur habituelle des jours de pluie, du feu craquant dans l’âtre de la salle déserte.

La chambre prétendument hantée s’ouvrit de nouveau à l’Eniripsa archer. Luttii était là, ami de tous instants, à peser et mesurer le bébé sous tous ses angles. Il rédigeait l’acte de naissance du bébé, à la plume s’il vous plaît. Il marmonnait ce qu’il écrivait :
« Hm… 1 Novamaire… Dieu de jeune fille… Féca… mère… père… Murof… Au fait, vous avez un prénom ?
- Là, maintenant ?, demanda la mère.
- Non, compléta son mari. »

Luttii soupira.
« Comme d’hab, ça sait jamais choisir les prénoms…
- Prenons celui de celle qui est mentionnée dans l’histoire de cette chambre, suggéra Jeana. »

Fao’ hésita un moment, mais prononça, avec une touche surréaliste dans la voix, le prénom de la concernée.
« Cyanne Allister. C’était son nom.
- Prenons Cyanne ?, fit Lutti à l’encontre des deux époux.
- Oui, bredouilla l’homme d’une petite voix.
- Oui, dit la femme d’un ton assuré.
- Et bien soit. On avait dit… Cyanne… »

Ce disant, il compléta le bout de papier en grattant le prénom de six lettres. Subitement, il fronça les sourcils, effaça sa bourde, se concentra et essaya de nouveau d’écrire les six lettres dans un ordre satisfaisant.
Encore mécontent de son écriture, il grommela un juron et ré-effaça ce qu’il avait écrit. La chambre, indistincte et pourtant très claire, était complètement immergée dans le fantastique. Les broderies d’ordinaire de couleur pourpre s’éclaircissaient, les draps blancs du lit rosissaient, le mobilier tremblait comme sous le sursaut d’une froidure extrême. La porte, juste entrebâillée, s’ouvrit d’un coup, claquant contre le mur.

Luttii eu un grognement satisfait. Il avait bien écrit le nom. Il tourna la tête vers les deux nouveaux parents mortifiés, le teint cireux perdant la fraîcheur de la jeune mère, et accentuant la gravité du père.
Le médecin eu une sorte de semblant de sourire contrit :
« Eh, que se passe-t-il ? Un problème ?
- Je… je n’en sais rien. »
- C’est… bizarre, tu sens pas ?, ajouta l’écrivain en se dirigeant instinctivement vers sa fille. »

Il prit l’enfant dans ses bras et la berça doucement pour la garder endormie.
Luttii renifla l’air, comme pour détecter une odeur, regarda autour de lui comme pour voir une chose matérielle, s’appuya sur le meuble en bois massif pour accuser le coup. Un coup de pompe monumental venait de le prendre insidieusement.

Fao’ leva les yeux, viscéralement, vers le tableau représentant un homme barbu, vu de profil et au regard fier. Les lèvres du personnage, cachées sous les poils de sa barbe, tremblaient de plus en plus. Il semblait vouloir sortir.

Une effrayante sensation prit Jeana par les trippes. Elle était dans une situation très vulnérable pour elle et son enfant ; une sorte d’instinct féminin la priait, lui ordonnait de faire quelque chose. Mais elle restait figée, incapable du moindre geste. Elle voulait se rapprocher de son aimé et de sa fille, tous les deux subjugués par la peinture au mur qui se mouvait en ondulant paresseusement.

Luttii, intrigué par le regard fixe et angoissé de son camarade de Classe, suivit son regard. Juste au dessus de sa tête, un homme à la trentaine pétulante, souriant et serein sous sa barbe brune, avait déroulé ses bras immatériels jusqu’au cadre de la toile pour s’extirper de sa prison à l’huile. Il se rapprocha immédiatement du groupe formé par le petit trio déjà épouvanté.

Aucun son, aucun mot ne semblait sortir de la gorge des trois adultes présents, ni du bébé inconscient. Mais une étrange mélopée jetait la pièce dans une sorte de transe exorbitée. Une voix grave et rauque grognait sans discontinuer des paroles incompréhensibles, sous l’oreille avertie et affolée de ceux qui parvenaient à l’écouter.

Soudain, en m^me temps que le gostof tournait sa tête vers l’assemblée, une sorte de sifflement fut émis, long et inquiétant. Comme un cri de bête sauvage à l’agonie.
Ça sentait le souffre.

« Vous avez dit… Vous avez dit Cyanne ?, gronda l’homme, d’une voix assourdie et sépulcrale.
- Cyanne, répondit Luttii, d’un air à peu près détaché.
- De quel droit osez-vous prononcer ce nom ici ?
- La liberté d’expression est un droit acquis il y a des centaines d’années, nourri par le sang de centaines d’hommes. »

Le Gostof, d’un humain sans classe, glissa jusqu’au sol, où il posa le pied silencieusement. Il fit quelques pas, comme s’il était inaccoutumé à cette action. Il s’approcha dangereusement du médecin, qui amorça un pas de recul.
« Veux-tu vraiment y ajouter le tien ? »

Il montra des dents effrayantes et creusées de sillons pourpres. Quant aux voilures qui entouraient son corps, elles avaient pris une couleur d’un bleu profond. Luttii grogna, à l’encontre de leurs amis, un mot sans doute porté par le vent, la brise qui agita tout d’un coup la pièce. De m^me qu’un relent ferreux salé les assaillaient, ils crurent entendre la voix calme et apaisante du Guérisseur au Bonbon murmurer :
« Vampyre. Vamp…
- Où est Cyanne ? Où est-elle ?, rugit l’être immatériel.
- Cyanne Allister ? Elle doit être morte. Depuis longtemps. »

Le Vampyre tourna brusquement la tête vers Fao’, qui avait parlé. Sa gestuelle, saccadée, inhumaine, donnait l’impression qu’il ne contrôlait pas l’enveloppe charnelle que son âme s’était faite.
Il avança vers l’Eniripsa en traînant un peu son pied, et son regard se posa sur la petite fille recroquevillée dans les bras tremblants et illusoirement protecteurs de son père.
Le gostof étira son doigt jusqu’à frôler la tempe du bébé. Les adultes voulaient réagir, l’arrêter, l’empêcher. Mais aucun ne put. Ils étaient tous écrasés par la présente d’outre-tombe et la voix assourdie du nouveau venu, si jeune soit-il lors de sa mort.
« C’est donc elle…
- Oui, dit Jeana dans un filet de voix blanche.
- Félicitations. Elle est mignonne… Tu auras un grand avenir, hein ? Cyanne. »

Le ton mystique du Vampyre, et faussement doux et protecteur alarma les deux Eniripsas et la fécatte. Il affubla Fao’ d’un regard insistant et, toujours en le fixant, prit doucement la petite dans ses bras. Jeana avança le bras pour l’en empêcher mais elle l’abaissa tout de suite, comme si elle était manipulée par le gostof.
Ainsi, l’écrivain ne put rien faire, juste regarder la scène. Ses bras, encore placés de manière à porter le bébé, ne bougeaient pas d’un millimètre. Il était statufié dans cette position, seuls ses yeux encore capables de fonctionner.
Luttii, visiblement en état de choc, ne parlait m^me plus. Seule une sorte de grondement triste et mélancolique trahissait le sortilège qu’il était en train de jeter.
« Qu’elle est belle. Comme son ancêtre.
- Ancêtre ?, arriva à bredouiller Fao’.
- Si je suis ici, c’est que je suis ton ancêtre, abruti, cingla le Vampyre. Et si je suis ton ancêtre, j’ai forcément dû quelque peu forniqué. Ici m^me, d’ailleurs, reprit-il en désignant la chambre plongée sous une chape de silence et de peur. L’endroit est magnifiquement bien choisi. »

Luttii ralentit dans sa récitation : il vit le regard marron perçant du Vampyre le fixer un moment, soupçonneux. Finalement, l’ancêtre reprit sa contemplation de la fillette.
« Que le Stabilisateur vous la garde, mes petits chéris. Que désire-je ? Un peu de réconfort. J’espère que vous penserez à moi, moi enfermé dans cette pièce, si lointaine du cœur de la maison. »

Luttii finissait dans la précipitation le dernier vers de son poème magique. Il sentait l’essence du sortilège peu à peu l’envahir, il le retenait le temps de finir sa phrase. Il commença à parler de plus en plus vite, de plus en plus fort. Le Vampyre lui jeta un regard infiniment triste et soupira longuement.
« Ce que je veux, mon fils, ma fille, c’est juste que vous vous souveniez de moi. »

Au moment m^me où Luttii prononçait le dernier mot de son sortilège, le Vampyre rejeta violemment sa tête vers l’arrière.
D’un geste plus théâtral que jamais, il planta ses canines dans le cou gracile du bébé.

La dernière vision qu’ils eurent de lui, c’est celui de l’homme souriant d’un air carnassier, l’humeur poisseuse ruisselant sur la gouttière de ses dents jaunies par la peinture vieillissante.

Fao’ serra subitement l’enfant dans ses bras frêles. Il la serra si fort, fort comme un père qui a peur de perdre son premier, son seul enfant. Luttii força doucement le passage pour atteindre son cou et la morsure sanguinolente que laissa le Vampyre. Jeana, toujours en état de choc, s’était allongée et gardait, horrifiée les yeux grands ouverts comme sous le coup de la peur.
« Elle s’en sortira, bien sûr. Ce genre de plaie est particulièrement bénin, fit lentement le Guérisseur.
- Mais j’imagine qu’il y a un contrecoup.
- En effet. Elle peut… avoir certaines pulsions particulièrement violentes certaines nuits, quand elle sera excitée par l’influence de la lune, surtout quand elle est pleine ou bleue. »

Un sentiment d’échec envahit l’archer. Il avait donné la vie à une enfant-garou. Il n’avait pas su, m^me lors des premières minutes de sa vie, la protéger. Comment ce serait pour des années et des années, jusqu’à sa majorité ou plus tard encore ?
Il se sentait incapable d’assumer cette responsabilité de père, si lourde, si facilement contrariée.

Pendant qu’il caressait du doigt l’endroit de la tête que l’ancêtre avait touché, l’autre Eniripsa soignait la blessure. Une croûte apparu rapidement, et sous la douleur le nourrisson émit un petit cri.
« Je crois qu’il vaut mieux que… qu’elle ait un petit moment avec sa mère, conseilla Luttii. »

L’écrivain rendit l’enfant à sa femme, qui l’accueillit avec résignation. Ainsi fait, il se précipita dans la maison, suivi par l’autre Eniripsa qui, curieux, voulait savoir où il allait.
« Vous n’allez pas me laisser seule avec ce malade en face de moi !, supplia Jeana.
- Elle a raison. Luttii, on la porte jusqu’à notre chambre.
- Mais…
- Laisse tomber. On le fait. »

Luttii créa un nuage sous la jeune femme allongée, qui gardait la petite fille contre son cœur. Un dernier regard au Vampyre par Fao’ enterra la chambre pour des décennies. Il la ferma, et fut tenté de la verrouiller grâce au passe-partout.

Un cri glissa de la salle de bain, Fao’ se précipita.
Jeana, nue, stupéfiée par une émanation grise et voluptueuse, baignait dans son bain prétendument relaxant. Fao soupira :
« Grand-père…
- Alors comme ça, t’as un bébé ?
- Oui, Grand-père, allez, viens… Tu la gênes… »

Fao’ prit l’ectoplasme par la manche pour le mener dehors.
« Et c’est avec cette machine que tu l’as fait ?, fit-il en reluquant le corps de la Fécatte. »

Fao’ leva les yeux au ciel et tira le vieux gostof vers la chambre.
« Les femmes ne sont plus ce qu’elles étaient… Ah, de mon temps…
- Grand-père ! S’il te plaît !
- C’est ma fête et tu ne viens pas! J’ai décidé de venir voir ce qui se passait aujourd’hui. Eh bah voilà. Un enfant. Où est-il ?
- On viendra te voir dans l’après-midi, ne t’en fais pas, rentre là d’où tu viens…
- Pas du tout, je veux voir ! »

Un peu forcé, l’Eniripsa mena le vieux Crâ au couffin de Cyanne. Le gostof prit amoureusement la petite fille dans ses bras et la berça d’un geste expert.
Fao’ frissonna. Cette scène lui rappelait tant le Vampyre…
« Soit-elle protégée toute sa vie durant, par le sang des Nawégling…
- M^me celui de Nirva Nawégling ? »

Le grand-père tourna immédiatement la tête vers son petit-fils, comme ayant reçu un choc électrique de sa part. Il répéta, la langue pâteuse.
« Nirva…
- Tu sais que tu as toi-m^me écrit l’histoire de Nirva et Cyanne Allister.
- Oui, oui…
- Devine où est née ma fille, et devine comment l’ai-je appelée ? »

Les grands yeux du vieillard achevèrent l’écrivain. Le message que faisait passer son regard n’était pas différent de : « Mais quelle folie as-tu donc commise ? ».
« Comment cela s’est passé ?
- Elle s’est fait mordre par le Vampyre.
- Ainsi, il existe bel et bien, murmura le Crâ, subitement illuminé.
- Oui, et il a vampyrisé ton arrière-petite-fille.
- Je vais prévenir ton père… Il va devenir fou d’inquiétude…
- Mais pas ma sœur, s’il-te-plaît, ne préviens pas ma sœur !
- Et pourquoi pas ?, répliqua le vieux avec espièglerie. »

Il disparut avec un « pop » sonore et le bébé se replaça comme magiquement dans son couffin. Il revint dans la salle de bain, avec le sourire moqueur qui faisait ses beaux jours.
« Je déteste ton grand-père, dit-elle en se savonnant.
- Il va appeler ma sœur, fit-il, dépité.
- T’as une sœur, toi ?
- Pour sûr… devine qui c’est ?
- Je ne la connais pas, je ne sais pas.
- C’est tout simplement l’épouse du Second Prince de Bonta. »

Elle lui accorda un regard effaré :
« Elle va… elle va venir ?
- Bah, si grand-père la prévient, elle va sûrement venir. »

Elle continua de se savonner consciencieusement.
« Espérons que ton grand-père aura, au moins, le bon sens de ne pas l’informer.
- Il va aussi prévenir mon père. »

Cette fois, elle se stoppa franchement et le regarda, son visage peignant une expression de doute :
« Il va encore te faire un sermon interminable ?
- … comme à chaque fois qu’il vient ici, compléta Fao’.
- Mais il aura raison, fit-elle avec innocence
- Comme à chaque fois qu’il vient ici… soupira l’Eni. »

Silence appliqué entre les deux époux. Elle s’enveloppa dans la serviette moelleuse et sortit, les cheveux encore trempés, du bain. Il la prit par la taille, tout en murmurant :
« Journée pourrie en perspective… , soupira-t-il.
- Merci grand-père !, ironisa sa femme. Bonjour papa !
- Et le tien, alors ?, répliqua-t-il.
- Ne commence pas !, s’assombrit-elle. »

Il la poussa vers la chambre, la bouta hors de la salle de bain. Il resta à l’intérieur et, après s’être rapidement déshabillé, opéra une rapide douche en se préparant à l’assaut des mots, des êtres, des Bontariens, des journow Pipole, des souhaits de bonheur, de vie joyeuse…

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